LA NATURE PURE
ment corruptible 1, que la concupiscence résulte immédiatement de la nature même du composé humain, possédant des facultés diverses douées de spontanéité : les facultés sensibles tendent d’elles-mêmes au bien délectable, qui parfois ne concorde pas avec le bien honnête :
« Naturale est ipsi homini habere potentias possibiles quasi secundum quamdam contrarietatem moveri ?; quamvis homo formatus ex elementis et suis naturalibus relictus esuriret et sitiret et interdum in ipso concupiscentia moveretur, tamen illas passiones non ita inordinatas haberet, sicut nos habemus 5, »
Et c’est dans ce sens, sans doute, qu’il dit ailleurs que la concupiscence est « contra naturam * ». La même théorie est plus clairement exprimée encore au sujet des souffrances :
« Si autem loquamur de humana natura non eo modo quo instituta fuit, sed eo modo quo .eam Deus instituere potuit, sic dico quod possibile fuit naturam humanam sic institui ut potuisset esse in ea ante peccatum paenalitas, non secundum quod paenalitas dicitur a punitione, sed secundum quod accipitur pro labore vel angustia, vel dolore, quia a Deo potuit institui suis naturalibus relicta et si sic instituta fuisset, naturaliter potuissent in ea esse esuries et sitis et aliquae aliae paenalitates, quamvis non ita graves, sicut modo sunt in humana natura propter peccatum f. »
Bien plus l’état de nature pure, avec toutes les misères qui lui sont inhérentes, ne répugne à aucun attribut divin et aurait été déjà un immense bienfait :
« Nec propter hoc fuisset Deus culpandus sicut crudelis, vel iniustus, sed laudandus sicut liberalis et benignus; quia qui nihil debet alicui et dat sibi magnum bonum cui annexum est modicum malum, ut in respectu, non debet reprehendi de iniquitate sed laudari de liberalitate.
Illae autem paenae temporales modicum mali fuissent in respectu boni naturae humanae 6. »
Quand notre docteur entreprend d'expliquer comment le
LILI Sent., d. XIX, a. 2, q. 1; p. 245.
211 Sent., d. XXX, a. 3, q. 1; p. 376.
2 II Sent., d. XXX, a. 1, q. 2, ad 32; p. 374. «II Sent., d. XXX, a. 1, q. 1, ad 3"; p. 373. #11 Sent., d. XXX,, a. 2, q. 1; p. 375.
SII Sent., ibid.
péché originel est volontaire et comment il se transmet par hérédité, il ne peut se défendre ici encore des conceptions assez matérielles qui avaient vogue dans l’ancienne scolastique. D'ailleurs, rien n’est plus éloigné de la pensée de Richard, comme du reste de celle de saint Thomas ou de saint Bonaventure, que cette théorie en faveur au xvil® siècle, qui considérait Adam comme le chef juridique (caput turidicum) du genre humain et cherchait dans cette voie l'explication de la volontariété du péché originel en chacun de nous. Pour Richard, il n’est nullement nécessaire de trouver dans une volonté interprétative personnelle la raison de notre culpabilité : le péché originel n’est pas en nous un péché personnel, mais un péché de nature, et notre nature a été viciée de par la volonté d’Adam qui contenait dans ses flancs seminaliter tout le genre humain. En nous le péché originel infecte donc la personne par l'intermédiaire de la nature et la seule volontariété du péché originel est dans sa relation avec l'acte volontaire coupable du chef physique de notre race.
Néanmoins le péché originel est en nous un vrai péché : car le péché n’est que la privation de la justice que nous devrions avoir. Or, la justice originelle ayant été accordée à la nature humaine dans la personne d’Adam, qui la contenait virtuellement tout entière, tous les individus nés d’Adam, sont tenus de posséder cette justice; et comme Adam par son péché a dépouillé tous ses descendants de cette même justice, par conséquent, tous les hommes issus du premier homme viennent au monde sans cette justice originelle qu'ils devraient avoir; et dès lors ils sont infectés d’un péché proprement dit :
« Originalis iustitia primis parentibus fuit data. in quantum in eis erant omnia individua speciei humanae in virtute. Unde natura parvuli a sua origine in utero debitrix est illius originalis iustitiae. Sed natura parvuli a sua origine in utero caret originali iustitia… Praedicta autem iustitia caret natura parvuli, non per actum voluntatis personae ipsius parvuli, sed ipius Adae qui per suam inoboedientiam non solum illam naturam in numero quae in ipso erat, deordinavit, sed etiam omnes alias naturas eiusdem speciei cum sua, in ipso virtualiter praeexistentes et secundum rationem seminalem ab ipso naturaliter propagandas. Ex praedictis patet quod in natura parvuli a sua