‹ Richard de Middleton, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 135 sur 228 · VERTUS MORALES · texte numérisé non relu

VERTUS MORALES

Toutes les vertus morales consistent dans un juste milieu entre deux excès opposés. Il y a deux mesures de rectitude : l’une absolument première, qui est Dieu; l’autre qui n’est pas simplement première, mais seulement première dans son genre. Or, tandis que les vertus théologales se règlent immédiatement sur Dieu, les vertus morales se règlent immédiatement sur notre nature rationnelle. Cependant, autre est le medium des vertus naturelles, autre celui des vertus infuses de même nom : car les premières ont pour mesure l’honnêteté qui convient à notre nature en tant que telle, les autres, à notre nature en tant qu'ordonnée à la vie éternelle (Zbid., q. 3; p. 373).

Quel est le siège des vertus morales ? Saint Thomas et saint Bonaventure n'ont pas résolu la question de la même façon : une nuance à tout le moins les distingue, qui révèle une conception différente des rapports entre nos diverses facultés. Selon saint Thomas, la vertu de tempérance et celle de force sont, respectivement, dans l’appétit concupiscible et dans l’irascible, en tant que ceux-ci sont soumis à la raison !. C’est la théorie d’Aristote. Saint Bonaventure concède que, si l’on considère les vertus du point de vue philosophique, il en est bien ainsi : mais selon la théologie, il en va autrement : formellement, ces vertus infuses sont dans la volonté, bien qu’il y ait dans les appétits inférieurs des habitus subordonnés ?. Richard se range du côté du Docteur Séraphique $, comme le fera Scot, tout en essayant de préciser la théorie de son maître.

Nier, dit-il, que: ces vertus soient dans la partie rationnelle, c’est aller contre les autorités théologiques; nier qu’il y ait des habitus dans l’irascible et le concupiscible c’est contredire l’expérience; dire que ces habitus n’ont aucune valeur de vertu, c’est s'opposer à Aristote. Pour concilier toutes ces données, il propose la solution suivante :

« Potest ergo dici quod fortitudo et temperantia quae sunt in voluntate, proprie sunt cardinales virtutes, habitus autem eis correspon-

1 Summa, I IXe°, q. LVT, a. 4.

3 BONAVENTURA, III Sent., d. XXXIII, a. r, q. 3; p. 716.

3 E. LONGPRÉ, Gonzalve de Balboa et le B. Duns Scot, dans les Études franciscaines, t. XXXVI, 1924, p. 640-645.

dentes in sensualitate magis possunt dici impressiones virtutunrm , seu materiae, quam virtutes, cum actus eorum non sunt laude digrmæ, nisi in quantum aliquomodo sunt a voluntate 1. »

Dès lors les vertus infuses morales sont détruites pax- Je actes contraires, la luxure anéantit la chasteté; mais elle ne peuvent périr par suite de la corruption du sujet, puisque —#ormellement elles sont dans l’âme raisonnable, faquelle ne Jet se corrompre. Elles ne sont pas directement éteintes p=n x h cessation de leurs actes : mais la tiédeur, développant les —passions contraires, dispose à la perte des vertus (III Sert, d. XXXIITI, a. 1, q. 4; p. 374).

Les dons du Saint-Esprit, les béatitudes et les fruits, selon Scot et les nominalistes, ne se distinguent pas réellement des vertus infuses. Au contraire, selon saint Bonaventure et Saint Thomas, il y a distinction réelle. Pour le Docteur Séraphaique, la différence entre les dons et les vertus consiste en cecz, que ces dernières rectifient la volonté et donnent de bien agir ; les dons nous rendent l’action facile, « faciliter et expedite e£ P#rfecte». Pour saint Thomas, le propre des dons est de rendre l’âme docile aux motions du Saint-Esprit. Richard se rallze au Docteur Angélique : les dons se distinguent réellement des vertus et leur effet est de nous rendre souples aux inspira ions du Saint-Esprit, tandis que les vertus assouplissent les fac wltés par rapport aux mouvements de la volonté et de la raison =

« Per dona perficitur anima ad hoc ut sit bene mobilis a supæ= ri0re motore qui est Spiritus Sanctus À, »

Les vertus ne précèdent pas les dons selon le temps, pus Squé les unes et les autres sont des habitus infus : mais dans l’uæ sa8 les vertus précèdent les dons. Ceux-ci sont plus nobles qu < les vertus morales, mais inférieurs aux vertus théologales, qui æmou$ unissent immédiatement à Dieu (III Sent., d. XXXIV, =. !»

1 III Sent., d. XXXIII, a. 1, q. 2; p. 371; Quodl. II, q. 21; p. 62. 2 III Sent., d. XXXIV, a. 1, q. 1; p. 412.

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