LE MÉRITE
Le divin Rédempteur a éprouvé la passion de la tristesse, mais sans qu’elle pût troubler sa raison; cette passion, comme toutes les autres, était parfaitement soumise à l’imperium de la volonté, qu'elle ne pouvait même prévenir (III Sent., d. XV, a. 3, q. 1; Pp. 163); il faut en dire autant de Ia crainte (/bid., q. 3; P. 165), de la colère (/bid., q. 4; p. 166), et de la douleur (Ibid., a. 4, q. 1; p. 167). Sa douleur dépassa toutes les douleurs que les hommes peuvent subir en cette vie, mais non pas la douleur des damnés (/bid., q. 3; p. 170).
Le corps du Christ était naturellement mortel; par conséquent, sans miracle, il serait mort de vieillesse (III Sent., d. XVI, a. 1, q. 2; p. 175). Malgré l’autorité de saint Bonaventure, Richard penche vers l’opinion d’après laquelle la nécessité de mourir n'était pas sous le contrôle du vouloir humain de Jésus, mais seulement de son vouloir divin (/bid., q- 3; P- 175). Aussi le fils de Marie est-il vraiment mort par la violence de ses souffrances; en un sens cependant cette mort fut miraculeuse: car sans le miracle divin empêchant la béatitude de l’âme de rejaillir sur le corps, son corps glorifié n’aurait pu être séparé de son âme (/b1d., q. 4; p. 177).
Le Christ a mérité (III Sent., d. XVIII, a. 1, q. 1; p. 188), dès le premier instant de sa conception (/bid., q. 2; p. 189). Pendant sa vie, comme dans sa passion, il a mérité pour nous et pour lui-même (/bid., q: 3 et 4; p. 190), tout comme il a prié pour nous et pour lui (III Sent., d. XVII, a. 2, q. 2; p. 184). Pour lui-même, il n’a pu mériter aucune prérogative qui ne lui fût pas déjà complètement due en vertu de son union hypostatique; il n’a donc acquis qu’un titre nouveau -aux biens sur lesquels il avait déjà un droit parfait (III Sent, d. XVIII, a. x, q- 3; p. 190); cependant notre docteur n’admet pas que Jésus ait mérité, même de cette façon, la gloire de son âme (/b1d., a.2,q. 1; p. 191), mais seulement la glorification de son corps (Ibid, q. 2; p. 192). En effet, l’âme n’a pas pu mériter l’union hypostatique, laquelle exige la gloire; de plus on ne peut mériter ce que l’on a déjà. Pour les hommes il a mérité de condigno la grâce sanctifiante (/bid., q. 4; p. 194), l'entrée libre au paradis
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(Zbid., q. 3; p. 193), la rémission de tous les péchés (IT «Sent. d. XIX, a. 1, q. 1; p. 190), la libération de la mort éter-melle (Ibid., q. 3; p. 200); quant aux peines temporelles, sa passion est suffisante pour nous libérer de toutes les peines dues pour le péché; mais elle ne nous dispense pas du devoir de la maortification volontaire, mais au contraire nous y invite (Z'#rd, qe 45 p. 201).
Notre-Seigneur par sa passion et par sa mort a vaincu le démon et nous a vraiment rachetés puisqu'il a offert sa vie €n rançon pour nos âmes. L’explication que donne notre docteur est noble et entièrement éloignée de ces fantaisies quai of déparé certaines théories : c’est en offrant ses soufframaces à Dieu, juste juge, en payant pour le coupable, que Jésus à racheté ce qui lui appartenait de droit :
« Propter peccata nostra iuste permittebat Deus nos esse in <iabol servitute; per peccatum etiam eramus obligati paenae aetes-maz€ €! alienati non a Dei potestate cui cuncta subiecta sunt, sed a cl 2 Dei visione ad quam familiares admittuntur. Dico quod Christus =#2 hot, quod moriendo vicit diabolum, redemit nos ab eius servituteæ > SU aliquis sacrificiens iudici pro culpa homicidae, redimit illum He 2" dam a morte. In hoc etiam quod summo Patri seipsum mœ #æiendo pro nobis obtulit sacrificium, quo nos Deo reconciliavit. quia ait" vere nos redemisse quia redimere est illud, quod suum erat 1 debebat, sibi restituere, maxime pretio interveniente. 1, »
Qu'on ne s’imagine donc pas que le prix fut payé au d æ zabt:
« Nec tamen diabolo pretium obtulit, quia nullum ius habe eat” nobis, sed pretium obtulit summo iudici ut nos de diabolica po #- ee. eriperet et obligationem, qua eramus obligati paenae aeternae.. Fe xaret ?. »
Mais pourquoi racheter, alors que Dieu pouvait arch l’homme au pouvoir de Satan? Richard propose, à sa f- 2 l’adage patristique : qu’il convenait de sauver l’homme pis : par justice que par puissance. Il n’est pas question de 2 es
1 III Sent., d. XIX, a. 2, q. 1; p. 203.
? Jbid., ad 21m,