SIGNE SENSIBLE DANS L’EUCHARISTIE
bien remplir l'office nouveau auquel il est député et de guérir des infirmités contraires à cet office, en particulier de la pusillanimité (Zbid., d. VII, a. 4, q. 2; p. 91). Ces effets sont symbolisés dans le signe lui-même (Jbid., a. 1, q. 1 et q. 2; p. 86-87).
Le ministre ordinaire du sacrement est l’évêque, mais tout prêtre peut confirmer par concession du Souverain Pontife {Ibid., a. 2, q. 1; p. 88.)
Les espèces du pain et du vin, qui sont de la matière de l’Eucharistie, après la consécration, sont un sacrement : car elles sont signe et cause d’une chose sacrée. Elles signifient même une double réalité sacrée : le corps et le sang réels de Jésus-Christ qu’elles contiennent véritablement, et de plus le corps mystique de Jésus-Christ, c’est à dire l’Église, qu’elles signifient sans le contenir.
Elles sont cause en ce sens, qu’elles sont la raison de Ia présence du corps et du sang de Jésus. Quant au corps mystique du Christ, l’Eucharistie en effectuant l’union des membres entre eux, par la foi et la charité, produit la forme même de ce corps :
« Et ideo causa est corporis mystici, quantum ad eius formam quamvis non ad eius materiam Î. »
Il s’ensuit que ce sacrement est le plus noble de tous, puisqu’il contient véritablement l’auteur même de la sainteté {IV Sent., d. VIIL, a. 1, q. 1; p. 96).
Dans l’Eucharistie les espèces sont « sacramentum tantum »; le corps et le sang de Jésus réellement présents «res et sacramentum». La «res tantum», d’après Richard, c’est le corps . mystique (Zbid.),
Bien que chacune des deux consécrations soit efficace séparément (/bid., a. 3, q. 4; p. 106), bien que les espèces du pain et du vin soient séparées et séparables, celles-ci cependant ne forment qu’un seul sacrement parce qu’elles concourent ensemble
1IV Sent., d. VIIL, a. 1, q. 1: p. 96.
à produire, comme à signifier, la réfection spirituelle complète. Même séparément elles signifient la même réalité, savoir le corps mystique d’une part, et d'autre part le Christ lui-même, dont le corps et le sang sont inséparables (IV Sent., d. VIII, a. 1, q. 2; P. 97).
Au sujet de la forme, c’est à dire des paroles consécratoires, Richard analyse longuement la signification du mot «hoc» dans la formule : « Hoc est corpus meum.» Cette question était fort controversée !. Voici ses conclusions :
uÏstud pronomen « hoc », facit demonstrationem ad intellectum et ad sensum simul... primum in recto, secundum in obliquo, ut sit sensus : « hoc », id est aliquid sub hac specie sensibili, non restringendo existentiam sub hac sensibili specie ad aliquam determinatam temporis differentiam.. Cum ergo sacerdos in persona Christi profert hanc propositionem.. sensus est, aliquid sub hac specie praesens vel de propinquo futurum est corpus meum ?. »
La présence réelle trouve en Richard un chaud défenseur : c’est avec feu et éloquence qu’il affirme sa foi (IV Sent., d. X, a. 1,q. 1; p. 117). La conclusion de cet article s’exprime avec une rare énergie :
« Summe ergo debent omnes catholici detestari et persequi illum pessimum errorem impiorurm, qui dixerunt corpus Christi non contineri realiter in sacramento altaris sed tantummodo esse ibi sicut in signo 5. »
Sous chacune des espèces, en vertu des paroles consécratoires, se trouve présent uniquement ce que ces paroles désignent : le corps ou le sang; mais par concomitance le Christ tout entier est là, avec sa divinité et son humanité intégrale et tous ses accidents. Par conséquent, la quantité du corps et du sang est par concomitance sous les espèces : mais elle n’est pas délimitée par la quantité des espèces :
«Quantum circumscriptive contentum in aliquo quanto, ei commen-
1 Voir par exemple GiLLes DE ROME, Theoremata, prop. XLII, fol. 29". — De Gradibus, pars 1, cap. 4, fol. 967: pars III, cap. x, fol. 105". GILLES DE Léssinés, De unitate formae, pars III, cap. 5, p. 87. .
SIV Sent., d. VIIL, a. 3, q. 1; p. 101.
?IV Sent., d. X,a.1,q. 1: p. 117.
suratur, ita quod pars correspondet parti: sed quantitas corporis Christi non commensuratur quantitati speciei. Est sub qualibet parte hostiae tota !. »
Le motif en est précisément, que la quantité du corps du Christ n’est présente que « concomitanter », en raison de la substance, laquelle ne peut être mesurée directement ni délimitée par une quantité étrangère à elle-même (IV Sent., d. X, a. 1, q- 2; p. 117. — Quodl. II, q. 11; p. 45). Dès lors le corps du Christ n’est pas sous les espèces « wi in loco », bien qu’il soit «in loco speciet » :
« Est in loco speciei.. per accidens in quantum continetur sub specie quae per se est in loco, sicut anima per accidens est in loco corporis à, »
Dès lors aussi, il n’y a aucune difficulté à croire que le corps du Christ est à la fois présent au ciel « localiter » et sous toutes les hosties consacrées « non localiter » (Ibid., a. 2, q.2; p. 119).
Autre conséquence : sous les espèces, le corps du Christ ne se déplace pas d’un mouvement local; relativement au lieu environnant, il ne peut se mouvoir qu’en raison des accidents qui sont déplacés :
« Quia tamen est in loco per accidens, quia species in qua realiter continetur, in loco est per se, ideo per motum hostiae localiter potest moveri 5. »
Richard est donc en parfait accord avec saint Thomas #, sauf sur des points de philosophie, par exemple : sur la possibilité pour un corps d’être localement présent en plusieurs endroits.
Autre conséquence encore : le corps du Christ ne peut être touché dans l’Eucharistie (Jbid., a. 4, q. 2; p. 123), ni vu : les anges eux-mêmes, par leurs forces naturelles, ne peuvent voir le corps du Christ au Saint Sacrement (/bid., a. 5, q. 1; p. 124); à plus forte raison, l’œil corporel de l’homme, pas même par miracle (/bid., q. 2; p. 125).
1IV Sent., d. X, a. 1, q. 2 2 IV Sent., d. X,a.2,q.1 3 IV Sent., d. X, a. 4, q.1 4 Summa, pars 1, q. VII.
Le corps du Christ est présent tout entier sous chaque partie quantitative de l’hostie (IV Sent., d. X, à. 6, q. 1; p. 126); mais non pas sous chaque partie indivisible (1bid., q. 2, p. 127).
La présence réelle sous les saintes espèces, s’opère par une véritable conversion de la substance du pain et du vin dans le corps et le sang de Jésus: il faut donc rejeter absolument la consubstantiation :
« Alii dicunt quod manet substantia panis et per virtutem divinam efficitur corpus praesens sub specie panis, simul cum ipsa substantia panis… Dicendum ergo est. quod substantia panis convertitur in substantiam corporis Christi et substantia vini in substantiam sanguinis : hoc enim tenet communis theologorum opinio et merito.. 1, — Quia si substantia remaneret ex hoc haeretici faciliter suaderi conarentur ibi non esse corpus Christi : unde communis opinio longe est remotior ab illo errore, quam illa quae dicit substantiam panis remanere À. »
Ces paroles semblent dire que Richard ne considère pas encore la théorie de l’impanation comme hérétique. Cependant dans son Quodlibet, il déclare une « erreur » de soutenir que la matière du pain persiste sous les espèces sacramentelles (Quodl. II q-12;p.47): « Nous devons au contraire affirmer que les accidents du pain et du vin demeurent seuls, selon l’opinion des docteurs, des saints et de l’Église romaine » (Quodl. II, q. 12; P. 47, C. 2).
Cependant, bien que toute la substance du pain cesse d’exister (IV Sent., d. XI, a. 1, q. 2; p. 133), elle n’est pas annihilée (Ibid., q. 3; p. 134); il y a conversion, mutation proprement dite, c’est à dire, un changement partant d’un terme positif pour aboutir à un terme positif nouveau; mutation semblable à celle que subit la nourriture, quand elle se change en notre substance. Il existe cependant de notables différences entre cette mutation et la conversion eucharistique. Celle-ci jouit de cette particularité que si le terminus a quo change, le terminus ad quem au contraire reste exactement ce qu'il était. De plus,
1IV Sent., d. XI, a. 1, q. 1; p. 132.
2 Jbid., ad 3%,
Se Ps co enr,