LE VOULOIR DIVIN
bonitatem, velit alia.… Deus vult hoc futurum esse contingenter, er go hoc erit contingenter 1. »
Dieu ne se détermine pas, comme nous, par un motif (1 Sent.,
d. XLV, 2. 2, q. 4; p. 404, c. 2); bien plus, il faut affirmer le.
primat de la volonté divine sur son intelligence :
« Non enim quia intellectus dixit rectum esse creari, ideo voluntas imperavit ut mundus crearetur; sed quia voluntas voluit creationem mundi futuram, ideo divinus intellectus dictabat rectum esse ut mundus crearetur : ita quod dictamen intellectus non determinavit ad hoc volendum, sed voluntas hoc volendo, determinavit intellectum ad hoc dictandum 3... Sic ergo prius, secundum nostram rationem intelligendi, fuit divinum intellectum proponere voluntati factionem mundi, non dictando hoc debere fieri, vel non debere fieri. Secundo fuit velle facere mundum, tertio intellectum dictare quod bonum erat mundum fieri $.»
Le motif de cette affirmation c’est qu’autrement Richard ne voit pas la possibilité de sauver la liberté de Dieu; une autre raison en est que la volonté de Dieu est la première règle de la droiture. «Voluntas Dei est rectitudo prima» (Quodl. II, q. 1; P. 33 C. 2).
Richard conçoit donc la volonté divine comme un commencement absolu et une autonomie. Dieu veut parce qu’il veut, il n'y a pas à chercher plus loin : « Idem est voluntas… et regula voluntatis » (1 Sent., d. XLV, a. 1, q. 1; p. 397).
La toute-puissance de Dieu est un des attributs qui ont le plus frappé Richard et bien des solutions qu’il propose, soit dans son Commentaire, soit dans ses Quodhibets, n’ont d’autre but que de sauvegarder plus pleinement la toute-puissance
divine: et l’on comprend cette insistance sur la toute-puissance, . .
quand on se rappelle sa thèse fondamentale du primat de la volonté.
Dieu est tout-puissant :
« Deus est omnipotens et potest omnia facere quae vult se posse. Sed ipsum posse omnia quae vult se posse non est praecisa ratio
11 Sent., d. XLV, a. 2, q. 2; p. 403.
21 Sent., d. XXXV, a. 1, q. 5; p. 304.
3% I Quodl. II, q. 1; p. 33, c. 2.
omnipotentiae suae : sed ideo omnipotens dici debet quia potest nmne illud quod est possibile absolute. hoc est omne illud quod non includit contradictionem !. »
La toute-puissance de Dieu n’a d’autres limites que l’impos- sibilité de poser des contradictoires et la rectitude même du * vouloir divin : « Nikil enim potest facere nisi quod potest velle » (I Sent., d. XLIIT, q. 7; p. 387, c. 1. — d. XLII, q. 2; p.372, c. 2). Mais quand Richard affirme que Dieu ne peut faire des contradictoires, il a bien soin de noter que cela provient, non pas d’un manque de puissance, mais uniquement de ce que - les contradictoires en elles-mêmes sont absolument impossibles. La raison de cette impossibilité n’est donc pas en Dieu, mais plutôt dans les créatures. Une nature est telle parce qu’elle est telle. Ne peut-on pas cependant trouver une raison plus profonde? Oui, une nature est telle, et ne peut être autrement, parce que Dieu l’a constituée ainsi; et Dieu l’a créée ainsi , parce que l’idée exemplaire qu’il en portait en lui-même l’exigeait (I Sent., d. XLII, a. 1, q. 4; p. 374. — q. 5; p. 375). Cette dernière raison ne porte-t-elle pas atteinte au principe du primat de la volonté ? J'en laisse le lecteur juge ?. Voilà pourquoi, et c’est intéressant à noter, la distinction - entre puissance absolue et puissance ordonnée, si fréquente dans les scolastiques, surtout à partir du xiv® siècle, paraît suspecte à notre docteur.
On peut découvrir en effet deux sens à cette expression : « puissance ordonnée ». Si on la définit, la puissance divine en tant que dirigée par sa sagesse, et c’est le sens: que cette distinction a généralement dans les écrits des auteurs postérieurs, dans ce sens il est absurde de dire que Dieu pourrait réaliser selon sa puissance absolue, ce qu’il ne pourrait pas selon sa puissance ordonnée. La question ne se pose même pas : Dieu ne peut vouloir ce qui est déraisonnable ou mal ordonné.
1I Sent., d. XLII, q. 8; p. 378. |
? Minces (Skotistisches, p. 276) cite cependant ce passage pour montrer que Richard est opposé à saint Thomas; seulement il omet la fin de la question qui justement pose le problème.