‹ Richard de Middleton, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 111 sur 228 · LE PÉCHÉ ET LA GRACE · texte numérisé non relu

LE PÉCHÉ ET LA GRACE

SOMMAIRE. — I. Le péché originel: ses effets. La nature pure. Volontariété et transmission, rémission du péché originel. — II. Le péché actuel : péché de commission et péché d’omission. Le péché habituel. Le péché véniel. — III. La grâce : sa gratuité et sa nécessité. La grâce sanctifiante; ses effets : son augmentation.

Le péché originel, pour Richard, comme pour saint Thomas, consiste formellement dans la privation de la justice originelle (I S'ent., d. XXX, a. 1, q.1; p. 372), et matériellement dans la concupiscence :

«In peccato originali est aliquid formale, scilicet carentia debitae

justitiae… Est etiam... aliquid materiale et haec est concupiscentia inordinationi substrata 1, »

La concupiscence n’est que cette facilité et cette inclination de la sensualité et de la volonté à se porter à des actes désordonnés (II Sent., d. XXX, a. 4, q. 2; p. 378) : elle n’est pas une entité positive, mais un défaut :

« Nec aliquid positivum dicit.. sed dicit quemdam defectum poten-

tiae concupiscitivae, per quem non semper potest causare rectitudinem in actu suo 3,»

Son siège n’est proprement ni la chair, ni l’âme, mais le composé (II Sent., d. XXXIT, a. 2, q. 2; p. 400).

Le péché originel a véritablement détérioré la nature humaine : « Per peccatum originale. natura humana in suis

111 Sent., d. XXX, a. 4, q. 1; p. 378.

211 Sent., d. XXXIL, a. 2, q. 1; p. 399.

naturalibus est peiorata » (II Sent., d. XXX, a. 1, q.2; p. 373). Entendez bien littéralement : non seulement il a dépouillé la nature des dons gratuits, mais il l’a blessée : la concupiscence, naturelle à un composé de matière et d’esprit, est devenue plus entraînante qu’elle n’eût été dans l’état de nature pure (Jbid., ad 3%; p.375), et le libre arbitre est devenu incapable de bien des actes naturels, en particulier de faire un acte d’amour naturel de Dieu «super omnia », sans un secours spécial (II Sent., -d. XXVITI, a. 1, q. 1; p. 355).

Et ici se fait sentir déjà une conception assez matérielle. Cette détérioration de la nature, en tant qu’elle consiste dans la privation de la justice originelle, résulte du péché intérieur d'Adam, mais en tant qu’elle est une exaspération de la concupiscence, elle provient de la jouissance coupable goûtée par notre premier père mangeant le fruit défendu :

« Quamvis per malum actum interiorem voluntatis Adae, natura humana fuerit originali iustitia in ipso Ada spoliata et in naturalibus peiorata, ista peioratio non fuisset saltem tanta quanta modo est ad posteros propagata, nisi de ligno vetito comedisset… Per esum illius ligni natura humana in Ada infecta est in naturalibus peiorata, non tantum in quantum erat in illo individuo absolute, sed in quantum erat principium posteriorum. Non quia illud lignum esset, secundum se, malum... sed naturae carenti originali iustitia, propter debilitatem ällius naturae erat improportionatum et contrarium À, »

Richard ne parle pas ex professo de la possibilité de la « nature pure », qui souleva de si violents débats au temps du jansénisme. Mais sa pensée n’est pas douteuse: Dieu aurait pu créer une nature, laissée à elle-même, sans le don préternaturel de justice originelle et par conséquent soumise à la concupiscence, à la souffrance, à l’ignorance et à la mort; seulement sans la faute originelle, la concupiscence eût été moins vive et Ja souffrance moins lourde; et voilà ce qui justifie cette expression que dans l’état actuel l’homme est blessé dans sa nature même, «peiorata in naturalibus », comme nous venons de l'entendre. Richard en effet déclare très nettement, que le corps est naturelle-

TITI Sent., d. XXX,a.1,q.2;p.374,c.1.

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