‹ Richard de Middleton, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 157 sur 228 · L'ORDRE · texte numérisé non relu

L'ORDRE

remarquer seulement la réponse de notre docteur à l’objection suivante : puisque, dans l’ordination des acolytes, la tradition des instruments se fait non par l’évêque mais par l’archidiacre, ce rite ne peut constituer la matière du sacrement. On peut dire, réplique Richard, que la grâce est conférée au moment où l’évêque agit, mais l’acte de l’archidiacre est l’expression du pouvoir conféré par l’évêque; ou encore que l’archidiacre n’est que l’instrument de l’évêque :

«In traditione instrumenti ab ordinatore fit caracteris impressio : sed in traditione quae fit ab archidiacono fit potestatis collatae expressio. Vel potest dici quod in ordinibus minoribus hoc est singulare quod postquam episcopus docuit ordinandos qualiter in officio suo agere debeant, ab archidiacono de mandato et voluntate episcopi accipiunt instrumentum in cuius acceptione caracter imprimitur, quia illa instrumenti traditio principalius est ab episcopo quam ab archidiacono 1. »

Pour le diaconat, Richard réfute d’abord l'opinion qui voit la matière dans l’imposition des mains : elle lui semble déraisonnable : « Hoc non videtur rationabile » : on ne peut assigner comme matière d’un ordre particulier la cérémonie qui est commune à plusieurs : or dans l’ordination sacerdotale il y a également une imposition des mains. La matière de l’ordination diaconale est la remise du livre des Évangiles. Cette cérémonie, il est vrai, n’exprime pas directement le principal pouvoir du diacre, qui est de porter le corps du Christ sur la patène et de distribuer le calice : mais d’une part, ce pouvoir ne pouvait être signifié par la tradition des vases sacrés vides, symbole insuffisant et d’ailleurs matière de l’ordination subdiaconale; d’autre part, il eût été inconvenant de lui remettre les vases sacrés contenant les saintes espèces, puisqu'on ne le fait pas pour l’ordination sacerdotale, où cependant est conféré un pouvoir supérieur à celui du diacre. Par conséquent le pouvoir principal du diacre ne pouvait être mieux exprimé que par le symbole même de son pouvoir secondaire qui est de lire l’Évangile : et voilà pourquoi le caractère sacramentel est imprimé au moment où l’évêque remet l’évangéliaire.

1 Jbid., p. 374.

Quant à l’ordination sacerdotale, Richard rejette d’un mot, dans sa réponse à la cinquième objection, les opinions de ceux qui prétendent que la grâce, au moins, est conférée par l’imposition des mains À, ou que l’onction est la matière du sacrement (Bandinus)?. Toutes ces cérémonies ont pour fin et effet d'enseigner et de préparer les récipiendaires.

Dans le corps même de son article, Richard ne mentionne que l’opinion de ceux qui voient dans la dernière imposition des mains, accompagnée des mots « Accipite spiritum sanctum », la matière de l’ordination. Pour lui, il préfère la voir dans la remise du calice et de la patène, parce que cette cérémonie est plus expressive du pouvoir principal, qui est de consacrer l’Eucharistie. Le pouvoir de remettre les péchés est un pouvoir secondaire, car il est accordé afin de disposer les fidèles à la réception de l’Eucharistie. Certes, ce pouvoir secondaire est mieux exprimé par l'imposition des mains, mais il faut s'en tenir au principe que le caractère est imprimé à l’occasion du rite expressif du pouvoir principal (IV Sent. d. XXIV, 2. 4 q. 35 P- 374).

Il est important de noter que Richard ne présente pas Sà thèse comme certaine :

« Quia tamen certum non est in quo actu characteres imprimzæntur; ideo si in ordinatione alicuius constiterit aliquid esse omissum, illud postea est supplendum, sine reiteratione aliorum 5. »

On objecte, il est vrai, que le Sauveur a ordonné ses Ap &tré après la résurrection par les paroles « Accipite Spiritum ». Ion, répond Richard : par ces paroles le Christ a ordonné ses disc pls par rapport à l’acte secondaire, mais il leur a confié le pouz %°1 principal à la dernière cène, en disant : « Hoc facite in rr#€% commemorationem » (Ibid.; p. 374). Si les apôtres ont fait les ordinations diaconales par la seule imposition des mains, € 'est

1 Vise-t-il ici S. Thomas, qui déclare « Per manus impositionem datur pleni tudo gratiae per quam ad magna officia idonei sunt » (Suppl., q. xx VI, a. 5)? Peut-être.

1 SALTET, Les réordinations, Paris, Lecoffre, 1907, p. 333. 3 IV Sent. d. XXIV, a. 4, q. 3, ad 50%; p. 375.

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