‹ Richard de Middleton, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 130 sur 228 · VERTUS THÉOLOGALES · texte numérisé non relu

VERTUS THÉOLOGALES

croire, si elle était prise à la lettre, que Richard n’admet pas de vertus morales infuses : ce qui est faux. Middleton n’a pas de définition absolument rigoureuse des vertus théologales en général. Celle qui revient le plus souvent est la suivante : une vertu dont l’objet direct est Dieu (Jbid., a.3,q.2;p.243,c.1), ce qu'ailleurs il explique :

« Per quas immediate unimur Deo cum non tantum sit earum finis, sed etiam obiectum » (III Sent., d. XXIIL, a. 3, q. 1, ad 3°; p. 243).

Les vertus théologales sont nécessaires pour obtenir notre fin dernière : car une fin surnaturelle ne peut être connue, ni aimée par nos forces naturelles.

11 faut donc que nos facultés soient déterminées à ces actes par des vertus surnaturelles : or, les vertus surnaturelles qui nous inclinent à des actes dont Dieu est l’objet, sont des vertus théologales (III Sent., d. XXIIT, a. 3, q. 1, ad 3; p. 242).

Il y a trois vertus théologales et il ne peut y en avoir que trois. Dieu ne peut être l’objet de la vertu que sous un triple aspect : ou sous l’aspect de suprême Vérité, et ainsi il est objet de foi; ou sous l’aspect de Bien souverainement difficile à atteindre, et ainsi il est objet d’espérance; ou comme souverain Bien absolument, et ainsi il est objet de charité (Zbid., q. 2; p. 243). L'ordre des vertus est le suivant : la foi informe vient en premier lieu, puis l’espérance informe, enfin la charité : mais celle-ci ordine naturae précède la foi et l’espérance formées (Jbid., 4. 3; p. 244).

La foi est la vertu par laquelle nous adhérons volontairement à la première vérité :

« Credere enim... est voluntarie assentire summae Veritati propter se !.»

L’acte de foi dépend à la fois de l'intelligence et de la volonté : « credere enim actus est intellectus ad imperium voluntatis » (Ibid.). Cet acte comporte en effet un assentiment, qui est formellement un acte d'intelligence (III Sent. d. XXIII, a. 6, q. 1, ad 1"; P. 252); mais comme l'intelligence n’est déterminée que par

1III Sent., d. XXIII, a. 4, q. 2; p. 247.

l’évidence, cette faculté ne pourra se porter vers une vérité obscure, que sous la motion de la libre volonté (Zbid., ad 4rn). De même que l’assentiment est formellement un acte dinteliligence, de même l’habitus de foi est dans l'intelligence formellement :

« Cum habitus fidei, proprie loquendo, sit ille quo determimatur potentia ad eliciendum credendi actum, et ille habitus sit tanturax in intellectu sicut in subiecto, ideo melius videtur concedendum, qua od fides sit in intellectu sicut in subiecto, in quantum tamen est mobilis a voluntate, sicut in subiecto 1. »

Saint Thomas plaçait la foi dans l'intelligence spéculative. Richard croit plutôt, magis placet, qu’elle réside dans l’intelligence pratique (III Sent., d. XXIII, a. 6, q. 2; p. 252})-

Sur ce point particulier, ce qui divise Richard et saint Thomas, c’est plus la façon de définir l'intelligence pratique que la théorie même de la foi.

On distingue la foi informe et la foi formée : la foi peut être informe, car elle peut exister sans la charité (III .Se”tf d. XXII, a. 5, q. 2; p. 250). Mais foi informe et foi formée® ne sont pas deux #abitus distincts : la charité en effet qua rend la foi parfaite, tant selon son acte que selon l’habitus rx €, reste en dehors de l’essence de la foi, et n’est qu’une f TT accidentelle par rapport à elle :

« Caritas est forma accidentalis fidei, non tantum quia per 252" perficitur actus fidei, sed etiam habitus ?, — In fide informi duæ #2" scilicet : essentia sllius habitus et informitas eius quae ad esseæ2at1 non pertinet… Sic illa eadem essentia fidei in numero quae antezæ er informis postea fit formata f. »

Richard développe à cette occasion une belle considér-z2 t1°1 qui nous aidera à comprendre les mutuelles relations ent la volonté et l'intelligence :

« Intellectus et voluntas, cum in eadem essentia radicentur, nt cd naturalem colligantiam habent. Et ideo dispositio unius reduncizat Ÿ

1 III Sent., d. XXIII, a 6, q. 1, ad 4%; p. 252. % GRABMANN, Die Erkenninislehre, p. 124.

3 III Sent., d. XXIII, a. 5, q. 1; p. 248.

4 Ibid., q. 3; p. 250.

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