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ATTRITION ET CONTRITION

Le pécheur peut donc, sans la grâce sanctifiante ou la charité, poser un véritable acte de pénitence, mais informe; encore une grâce actuelle est-elle nécessaire :

« Quamvis concedam aliquem actum paenitendi caritate formabilem posse elici a voluntate, non mediante aliquo paenitentiae habitu, tamen non concedo nec debet concedi, talem actum posse elici a voluntate sine aliquo supernaturali adiutorio 1, »

Pour Richard, l’acte de la pénitence informe se nomme attrition : la contrition est l’acte de pénitence formée : « attritio autem, cum perficitur per gratiam, fit contritio.»

Saint Thomas niait que l’attrition pût se transformer en contrition; mais Richard soutient l’opinion de saint Bonaventure, et la défend comme suit :

« Attritio fieri potest contritio, quia, quamvis motus voluntatis sit simpliciter et in instanti, et quantum ad suum esse, potest tamen tam diu manere idem numero, quousque paenitentia a qua elicitus est,

a caritate formatur per cuius formationem, actus ille efficitur contritio, quamvis elicitus fuerit a paenitentia existente informi ?. »

Richard ne cherche donc pas à établir, comme nous, la différence entre la contrition et l’attrition dans la diversité des motifs, mais il la place dans la diversité du principe subjectif de l’acte : si le sujet possède la charité et par conséquent si la pénitence d’où procède l’acte est informée par la charité, cet acte est une véritable contrition; sinon, il n’est qu’attrition. Cependant, il note en passant, sans y insister, mais cette idée est partout sous-jacente, que la contrition est plus intense que l'attrition : |

« Habitus paenitentiae. fortior fit... Patet quia duorum concordantium in actione, quodlibet fortius redditur per sui coniunctionem cum alio : sed actus paenitentiae et actus caritatis concordant; ergo

habitus paenitentiae ex sui coniunctione cum habitu caritatis fortior redditur 5, »

L’intensité dont parle ici Richard n’est pas une intensité de

1 Jbid., a. 6, q. 1; p. 183.

21V Sent., d. XVII, a. 1, q. 2; p. 241.

2IV Sent., d. XIV,a.5,q.1; p.181. —d. XVII, a. 1,q. 2, ad sum; p. 241.

sentiment, mais de volonté, qui déteste le péché plus que n'importe quel autre mal (IV Sent., d. XVII, a. 1, q. 6; p. 244). Bref, Richard définit la contrition : la pénitence informée par la charité; l’attrition, celle qui n’est pas informée.

Richard n’a pas traité, directement et pour elle-même, la question des motifs de la pénitence. Nous pouvons cependant dégager quelques conclusions de ses affirmations. D'abord il semble supposer que le motif de la contrition est l’amour de charité 1 :

« Est enim quaedam voluntatis displicentia qua sibi displicet peccatum in quantum est transgressio legis divinae, et quia haec displicentia directe causatur ex caritativa Dei dilectione… ?, »

L’attrition, elle, peut être commandée par des vertus différentes : par l’espérance, la crainte ou l’amour imparfait :

« Unius motus voluntatis possunt esse diversa motiva : quia tamen de moralibus iudicandum est ut in pluribus, ut frequentius moventur peccatores ad paenitentiam, per timorem quam per spem vel amorem

boni, ideo magis dicitur paenitentia concipi ex timore quam ex spe vel amore 5, »

La crainte d’ailleurs peut être crainte servile ou crainte filiale (IV Sent., d. XIV, a. 4, q. 2, ad 3).

Comme la plupart des scolastiques * de son époque, notre docteur estime la contrition nécessaire à la rémission des péchés, soit en dehors, soit même dans le sacrement de pénitence. C’est ce qu'il nous faut expliquer.

La pénitence informe ou l’attrition ne peut obtenir la rémission du péché, affirme Richard, mais elle dispose l’homme au pardon, et même bien plus directement que n'importe quelle autre vertu informe :

« Specialius disponit et directius ad peccati remissionem, quam

1 Richard ne dit pas si ce motif doit être conscient.

21V Sent., d. XVII, a. 2, q. 8; p. 246. — Cfr d. XIV, a. 5, q. 2; p. 182.

3 IV Sent., d. XIV, a. 4, q. 2; p. 180.

4 Cependant saint Thomas, qui n’admet pas que l’attrition puisse se transformer en contrition (IV Sent., d. XVII, q. 2, a. 1, q. 3), affirme que l’attrition peut suffire pour la réception valide et fructueuse du sacrement (Jbid., q. 3, a. 5. — d. XVIII, q. 1, a. 3. — d. XXII, q. 2, a. 1).

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