‹ Richard de Middleton, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 126 sur 228 · RÉDEMPTION · texte numérisé non relu

RÉDEMPTION

à observer à l'égard du diable, mais à l’égard de Dieu, qui justement avait permis que nous tombions sous la tyrannie diabolique : c’est à la justice divine qu’il convenait de satisfaire. A cette noble idée, notre auteur en ajoute une autre : il convenait en outre à notre instruction de donner l’exemple de préférer la justice à la force (III Sent., d. XIX, a. 2, q. 1, ad 3”; P- 203).

Jésus est médiateur et seul médiateur, parce que seul, unissant dans sa personne Dieu et l’humanité, il se trouve entre Dieu et l’homme (III Sent., d. XIX, a. 2, q. 3; p. 204); cette qualité lui revient selon sa nature humaine, en tant que celle-ci est unie à la divinité (Zbid., q. 4; p. 205). La rédemption du genre humain fut accomplie par voie de satisfaction.

La réparation du genre humain, éminemment convenable à Dieu et à l’homme (III Sent., d. XX, a. 1, q. 1; p. 208), n'était cependant pas nécessaire (Zbid., q. 2; p. 208); et à supposer même que Dieu eût voulu réparer la chute du genre humain, il aurait pu pardonner le péché, sans exiger de satisfaction; mais il ne l’a pas voulu. Il ne pouvait, en effet, donner une manifestation plus touchante de son amour. Aucun moyen de salut n’était plus convenable. Car dans cette œuvre se manifestent parfaitement, à la fois, la justice et la miséricorde : la justice dans l’exigence d’une satisfaction, la miséricorde dans la réparation et le mode de réparer : Dieu livre son fils pour nous, le fils veut mourir pour notre salut : on ne peut concevoir une miséricorde plus grande. La même convenance nous frappe, si nous considérons la nature humaine : par le péché l’homme a déshonoré Dieu ; il était juste que, dans son relèvement, la nature humaine honorât Dieu en subissant une peine (Jbid., q. 3; p. 209).

Étant donné le décret de Dieu de réparer selon le mode satisfactoire, l’incarnation devenait nécessaire : l’homme, simple créature, ne pouvant offrir une satisfaction adéquate (ex condigno). Le péché est dirigé contre la bonté infinie, il prive l’homme d’un bien infini et corrompt toute la nature humaine, qui est potentiellement infinie, puisqu'elle peut se

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multiplier à l’infini : donc le péché est, de ce triple chef, une injure en quelque sorte (aliquomodo) infinie. Or, un homme ne peut offrir une réparation équivalente à l’infinité de l'ofense : seul un homme-Dieu pouvait réaliser ce prodige (Zbid., <- 4; p. 210). Richard adopte donc les grandes lignes anselmiennes, mais il ne suit pas le docteur de Canterbury jusqu’au bout, comme on peut le voir par la suite: car, se demandant si le Christ aurait pu satisfaire de condigno autrement que par Sa mort, il se contente de rappeler, sans se prononcer, les diverses opinions, et fait même, en cours de route, la critique de certains arguments de saint Anselme, ouvrant ainsi la voie à Duns Scot.

L'œuvre du Christ sur la terre fut de fonder l'Église, qui Le continue, et qui est le moyen de salut pour les hommes. C=e=pP€1° dant Richard n’a pas étudié la théologie de l’Église porz = ellemême : sans doute parce que le livre, qu’il commentait, #2€ jui en offrait pas l’occasion. L'organisation de la société 7 isible qu'est l’Église, sa hiérarchie ne l’occupent guère : c’est am 22 fait qu’il admet, mais dont il laisse les applications juridiquæ=# 2% canonistes. C’est en fonction de la christologie qu’il a =tudi l'Église, et encore brièvement. |

Sa définition est courte mais précise : « l’Église est l’assedes fidèles »; il suffira de développer un peu le conter m #2 ° mot fidelium, pour arriver à la définition actuelle : mais 11<" y est virtuellement contenue : « Ecclesia est collectio fideF: 2 dé Elle n’est pas une collection ou assemblée amorphe, mais h Æ oil chisée. Ce caractère n’a pas été signalé par Seeberg ! :

« Fideles enim ecclesiae diversarum sunt conditionum et € sunt status in ecclesia À.»

Et, par le texte de saint Paul qu’il cite, il est manifeste <a"

Richard songe à la hiérarchie :

: : ? é ; AS « Quosdam quidem posuit Deus in ecclesia primum propt= En.

1 SERBERG, Scotus, p. 23.

3III Sent., d. XIII, a. 2, q. 1; p. 121.

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