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L'ÉGLISE, ŒUVRE DU CHRIST

praecidi manus possit a corpore et sic potest fieri non membrum, tamen quamdiu est corpori coniuncta est corporis membrum . »

On entre dans l’Église par le baptème (IV Sent., d. VI, a. 3, q- 1 et 2; p. 76); c’est l’effet du caractère d’agréger le fidèle au corps mystique.

Ces notions sur l’Église militante doivent être complétées, d’abord par ce que Richard dit des hérétiques. L’hérésie est une espèce d’infidélité :

« Haeresis est species infidelitatis. Est enim haereticus ille qui profitetur Christum et eius dogmata corrumpit ?. »

D'où il faut conclure, me semble-t-il, que, dans la pensée de Richard, ils n’appartiennent pas plus au corps mystique de l'Église que les infidèles.

Il faut tenir ensuite compte de ce que notre docteur enseigne au sujet de l’excommunication : « Excommunicatio est a commumione ecclesiae separatio » (IV Sent., d. XVIII, a. 3, q. 1; p. 278 :

« Duplex est excommunicatio, scilicet minor et maior. Excommunicati minore excommunicatione tantum, non sunt ab omnibus actibus legitimis suspensi, quia takis excommunicatio non separat a communione fidelium, sed a perceptione sacramentorum tantum... Excommunicati autem maiore excommunicatione ab omnibus actibus legitimis sunt suspensi. Cum enim posse exercere quemcumque actum legitimum includat aliquam communicationem cum membris ecclesiae, a qua communicatione homo per excommunicationem maiorem separatur 3... »

Ceux qui sont frappés justement par l’excommunication majeure, tant qu'ils ne se repentent pas, sont privés du suffrage de l’Église; au contraire, dès qu’ils se repentent, les prières de l’Église leur sont appliquées :

« Quia ex tunc peccatum sibi remissum est, cuius remissio absolvit, quantum ad iudicium ecclesiae triumphantis #. »

Il semble donc bien que ni les hérétiques ni les pécheurs frappés d’excommunication majeure n’appartiennent au corps

} Ibid., ad 3%; p. 123.

3IV Sent., d. XIII, a. 5, q. 1; p. 169.

3 IV Sent., d. XVIII, a. 7, q. 1; p. 2809.

# Ibid., q. 2; p. 289.

296 LA CHRISTOLOGIE

mystique du Christ, car l’appartenance à l’Église suppose pour le moins « colligatio per fidei iuncturas et sacramentorum 1.»

Au corps mystique du Christ ont aussi appartenu les anciens patriarches et les justes qui croyaient, au moins implicitement, À l’incarnation; cependant ils ont reçu moins efficacement l'influence du Christ que les saints du Nouveau Testament (HI Sent., a. 2, q. 2, ad 1°; p. 122).

Le Christ est le chef de l’Église triomphante; en tant que Dieu, il est également le chef des anges et des hommes : mais dans sa nature humaine il est plus parfaitement le chef des hommes, à cause de la conformité de sa nature avec la leur

(Ibid).

Comme tous les grands docteurs scolastiques, et spécialement selon la tradition de la piété franciscaine, Richard s’est plu à exalter la sainte Vierge. Il est vrai que Middleton n’a pas défendu le privilège de l’Immaculée Conception, mais il a célébré la toute-pureté de Marie : en elle, après sa première sanctification, aucune tache, aucun péché, pas même d’inclination au mal, ni de mouvement de concupiscence, ni de difficulté à faire le bien, parce que l’abondance de la grâce réprima le fomes, ou du moins le lia. La grâce cependant ne supprima pas, au moins avant sa maternité divine, la possibilité de pécher; mais une providence toute spéciale, un privilège particulier, joint à l’abondance des secours divins prévint toute faute (II Sent., d. III, a. 1, q. 3; p. 27). Cette première sanctification suivit de très près sa conception (Jbid., q. 2; p. 27). Après sa seconde sanctification qui eut lieu à l’annonciation, la possibilité même de pécher fut enlevée ({bid., q. 4; p.29). Son âme d’ailleurs eut une noblesse toute particulière : « nobiliorem habuit animam naturaliter quam quilibet homo» (Il Sent., d. XVI, a. 1, q. 6; P. 211, C. 1).

Marie a coopéré à la formation du corps de Jésus (III Sent.

LIII Sent., XIII, a. 2, q. 2; p. 122.

d. III, a. 2, q. 1 et 2; p. 30-31); elle est en effet vraiment mère de Dieu (III Sent., d. IV, a. 2, q. 1 et 2; p. 42).

Marie fut vierge et même elle se consacra à Dieu par un vœu, vœu conditionnel toutefois : « Nisi Deus aliter ordinaret » (IV Sent., d. XXX, a. 2, q. 1; p. 442); cependant son union avec Joseph fut un vrai et parfait mariage (Jbid., q. 2; p. 443): car la sainte Vierge donna un consentement, non pas explicite, mais implicite, ce qui suffit, à l’union maritale. Ce consentement implicite toutefois était conditionnel : à savoir, si son époux l’exigeait et si Dieu ne la relevait pas de son obligation de céder au droit de Joseph. Par là, elle ne manquait nullement à son vœu, car elle avait, par inspiration divine, l’assurance que la condition ne se réaliserait pas : ou bien Joseph n’userait pas de son droit, ou bien s’il voulait exiger l’union, Dieu la dispenserait de lui obéir sur ce point (Zbid., ad 3°").

À cause de l'excellence suréminente de la Mère de Dieu, un culte spécial lui est dû :

« Quia tamen inter creaturas est excellentissima, debetur sibi maxi-

mus honor, qui licite potest exhiberi creaturae. Unde debetur maximus honor hyperduliae, id est honor duliae maioris 1. »

1 III Sent., d. IX, a. 2, q. 4; p. 91.

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