‹ Richard de Middleton, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 114 sur 228 · PÉCHÉ ORIGINEL · texte numérisé non relu

PÉCHÉ ORIGINEL

baptismum, careat originali iustitia, tamen non pro illa carentia culpatur, quia non quaecumque carentia iustitiae culpa est, sed iustitiae ad quam habendam ille qui ea caret, obligatur À. »

Quant à la concupiscence, qui est la partie matérielle du péché originel, bien que diminuée par l’infusion de la grâce, elle ne cesse pas d’exister : mais elle perd sa culpabilité, parce qu'elle n’est plus informée par le désordre du péché formel :

« Quantum vero ad concupiscentiam, quae est materiale in peccato originali, et cui non opponitur gratia. secundum se, sed quantum ad eius inclinationem, eo quod inclinat ad contrarium huius ad quod inclinatur concupiscentia, non totaliter remittitur, sed per quamdam gratiam gratis datam, sicut forte est character baptismalis, et per: gratiam gratum facientem quae ad contrarium inclinat, debilitatur.… Quia tamen in baptizato non remanet coniuncta illi deformitati quae formaliter est culpa, ideo rationem culpae non retinet, sicut non potest vere dici quod corpus carens anima sit homo 3,»

Comment faut-il comprendre ces paroles? Dirons-nous que l’homme n'ayant plus, en vertu de son baptême, le debitum tustitiae originalis, n’a plus le debitum non habendi concupiscentiam? C'est l'explication proposée à la question suivante : « Si la chair reste infectée après comme avant le baptême, comment ne fait-elle pas revivre le péché originel ? » Richard répond : |

« Caro infecta non potest causare culpam originalem.. nisi illa persona sit debitrix originalis iustitiae; illud autem debitum remittitur per baptismum 8.»

Peut-être; mais je crois qu’on peut présenter la pensée de Middleton d’une façon légèrement différente. L'état de justice originelle comprend deux éléments : 1) une « gratia gratis data » maintenant l’ordre dans les puissances, et par conséquent. 2) l’ordre lui-même, c’est à dire l’absence de concupiscence (IL Sent, d. XX XIII, a. 1,q. 1 ; p. 410). Le péché originel consiste formellement dans la privation du don préternaturel, cause de:

LIT Sent., d. XXXII, a. 1, q. 1; p. 397.

? Ibid.

3 Ibid., q. 2; p. 398.

cette harmonie, et par conséquent seulement matériellement, dans la désharmonie elle-même, suite de cette privation (II Sent., d. XXX, a. 4,q. 1; p. 378). La concupiscence n’a donc la « ratio peccati » qu’en tant qu'elle entre comme élément dans ce complexus qu'est l'injustice originelle, c’est à dire, qu’en tant qu’elle est liée et fait un avec la privation de la gratia gratis data. Du moment que ce lien est rompu, du moment que l’absence du don préternaturel cesse d’être une privation proprement dite, pour devenir la simple «carentia dont non debiti», la concupiscence elle-même est comme libérée de sa tare : elle reste concupiscence, mais elle n’est plus concupiscence coupable, tout comme un vice, qui est coupable et péché tant qu’il est voulu ou consenti, cesse d’être coupable, tout en restant un défaut et une inclination au mal, dès que la volonté le désapprouve (II Sent., d. XXXIT, a. 1, q. 1, ad 1%; p. 397. —- Cfr d. XXI, a. 2, q. 3; p. 256). Telle est, je crois, la vraie pensée de Richard.

Le péché actuel, comment faut-il le concevoir ?

Pour comprendre notre docteur, rappelons que Middleton, comme tous les scolastiques, à la suite de saint Augustin, établit en thèse que le mal n’est pas une réalité positive, mais une privation 1; donc le péché actuel est formellement une privation :

« Formaliter loquendo est carentia boni debiti in voluntate à.»

Cette définition est générale et s’applique au péché d’omission aussi bien qu’au péché de commission. Dans ce dernier on peut distinguer matière et forme : la forme c’est la difformité de l’acte, la matière c’est l’acte lui-même qui est désordonné :

«Ïn peccato actuali est aliquid formale, scilicet deformitas ipsius

actus, quae est privatio alicuius boni debiti in actu; et aliquid materiale, scilicet actus illi deformitati substratus. »

LII Sent., d. XXXIV, a. 1, q. 1; p. 418.

3 Quodl. I, q. 22; p. 20.

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