‹ Richard de Middleton, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 144 sur 228 · TRANSSUBSTANTIATION · texte numérisé non relu

TRANSSUBSTANTIATION

cette conversion est totale, c’est à dire qu'entre les deux termes extrêmes rien ne subsiste de commun, contrairement à ce qui se passe dans les mutations naturelles (Zbid., q. 5; p. 136). Entre eux, il n’y a qu’un lien de succession et le fait que l’un se change en l’autre :

« Istae autem locutiones, panis convertitur, vel mutatur.. sunt concedendae, tanquam simpliciter verae; quia non notant remanere

aliquid commune utrique extremo, sed tantum ordinem termini ad terminum et mutalionem unius in alium 1.»

Comme dans l’Eucharistie, c’est une substance composée complète qui se change complètement en une substance composée complète, une substance actuellement existante en une autre substance actuellement existante (IV Sent., d. XV, a. 2, q- 1, ad 2; p. 199), cette conversion complète est une transsubstantiation : « secundum transsubstantiationem qualis est praedicta conversio » (IV Sent., d. XI, a. 1, q. 1, ad 2"; p. 132).

Mais comment faut-il concevoir cette conversion totale ? Voici la réponse de Richard :

« Tota substantia panis convertitur in substantiam corporis Christi ita quod materia in materiam, et forma in formam, non in illam per quam corpus habet completum esse, quia illa est anima intellectiva,

sed in formam corpoream incompletam per quam corpus habet incompletum esse, etiam in gradu corporeitatis ?, »

On se rappelle que la transsubstantiation sert d’argument, à notre auteur, pour prouver la multiplicité des formes substantielles dans l’homme. Or, cet argument se fonde entièrement sur cette conception que la transsubstantiation exige que la matière se change dans la matière et la forme dans la forme. L’argument procède ainsi. Le pain ne se change ni dans les accidents ni dans l’âme intellectuelle, mais dans le corps du Christ. Or, ce corps est ou bien la matière première, ou un composé de matière première et de l’âme intellectuelle, ou un composé de matière première et d’une forme substantielle

11IV Sent., d. XI, a. 1, q. 2, ad 2%®; p. 137. 31V Sent., d. XI, a. 1, q. 2; p. 133.

incomplète différente de l’âme intellective. Or, les deux premières suppositions sont fausses.

« In sacramento altaris substantia panis transsubstantiatur in corpus Christi, non in accidentia corporis, nec in animam intellectivam... In sacramento altaris non tantummodo transsubstantiatur materia panis sed etiam forma substantialis panis. Cum ergo materia panis transsubstantiatur in materiam corporis Christi, videtur quod forma substantialis panis transsubstantiaretur in aliquam formam substantialem corporis Christi et sic compositum ex materia et forma eius substantialis transsubstantiatur in corpus Christi secundum quod dicitur compositum ex materia et forma !. »

Mais comment se fait cette mystérieuse mutation? Richard ne le dit pas; il note seulement que le corps du Christ n’en subit aucun changement ni aucune augmentation (IV Sent., d. XI, a. 1, q. 3; P. 136). La transsubstantiation s’opère instantanément (/bid., q. 4; p. 135).

Dans la réception du sacrement, le corps de Jésus n’est pas mangé d’une façon charnelle, il n’est ni broyé ni digéré; seules les espèces subissent ce sort; il est mangé sacramentellement, en ce sens qu'avec les espèces il entre en nous et demeure tant que celles-ci ne sont pas corrompues. La manducation spirituelle consiste à manger le corps mystique du Christ, c’est à dire, à lui être incorporé davantage par l’augmentation de la foi et de la charité (IV Sent., d. IX, a. 1, q. 1; p. 109).

Il s'ensuit que tous ceux qui reçoivent les saintes espèces ne mangent pas sacramentellement le corps du Christ : tel le cas d’un animal avalant des hosties. Pour communier sacramentellement, il faut savoir ce qu’elles signifient et avoir l’intention au moins implicite du sacrement.

Mais tous ceux qui communient même sacramentellement, ne mangent pas pour cela spirituellement le corps du Christ : la manducation spirituelle suppose une nouvelle condition : l’état de grâce. Manger spirituellement, c’est s'unir au Christ

1Quaest. disp., q. 39. — Un autre argument pour montrer que matière et forme ne se changent pas seulement en la matière du corps divin, est tiré des mots s«quod pro vobis tradetur ». Or le corps qui fut livré au bourreau était composé de matière et de forme.

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