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LA CHARITÉ

Dieu. Il est impossible, en effet, d’aimer Dieu sans avoir la vertu de charité et par conséquent sans s’aimer soi-même « habitu ». De plus, dans l’acte même d’amour de Dieu est inclus indirectement l’amour de soi :

« Diligendo Deum ex amore amicitiae, oportet quod diligens eodem actu diligat se indirecte et per accidens, quia volendo Deo gloriam et honorem, cum ipse Deus diligat diligentem se et ab ipso dependeat totum bonum diligentis, sic diligens Deum, indirecte et ex consequenti diligit se: diligendo enim bonum amici diligit diligens bonum suum inquantum amicus est alter ipse À.»

Après cette considération profonde, Richard concède que l’on peut aimer Dieu d’amour d’amitié, sans réfléchir explicitement sur soi-même, dans le même acte. Mais pour lui cet amour, abstractif, si je puis dire, n’est pas le plus parfait : ce qui est manifeste par la double réponse qu’il propose :

« Secundum aliquos. sicut cognoscens non cognoscit perfecte, nisi cognoscat se cognoscere, ita diligens non diligit perfecte, nisi diligat se diligere. Diligens ergo Deum ex caritate, suam diligit dilectionem.. amore concupiscentiae. Aliis autem videtur quod ex caritate potest homo diligere Deum non reflectendo se actualiter ad diligendum dilectionem suam,quia,quamvis quaelibet dilectio caritativa sit perfecta in respectu dilectionis non caritativae, tamen non quaelibet est per-

fecta absolute et simpliciter, et ideo secundum istos, potest aliquis ex caritate diligere Deum, non diligendo se simul actu alio ?. »

Les deux réponses supposent ou affirment que la perfection absolue de la charité consiste à s’aimer en même temps que Dieu.

Le même habitus donc nous fait aimer Dieu, le prochain et nous-mêmes : toutefois il est possible de faire un acte de charité envers Dieu, qui ne s’étende pas, ni explicitement ni implicitement, au prochain; mais il est impossible de s’aimer soi-même ou le prochain, d’un amour de charité, sans aimer par le même acte Dieu lui-même, au moins implicitement, puisque Dieu est le motif de tout amour de charité. Richard admet cependant qu’on peut faire un acte de charité envers le prochain, sans penser explicitement au motif formel de charité :

1IIL Sent., d. XXVII, a. 8, q. 3; p. 324.

3 Zbid.

« Cogitando scilicet de aliquo honesto bono propter quod ad diligendum proximum ex caritate movemur.. Cum voluntas movet-uzarin id quod est ad finem, propter finem uno actu movetur in utrumqeze!,

Notre charité doit s'étendre aux anges (III Sent., d. XX WII, a. 1,q.1; p. 329), à tous les hommes en tant qu’ils sont des & änés à la vision béatifique (Jbid., q. 3; p. 331) : elle s’étendra nm & me, d’une certaine façon, aux démons, en tant que ceux-ci, en r=x son de leur nature, gardent encore quelque bonté naturelle; cæ ne sera cependant pas un amour d’amitié, ni un amour qui zille jusqu’à leur souhaiter la béatitude : au contraire par cha zarité pour Dieu nous souhaitons leur punition éternelle (III Sent. d. XXVIII, a. 1, q. 1, ad 4; p. 330).

Ni notre corps, ni même les animaux ne sont exclus <äe la charité : notre corps, parce qu’il fait partie de nous-mêmes, et que nous devons lui souhaiter la glorification; les êtres änférieurs, en tant que par charité nous voulons les conserver pour l’honneur de Dieu et l'utilité de l’homme (Jbid., q. 4; p- 332):

Quant à l’ordre à suivre dans notre charité, il se fonde sur un double principe : l’excellence de l’objet aimé, et aussi, Selon quelques-uns, la proximité. Car l’acte de charité procède à la fois de la vertu de charité et de la volonté, laquelle est Plus fortement mue vers l’objet qui nous est le plus proche (III «Sert

d. XXIX, a. 1, q. 3; p. 340; q. 6; p. 343).

Outre les vertus théologales, Richard connaît d’autres æ7e7{us infuses; en effet, il distingue deux espèces de vertus morales : les vertus naturelles, qui nous perfectionnent en vue <ie la société terrestre, « ad civilitatem », et s’engendrent par la re pétition des actes; et les vertus plus hautes, qui nous dispos ænt à la société des saints, dépassent nos forces naturelles, et sont fondées sur les vertus théologales : par conséquent elles sont; comme celles-ci, infuses (III Sent, d. XXXIII, a. 1, €}. 2

L'III Sere., d. XXVII, a. 7, q. 1; p. 319.

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