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L'OPTIMISME

Mais on peut concevoir cette distinction dans un autre sens : de même qu’il y a lieu de distinguer entre nécessité absolue et : aécessité conditionnée (III Sent., d. XV, a. 1, q. 1; p. 156. —

d. XX, a. 1, q. 2; p. 208, c. 2, etc.), de même il y a lieu de | distinguer la puissance de Dieu en elle-même, absolument avant et en dehors de tout plan d’exécution, et la volonté de Dieu considérée en relation avec le plan librement voulu. Dieu peut, absolument parlant, faire tout ce qui n’est pas contradictoire ou contraire à ses attributs. Mais étant donné que Dieu a posé librement un certain ordre de créatures, il est manifeste qu’il est une infinité de choses possibles et parfaitement sages qui pourraient être voulues par Dieu absolument parlant, et que

cependant il ne peut pas vouloir actuellement en conjonction | avec cette première ordination : « Manente ordinatione qua ordinaverat.» En prenant donc l'expression de puissance ordonnée avec cette signification, la puissance de Dieu en tant qu’elle se rapporte à l’ordre actuellement réalisé, il est légitime de distinguer entre puissance absolue et puissance ordonnée :

« Respondeo, quod si dicam posse de potentia ordinata illud quod ipse facturum proposuit et rationabiliter disposuit, sic dico quod aliqua potest de potentia absoluta, quae non potest de potentia ordinata : quia absolute potest quidquid non includit contradictionem.. Si autem dicatur posse de potentia absoluta, illud quod se facturum proposuit et irrationabiliter disposuit, vel quod est facturus potest velle et irrationabiliter disponere, sic dico quod nihil potest de potentia absoluta quod non possit de potentia ordinata : nihil potest facere nisi quod potest velle et disponere se facturum !. »

Il faut donc rejeter absolument cette proposition :

« Deum posse illud de potentia absoluta quod posset facere si vellet, Quamvis non possit illud velle facere 2. »

En fait Richard évite toujours cette distinction amphibologique.

Le monde est-il le meilleur possible? En d’autres termes jusqu’à quel point notre docteur favorise-t-il l’optimisme ?

11 Sent., d. XLIII, q. 7; p. 387.

3 Jbid.

Avec saint Bonaventure 1, Richard admet que Dieu aurait pu créér un monde différent du monde actuel (I Sent., d. XLIV, a. 1, q. 4; p. 392); il incline à croire, mais sans se prononcer catégoriquement, que Dieu aurait pu créer une essence plus parfaite que l’essence la plus parfaite actuellement existante (Quodl. Il, q. 4; p. 36). Et qu'on ne dise pas que cette supposition entraîne une imperfection dans le monde actuel, car la perfection de la créature consiste dans sa conformité à la volonté de Dieu :

« Ex hoc enim est perfectio in mundo quod ita mundus est ordinatus. sicut Deus vult ipsum ordinari.. Unde perfectio attenditur in mundo ex ordine ipsius mundi ad voluntatem divinam À.»

Mais Dieu n’aurait pas pu faire que le monde actuellement réalisé soit meilleur qu’il n’est, sinon d’une façon tout accidentelle. Le monde en effet ne peut avoir une fin plus élevée; ses parties ne peuvent être mieux disposées qu'elles ne le sont, sans changer l’ordre lui-même, c’est à dire devenir un monde diffé-

rent. L'ordre actuel est donc parfait en son genre, puisqu'il n’est que la réalisation d’une idée qui est en Dieu : l’améliorer substantiellement équivaudrait à créer un ordre nouveau, c’est à dire à réaliser une idée différente de Dieu. Si l’on considère chaque créature qui compose l’univers actuel, il est possible d’admettre une amélioration mais tout accidentelle. Car on peut émettre quatre hypothèses : rendre meilleur le monde ou bien en améliorant quelques-unes des créatures en elles-mêmes, les autres restant ce qu'elles sont; ou bien en améliorant substantiellement toutes les créatures existantes ; ou bien en produisant de nouvelles substances; ou bien enfin en améliorant accidentellement toutes créatures. La première hypothèse rendrait le monde moins bon qu’il n’est : car la splendeur du monde dépend de l’harmonieuse proportion des parties; les deux suivantes entraîneraient en réalité la création d’un monde nouveau. Reste donc la dernière hypothèse : une amélioration accidentelle, semblable à celle qui aura lieu après le jugement (I Sent., d. XLIV,

1 GiLsON, Bonaventure, p. 170.

3 Quodl. II, q. 4, ad arg.; p. 40, c. 1.

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