JUSTICE ORIGINELLE
Un autre effet de la justice originelle fut, outre l’exemption de toute peine (II Sent., d. XXX, a. 2, q. 1; p. 375), l’immortalité du corps (II Sent., d. XIX, a. 2, q. 1; p. 245). À l’immortalité concouraient trois facteurs :
« Virtuositas suae naturae tanquam dispositio remota, efficacia ligni vitae, tanquam dispositio magis propinqua, et conditoris beneficium supernaturale.. tanquam complementum 1. »
Ce bienfait divin comprenait outre la justice « cuius beneficii una pars fuit originalis iustitia », la Providence divine écartant toutes les causes extrinsèques de mort et de corruption (Il Sent., d. XIX, a. 3, q. 1; p. 247).
Dans nos premiers parents, avant le péché, il n’y avait pas d’ignorance proprement dite, c’est à dire «carentia cognitiontis eorum quae quis tenetur scire pro illo tempore quo debet scire illa »; mais ils étaient loin d’avoir toute la science possible :
« Pro simplici nescientia quae est respectu illorum quae homo non tenetur scire et talis ignorantia paena non est sed naturalis defectus
consequens creaturam et haec fuit in primis parentibus ante omne peccatum; et ignorantia sic accepta forte cooperata est ad primum
peccatum Ÿ. »
Plus loin cependant Richard concède à Adam une science très étendue : une science de toutes les choses naturelles, telle qu’elle n’aurait pu augmenter :
a Non profecisset quantum ad numerum cognoscibilium, potuisset
tamen.… proficere quantum ad experientiam, quia multa cognoscebat intellectu, quae postea cognovisset sensu {. »
Adam cependant n'aurait pas eu la connaissance de tous les futurs contingents, ni du secret des cœurs : par contre, Dieu lui avait révélé les vérités surnaturelles, nécessaires pour sa pleine vie religieuse et morale (II Sent., d. XXIII, a. 2, q. 3; p. 287).
1II Sent., d. XIX, a. 3, q. 1; p. 247.
? Richard admet cependant,comme probable, l’opinion qui prétend qu’Adam aurait échappé à la mort, non parce qu’il aurait pu toujours vivre, mais parce que Dieu l'aurait fait entrer au ciel, avant que la corruption ne commençât son œuvre.
311 Sent., d. XXII, a. 2, q. 1; p. 277.
«I1 Sent., d. XXIII, a. 2, q. 3; p. 287.
Dans l’état d’innocence, la multiplication du genre humain aurait eu lieu par la génération (II Sent., d. XX, a. 1, q. 1; p. 251 et q. 4; p. 254), mais sans aucun dérèglement (Jbid., q. 2; p. 252); et probablement avec une délectation plus intense (/bid., q. 3; p. 253). Les enfants seraient nés dans la justice originelle (Zbid., a. 2, q. 3; p. 256).
Grâce au don de justice originelle, l’homme aurait pu, sans le secours de la grâce sanctifiante, résister à tout péché, tant mortel que véniel (II Sent., d. XXIV, a. 1, q. 1; p. 293). Richard n'ose se prononcer sur la question, débattue entre thomistes et non-thomistes : le péché véniel était-il impossible avant le premier péché mortel? (II Sent., d. XXI, a. 3, q. 1; p. 266).
Le premier péché fut un péché d’orgueil :
« Primum peccatum mulieris fuit superbia quam immediate sciendi
curiositas est secuta.. et post hoc per inordinatum appetitum esus ligni vetiti secuta est gula !. »
LII Sent., d. XXII, a. x, q. 1 et 2; p. 272-273.