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NÉCESSITÉ DE LA GRÂCE

Sans un secours spécial et surnaturel de Dieu, le pécheur ne peut faire un acte de pénitence salutaire (IV Sent., d. XIV, a. 6, q. 1; p. 182). Cette nécessité de la grâce actuelle pour se disposer à la vraie pénitence est bien mise en lumière à propos des démons : ceux-ci ne peuvent plus se convertir, d’après notre auteur, parce que, dans sa justice Dieu ne leur en donne plus la grâce :

«a Cum gratia gratum faciens sit supra facultatem cognitionis et affectionis naturalis.... Sed dispositio inclinans rationalem seu intellectualem creaturam ad gratiam, aut inclinat dirigendo cognitionem, aut

excitando seu movendo affectionem : necessarium est ergo quod adsit supernaturale adiutorium ad hoc ut creatura.…. inclinetur ad gratiam !!.

Aussi, sans un secours spécial et surnaturel de Dieu, l’homme peut bien se disposer « remote » à recevoir la grâce sanctifiante, mais non pas la mériter ou s’y disposer immédiatement :

« Dispositio ad gratiam gratum facientem duplex est: quaedam remota et indirecta, quaedam propinqua et directa. Loquendo de prima dispositione, liberum arbitrium, per sua naturalia, cum sola generali motione primi moventis, potest… quia hoc modo, qui libero arbitrio suo recte utitur, quantum potest, disponit se ad gratiam gratum facientem. Loquendo autem de dispositione secundo modo, liberum arbitrium non potest se disponere ad gratiam gratum facientem, nisi per aliquam gratiam gratis datam, comprehendo sub gratia gratis data, non tantum aliquod habituale donum naturalibus superadditum, sed etiam aliquam Spiritus Sancti specialem motionem factam per se immediate tantum, vel cum hoc etiam mediante aliqua creatura . »

Plus bas, il ajoute que cette disposition prochaine suppose une motion et une illumination surnaturelles :

«Ideo ad talem dispositionem oportet hominem supernaturaliter excitari et illuminari %. »

Ces lignes manquent encore un peu de précision.

Richard d’ailleurs attribue cette nécessité d’un secours surnaturel, non à la corruption de la nature déchue, mais à la

1I1 Sent., d. VII, a. 2, q. 1; p. 93.

3 II Sent., d. XX VIII, a. 1, q. 2; p. 356.

3 Jbid.

transcendance de la grâce : car, même dans l’état d’innocence, Adam n’eût pu se disposer à la grâce sanctifiante, sinon en vertu d’une pratia gratis data :

«Per gratiam gratis datam potuerunt proficere in disponendo se de congruo ad gratiam gratum facientem 1. »

Cette disposition prochaine, œuvre de la grâce, mérite seulement « de congruo » l’infusion de la grâce sanctifiante.

Peut-on conclure de ces passages que Richard admette dans les bonnes œuvres naturelles, une disposition positive à la première grâce? Des théologiens, soucieux de lire entre les lignes la pensée des auteurs, l’ont cru. Il est vrai que Richard n’a pas distingué comme les modernes entre disposition négative et disposition positive : sa pensée eût donc pu être plus claire; mais c’est lui prêter également une précision qu’il n’a pas faite, que de l’interpréter comme parlant d’une disposition positive. En histoire, on ne recherche pas ce que tel auteur aurait pu dire, mais ce qu’il a dit; et s’il a parlé vaguement, on le constate, et on peut le déplorer, mais non suppléer.

Sans la grâce sanctifiante, impossible de mériter de condigno et par conséquent de faire un vrai progrès (II Sent., d. XXIV, a. 1, q. 2; p. 294), d'observer la loi divine « sicut oportet », ou comme il s'exprime « quantum ad formam et intentionem praecipientis », c’est à dire méritoirement :

« Patet quod liberum arbitrium sine gratia gratum faciente mandata secundum formam et intentionem mandantis observare non potest, cum (sine) gratia gratum faciente proficere non possit in merito de condigno ?. »

Si la grâce sanctifiante n’est pas nécessaire pour résister à la tentation, elle est nécessaire pour la « vaincre »; c’est à dire y résister avec mérite :

« Tunc ergo tentatio ab homine superatur, cum ita virtuose tentationi resistit quod per hoc efficitur Deo gratior et aeterno regno dignior ÿ. »

LIL Sent., d. XXIV, a. 1, q. 2; p. 294.

3 II Sent., d. XX VIII, a. 1, q. 3; p. 357.

3 II Sent., d. XX VIII, a. 2, q. 3; p. 360.

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