‹ Richard de Middleton, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 109 sur 228 · ANTHROPOLOGIE · texte numérisé non relu

ANTHROPOLOGIE

Les anges ne furent pas créés dans la gloire (II Sent., d. IV, a. 2, q.1; p.69), ni même dans la grâce sanctifiante; sinon, il est peu probable qu’ils l’eussent perdue; mais ils reçurent des grâces surnaturelles (II Sent., d. IV, a. 2, q. 2; p. 70).

Leur premier péché fut un péché d'’orgueil (Quaest. disp., q. 26. — II Sent., d. V, a. 1, q. 1 et 2; p. 76-78) : Dieu ne leur ayant pas concédé la grâce de la pénitence, les démons n’ont pu se repentir de leur péché (Quaest. disp., q. 2. — II Sent., d. VII, a. 2, q. 1; p. 93); ils sont donc obstinés dans le mal et ajoutent continuellement péché à péché, sans augmenter cependant leurs démérites (Quaest. disp., q. 28. — II Sent. d. VII, a. 2, q. 2; p. 94).

Les prestiges diaboliques ont profondément intéressé notre auteur (Quaest. disp., q. 31). Richard admet la possibilité des succubes et des incubes (II Sent., d. VIII, a. 1, q. 6; p. 107), fidèle en cela à une opinion longtemps répandue.

Les bons anges, au contraire, par leur correspondance à la grâce (II Sent., d. V,a.2,q. 1; p. 79), ont mérité la grâce sanctifiante et la gloire (/bid., q. 2; p. 80), dès lors ils sont impeccables (Il Sent., d. VII, à. 1, q. 1; p. 91); mais cette confirmation en grâce ne diminue pas leur liberté; au contraire elle la consacre et l’augmente (/bid., q. 2; p. 92).

L’ange peut instruire l’homme : non pas qu'il ait le pouvoir d’agir immédiatement sur notre intelligence, ni de créer de nouveaux phantasmes dans notre imagination; mais indirectement, en agissant sur nos esprits animaux, sur nos humeurs et en combinant les images de notre imagination et de notre mémoire (Quaest. disp., q.18. — II Sent., d.X, a. 2,q.2; p. 131). Chaque homme a un ange gardien (II Sent., d. XI, a. 1, q. 1; p. 135), qui ne l’abandonne jamais pendant la vie (Zbid., q. 2;

L’âme du premier homme a été créée par Dieu (II Sent.

d. XVII, a. 1, q. 1; p. 213), et son corps immédiatement formé par le créateur (/bid., a. 2, q. 2; p. 224); nos premiers parents

furent créés dans l’état d’innocence et de justice originelle, mais à la grâce sanctifiante, ils ont dû se disposer, tout comme l’ange (II Sent., d. XXIX, a. 1, q. 1; p. 363). Cependant, pour produire cet acte qui les disposait prochainement à la grâce sanctifiante, ils eurent besoin d’une grâce opérante et coopérante (/bid., ad 4m).

La justice originelle diffère donc de la grâce sanctifiante; bien plus, celle-ci n'y entre même pas à titre de complément :

« Aliqui dixerunt quod complementum originalis iustitiae fuit gratia gratum faciens; non tamen eis consentio 1. » |

La justice originelle, en effet, perfectionne directement la nature : donnée comme bien de nature, elle devait se transmettre avec celle-ci. La grâce sanctifiante, au contraire, perfectionne d’abord la personne : elle fut octroyée à Adam à titre personnel; et voilà pourquoi celui-ci dut s’y disposer par un acte personnel (II Sent., d. XXIX, a. 1,q. 1, ad 2m), et voilà pourquoi également l’homme peut récupérer la grâce sanctifiante, et non la justice originelle, par la pénitence personnelle (II Sent., d. XXX, a. 3, q- 2; P. 377).

Étant donné les opinions diverses qui divisent les écoles, encore de nos jours, insistons un peu sur la nature de cette justice originelle. Différente de la grâce, elle ne consiste pas cependant dans un don naturel : elle est un don gratuit surajouté à la nature :

« Dicunt aliqui quod originalis iustitia in solis naturalibus consistebat, quia nihil aliud erat quam perfecta oboedientia virium inferiorum ad superiores et recta habitudo superiorum ad Deum... Mihi videtur dicendum quod originalis iustitiae dispositio erat per naturam, sed complementum erat per aliquod gratuitum donum naturalibus superadditum 2, »

Don gratuit, son effet formel était de soumettre les puissances inférieures aux puissances supérieures et celles-ci à Dieu (I Sent., d. XXX, a. 1, q. 13 p. 372. — a. 3, q. 1; p. 376); ce don était une grâce gratis data (Ibid., a. 3, q. 2; p. 377).

TII Sent., d. XXX, a. 3, q. 2; p. 377.

311 Sent., d. XXX, a. 3, q. 1: p. 376.

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