LA CHARITÉ
diligendum Deum propter se et super omnia et proximum propter Deum!,»
La charité ne diffère pas de la grâce sanctifiante. Nous l’avons déjà étudiée à ce propos : il ne reste plus qu’à compléter cette doctrine.
L'objet formel de la charité est Dieu, considéré en lui-même comme le bien suprême. Conséquemment à sa doctrine que par la charité nous pouvons atteindre Dieu lui-même (I Sent. d. XVII, a. 1, q. 3; p. 158), notre docteur enseigne que l’objet formel de la charité est Dieu dans son être propre, et secondairement seulement Dieu en tant qu'il est en nous par la connaissance de foi :
« Summa Bonitas est formale obiectum caritatis secundum esse quod habet in re, et ex consequenti est eius obiectum secundum esse quod habet in nostra mente.. Voluntas autem nostra per caritatem primo et principaliter tendit per dilectionem in summam Bonitatem in suo
reali esse et ex consequenti diligit eam nostrae menti repraesentari et a nostra mente cognosci ?. »
De là, il faut conclure que la charité, bien qu’elle aime Dieu et le prochain, n’est cependant qu’une seule vertu (III Sent. d. XX VII, a. 6, q. 1; p. 316).
La charité est la plus noble de toutes les vertus; parmi les raisons, notons celles-ci, caractéristiques de Richard : l’amour est l’acte qui unit le plus intimement le sujet à l’objet; et la volonté est plus noble que l'intelligence (III Sent., d. XXVII, a. 9, q. 1; Pp. 325). Les autres vertus théologales cesseront au ciel, mais la charité demeure (III Sent., d. XXXI, a. 3, q. 2; p. 360).
Quant à ses actes, bien que la charité soit une, en raison de son motif et de son objet premier, ceux-ci sont multiples (III Sent., d. XXVII, a. 6, q. 1; p. 316; q. 3; p. 318). Son acte principal, auquel tous les autres sont subordonnés comme à leur fin, c’est l’amour d’amitié :
« Respectu nobilissimi amati, quod est Deus, amor concupiscentiae
11 Sent., d. XVII, a. 1, q. 1; p. 256, c. 2.
3 III Sent., XX VII, a. 2, q. 2; p. 334.
ordinatur, sicut ad finem, ad amorem amicitiae. Qui enim ex cax-2 tate vult frui Deo, quod est ipsum amare amore concupiscentiae, hoc ideo vult ut Deus honoretur et glorificetur in se, quod est aæxruzre ipsum amore amicitiae 1, »
L'amour d’amitié est le plus parfait, parce qu’il se terrarm ine à ce qu'il y a de plus essentiel et partant de plus noble; en æ iite parce qu’il est plus unifiant :
« Nobilior ratio essendi bonum est esse secundum se quam ss alterius bonum. Bonum autem quod amatur amore amicitiae, arm =atur aut quia bonum secundum se, aut ut sit bonum secundum se, @uia tali amore amans vult amato vel bonum quod iam habet vel y uod adhuc nondum habet. Amore autem concupiscentiae amatur bo æaum ad hoc ut sit bonum ipsius amantis,.… et sic patet quod illud <quod amatur amore amicitiae, amatur simpliciter et per se; amore c® ricupiscentiae amatur secundum quid et per accidens 2. »
« Per amorem amicitiae magis unitur amans amato... quia sic wraitur amato propter ipsum amatum, reputans eum quasi alterum se 5. »
Richard fonde l'amour d’amitié sur un principe qui est bien thomiste, et qui semble, poussé à bout, l’opposé de la théorie de l’amour extatique 4. L’amour d’amitié se fonde sur l’a rmour de soi : |
« Sicut unitas est principium unionis, sic amicitia quam homo fzabet ad seipsum, radix est amicitiae ipsius ad proximum 5. » :
« Quaelibet amicitia principaliter respicit illud in quo est principaliter illud bonum super cuius communicationem fundatur, eo auod ab ipso principaliter dependet illa communicatio 6. »
Indirectement, Richard touche à la fameuse questioræ de l'amour pur, qui a tant passionné le xvire siècle. Il est mang£ este d’abord que l’amour de concupiscence est parfaitement Aégitime : bien plus, l’amour de soi est inséparable de l’amotæ Tr de
1III Sent., d. XX VII, a. 7, q. 2; p. 320.
3 Ibid.
3 Jbid., ad zum,
#P. ROUSSELOT, Pour l’histoire du problème de l'amour au moven âge, Beiträge zur Geschichte der Philosophie des Mittelalters, t.VI,vi, Munster, 1908. A. LaNDcrar, Das Wesen der lässlichen Sünden, Bamberg, 1923, p. 63-838:
S III Sent., d. XXVIIE, a. 1, q. 2, ad 1%; p. 330.
SIL Sent., d. XXIX, a. 1, q. 2; P. 339.
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