‹ Richard de Middleton, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 119 sur 228 · EFFETS DE LA GRÂCE SANCTIFIANTE · texte numérisé non relu

EFFETS DE LA GRÂCE SANCTIFIANTE

potest determinare et movere ad consecutionem sui finis, quia finis uniuscuiusque rei nobilior est illa re. Cum ergo compositum ex caritate et voluntate moveatur actu caritatis ad consecutionem finis, imo ille actus est directa motio ad finis consecutionem, non potest per se determinare sufficienter ad actum caritatis, ne se illo motu movere: et quia voluntate caritate formata, non est aliquis motor superior, in cuius virtute possit se sufficienter determinare ad actum suum et ipsum elicere, nisi Deus, ideo ad hoc requiritur motio Spiritus Sancti, tanquam principaliter agentis. Et quia actus praedictus est omnibus aliis actibus animae nobilior et eorum et omnium animae habituum finis, sub Deo, ideo ad eliciendum ïillum actum, non tantum requiritur generalis motio Spiritus Sancti, sicut ad alios actus, sed requiritur motio specialis 1, »

Néanmoins, ajoute-t-il, la nécessité de cette motion spéciale du Saint-Esprit ne supprime pas la nécessité de la charité comme principe immanent (I Sent., d. XVII, a. 1, q. 1; P- 156).

De ces textes que nous venons de citer, on peut conclure quels sont les effets formels de la grâce sanctifiante : le premier, c’est d’orner l’âme pour ia rendre agréable à Dieu; le second, d’être, en tant que charité, le principe subjectif et immanent des actes méritoires : en outre elle est la cause de notre adoption :

«Per gratiam facti sunt filii. Per hoc habentes ius in bonis gloriae ipsius Patris et ideo tam homines quam boni angeli Dei sunt fili adoptivi 2. »

L'adoption est donc le droit concédé aux justes d’obtenir les biens éternels à titre d’héritage. Cette adoption est le fait de toute la Trinité (III Sent., d. X, a. 3, q. 2; p. 102). Enfin la grâce sanctifiante perfectionne les vertus naturelles acquises qui, sans elle, ne peuvent produire des actes parfaits, c’est à dire des actes conduisant à la vie éternelle et pleinement agréables à Dieu. Même les vertus infuses, comme la foi et l’espérance, sont impuissantes à poser des actes pleinement méritoires, si elles ne sont informées par la grâce sanctifiante : dans ce sens la

1I Sent., d. XVII, a. 1, q. 1; p. 156.

8 III Sent., d. X, a. 2, q. 2; p. 101.

280 LA GRÂCE grâce est la forme des vertus (II Sent., d. XXVII, a. 1, q. 3; P. 349). |

L’infusion de la grâce sanctifiante nous communique le Saint-Esprit en personne. Assurément le Saint-Esprit est présent partout, mais dans l’âme du juste, il est présent d’une façon particulière, comme objet de jouissance. Autre chose, en effet, est d’avoir un don sans pouvoir en jouir, et autre chose d'en avoir la jouissance : cette concession nouvelle est une nouvelle donation :

« Vere et proprie datur secundum se, et non tantum donum creatum sibi appropriatum. Et ratio est haec, quia dare Spiritum Sanctum... est facere quod illa creatura habeat facultatem ad fruendum eo. Hanc autem facultatem habet.. per caritatem, et ideo cum sibi datur donum caritatis, vere etiam datur persona Spiritus Sancti per essentiam. Quamvis enim ante illud donum esset in ea persona Spiritus Sancti per essentiam, quia ubique est, tamen ipsa creatura non habebat facultatem ad fruendum eo 1.»

Un autre effet de la charité est de rendre l’âme souple aux motions du Saint-Esprit :

« Ad tria tamen necessarius est in voluntate habitus caritatis : ad hoc scilicet ut per ipsum voluntas, etiam non actu agens, habeat Spiritum Sanctum, ita ut sibi habitualiter unita remaneat, et ad hoc ut sit prompta et digna suscipere eius motionem et ad hoc ut in movendo se ad bonum actum, efficaciter cooperetur motioni principalis motoris 2,»

Bien que notre intelligence ne puisse connaître Dieu immédiatement, par la charité notre volonté atteint Dieu sans intermédiaire ; ce qui est une nouvelle preuve du primat de la volonté (1 Sent., d. XVII, a. 1, q. 3; p. 158).

Personne ici-bas, sans révélation spéciale, ne peut savoir avec certitude s’il a la charité et par conséquent s’il est en état de grâce (Zbid., q. 5; p. 161).

La grâce est susceptible d'augmentation (II Sent., d. XXVII, a. 2, q. 2; p. 351), tout comme la charité (I Sent., d. XVII,

—————————— dan

11 Sent., d. XIV, a. 2, q. 1; p. 133.

211 Sent., d. XVII, a. 1, q. 1; p. 156, c. 2.

Page 1