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GRÂCE SANCTIFIANTE

Toute la doctrine de Richard sur la nature de la grâce actuelle (gratia gratis data) se réduit ! aux quelques mots que nous avons cités; on pourrait donc la définir : une motion spéciale et surnaturelle produite immédiatement par le Saint-Esprit, qui illumine l'intelligence de l’homme et excite sa volonté au bien. En outre, on peut aussi appeler grâce actuelle certaines incitations au bien produites par le Saint-Esprit au moyen des créatures (II Sent., d. XX VIII, a. 1, q. 2; p. 356).

La nature de la grâce sanctifiante a retenu davantage son attention : il a même consacré une de ses Quaestiones disputatae, la 322, à examiner en quoi la grâce diffère de la gloire.

La grâce sanctifiante est un accident : elle est créée par Dieu et non pas tirée de la puissance de l’âme (II Sent., d. XXVI, a. 1, q. 2; p. 341); il en va de même de la charité qui est un « habitus a Spiritu Sancto voluntati infusus » (1 Sent., d. XVII, a. I, q. 1; p. 156). A l’encontre de saint Thomas, et fidèle à son principe de ne pas distinguer comme des réalités distinctes l’âme et ses puissances, Richard préfère (magis assentio) dire que la grâce ne diffère de la charité que par une relation :

« Non differunt secundum aliquid absolutum, sed tantum ratione et relatione, quia caritas in comparatione ad animam, in quantum eam in supernaturali esse Deo grato perficit, est ipsa gratia gratum faciens : in comparatione vero ad proprium eius actum, quo ita care diligit Deum, ut propter suam bonitatem ipsum omni creaturae anteponat, dicitur caritas et habet rationem virtutis ?, »

On peut dire que la même réalité, sous l’aspect grâce, informe l’essence de l’âme, et, sous l’aspect charité, informe la volonté : vu que la volonté ne diffère de l’essence de l’âme que par son

1 Le mot gratia gratis data s'oppose à la fois à don naturel et à gratia gratum Jaciens, c’est à dire à la grâce sanctifiante. Dans ce sens il appellera la justice originelle, gratia gratis data (IL Sent., d. XXIV, a. 1,q. 1; p. 293, c. 1). Souvent il l’emploie pour désigner un secours passager mais surnaturel de Dieu. C'est dans ce sens que l’expression équivaut à l’appellation moderne de grâce actuelle. Il n’a pas d’autre mot pour désigner cette réalité.

1 Quaest. disp., q. 32. — Il Sent., d. XXVI, a. 1, q. 1; p. 339. — Voir aussi LONGPrÉ, La philosophie du B. Duns Scot, dans Études franciscaines, t. XXXV, 1923, p. 522-527. |

rapport à l’acte (II Sent., d. XXVI, a. 1, q. 4; p. 342). La grâce sanctifiante est donc dynamique :

« Gratia movet liberum arbitrium et per modum causae efficientis instrumentalis et per modum formae. Primo modo movet liberum arbitrium in instanti suae infusionis quia.…. Spiritus Sanctus tanquam principale agens per suam influentiam, quae est gratia, tanquam per: instrumentale efficiens, in libero arbitrio causat quamdam excitationem, et inclinationem ad bonum voluntatis actum : illa autem excitatio…. non est actus volendi sed dispositio ad illum actum vel aliqualis inchoatio. Movet etiam gratia liberum arbitrium per modum formae, in quantum liberum arbitrium per formam gratiae, potest se movere et elevare ad opera meritoria de condigno 1. »

Cette conception dynamique de la grâce semble exclure à première vue la nécessité d’une grâce actuelle pour les œuvres méritoires des justes : et ce qui renforce cette impression c’est la façon dont notre docteur définit « grâce opérante et grâce coopérante », ou encore «grâce prévenante et grâce subséquente », qui ne sont que des aspects différents d’une seule et même réalité :

a Gratia gratum faciens et cooperans est eadem gratia realiter, differens secundum respectus. Duplex enim est effectus gratiae : primus est animam Deo facere gratam, et secundum hunc effectum dicitur operans. In quantum autem est principium operis meritorii.. dicitur cooperans. Primo etiam modo dicitur praeveniens, in quantum praevenit bonum liberi arbitrii, ipsum liberum arbitrium ad bonum excitando et inclinando. Dicitur autem subsequens in quantum per liberum arbitrium perficit in bono, formatum actum volendi eliciendo ?, »

Cependant, je crois bien que Richard exige outre la grâce sanctifiante une motion du Saint-Esprit, ce que nous nommons aujourd’hui une grâce actuelle, pour que le juste, déjà capable in actu primo, et incliné vers le bien, passe à l’acte second. Voici en effet ce qu’il déclare :

« Sed hoc totum compositum ex voluntate et caritate, quod est

unum per accidens non potest per se sufficienter determinare ad ipsum caritatis actum, et se movere illo motu, quia nulla res per se suffñcienter-

LIT Sent., d. XXVII, a. 1, 5 P.

3 II Sent. d. XX VI, a. 1, q. 6;

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