PÉCHÉ HABITUEL
” «lllud quod formaliter peccatum est in peccato commissionis est carentia obiecti debiti, vel. debitae circumstantiae, vel. relationis ipsius actus ad finem debitum 1. »
Le péché d’omission est défini : « carentia debiti actus». Il peut exister sans qu'il y ait d’acte positif qui lui serve de soutien : le sujet donc de la difformité est la volonté elle-même : « mo ipsa voluntas illius est subiectum ». Bien plus, le péché d’omission ne suppose pas nécessairement un acte positif précédant ou concomitant à titre de cause (Quodl. I, q. 22; p. 30. — II Sent., d. XXXV, a. 1,q. 1; p.430. — Quaest. disp., q. 23). L’omission est, dans ce cas, volontaire seulement en ce sens qu’il est en notre pouvoir d’agir ou de ne pas agir (/bid., ad 3m; p. 430).
Dans tout péché mortel il y a, à la fois, conversion vers les créatures et aversion de Dieu, ce qui constitue le formel du péché : l’aversion étant non pas un mouvement contre Dieu, mais un éloignement de Dieu par le mouvement même ou l’amour qui nous porte à la créature, il est manifeste que la conversion vers la créature précède logiquement l'éloignement de Dieu (Quaest. disp., q. 25. — II Sent., d. XLII, a. 3, q. 1 et 25 P. 513-514).
L'effet du péché mortel est double : d'abord de diminuer, dans l’âme, son inclination naturelle vers le bien (II Sent., d. XXXV, a. 2, q. 1; p. 435), sans qu’il puisse cependant la détruire radicalement (/bid., q. 2); ensuite de priver complètement l’âme de la grâce sanctifiante (Jbid., q. 4; p. 437. — Cfr d. XXVI, a. 1, q. 3; p. 341).
Le péché habituel est un état, résultant de l’acte passé. Mais en quoi il consiste formellement, notre docteur ne l’explique pas clairement. Tel passage donne l’impression que, pour lui, le péché habituel serait avant tout le reatus paenae, comme l’enseignera Scot. Richard en effet n’assigne d’autre fondement à l'obligation de subir un châtiment, que la loi divine décrétant que tout péché sera puni (II Sent., d. XLII, a. 2, q. 1; p. 510). Mais cette impression doit être corrigée, je crois, par d’autres passages. En effet, ailleurs, Middleton enseigne que le péché
Lil Sent., d. XXX, a. 4, q. 1: p. 378. — Quodl. I, q. 22; p. 30.
habituel est la diminution même de cette aptitude de l’âme au bien, ou mieux encore, la privation d’un certain degré de proximité avec Dieu. Quoi qu'il en soit, il distingue au moins nettement le péché habituel du péché actuel et du refus de la volonté de se corriger :
« Homo potest dici peccator et secundum actum et secundum habitum... dico quod ratio mali quod est peccatum, per prius et principalius est in malo voluntatis actu, quam in diminutione boni debit facta per malum voluntatis actum. Secundario tamen et per quamdam habitudinem ad malum voluntatis actum, illa diminutio bon participat rationem peccati. Nec est intelligendum quod illa diminutio boni in facto esse sit totaliter idem quod carentia emendae debitae pro actu peccati, imo differunt, sicut corruptio alicuius gradus propinquitatis ad luminis susceptionem, et obstaculum quo ille gradus corrumpitur. Et forte plus habet de ratione peccati praedicta carentia, quam diminutio ipsius naturalis aptitudinis ad virtutem 1. »
Le péché véniel diffère du péché mortel infiniment, car si par ‘le premier on préfère la créature à Dieu, il n’en va pas ainsi du second (II Sent., d. XLII, a. 2, q. 2; p. 511). Le premier dit aversion de Dieu; le péché véniel n’est qu’une disposition lointaine qui peut amener cette aversion : voilà pourquoi le premier prive de la grâce sanctifiante et entraîne la peine éternelle, le second ne prive pas de la grâce et ne mérite pas l'enfer. Le péché véniel est un acte qui, sans lui être opposé, n’est pas ordonné vers la fin (/bid., p. 512). Son effet est de diminuer la ferveur de la charité et sa stabilité ? :
« Concedo quod nunquam minuitur quoad eius essentiam, quamvis frequenter minuatur quantum ad fervorem et quantum ad suam in anima radicationem.… Veniale est dispositio ad mortale ex quo patet ulterius quod per peccatum veniale diminuitur radicatio caritatis in anima. Quia etiam per veniale minuitur in anima habitus concordans caritati, ideo habens caritatem, minus fervens efficitur 3. »
TITI Sent., d. XXXV, a. 2, q. 4; p. 439. — d. XLII, a. 2, q. 1, ad 17;
3 À. LANDGRAF, Das Wesen der lässlichen Sünde, Bamberg, 1923, p. 121,
SI Sent., d. XVII, a. 2, q. 5; p. 167.