‹ Richard de Middleton, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 163 sur 228 · LE MARIAGE. LA VIRGINITÉ · texte numérisé non relu

LE MARIAGE. LA VIRGINITÉ

essentiels sont au nombre de trois, énumérés par saint Augustin: « fides, proles, sacramentum »; les biens accidentels sont en nombre infini, variables selon les personnes (IV Sent., d. XXXI, a. 1, q- 25 p. 448).

Le mariage entraîne aussi des obligations : d’abord l’obligation de l’inséparabilité ; ensuite l’obligation de recevoir et d’élever religieusement les enfants, si Dieu en donne; l'obligation de la fidélité mutuelle, non seulement en ce que celle-ci a d’essentiel, c’est à dire ne pas refuser l’usage légitime de son corps lorsque l’autre conjoint l’exige, mais aussi dans ce qu’elle à d’accessoire, c’est à dire de refuser son corps à un autre qu’à son conjoint. Ces obligations sont inséparables du mariage: cependant l'obligation à l’acte conjugal peut être supprimée par le vœu de chasteté fait d’un consentement mutuel, ou encore par la séparation en suite de l’adultère (IV Sent., d. XXXI, a. 2, q. 2; P. 450).

Richard estime plus le mariage que beaucoup d’auteurs du moyen âge. Assurément, avec Aristote lui-même, il attache une certaine imperfection à l’acte conjugal; celui-ci trouble la raison par sa véhémence, et rend l’homme moins apte aux choses de l’esprit, surtout s’il est répété souvent. Mais cette imperfection est compensée par les biens que procure le mariage. Il est donc vrai de dire que les heureux effets du mariage excusent le mariage, car il ne serait pas raisonnable à l’homme de s’obliger à des actes qui lui causent un détriment sérieux si ceux-ci n'étaient pas compensés par des avantages considérables (IV Sent., d. XXXI, a. 1, q. 1; p. 448). Mais Richard proteste vivement contre ceux qui interprétaient cet axiome, reçu dans les écoles, en ce sens que l’acte conjugal est mauvais.

« Pro tanto dicitur carnalis concubitus excusari per bona matrimonii, quia extra matrimonium semper est peccatum, et in matrimonio potest fieri sine peccato. Unde idem actus in matrimonio non est prius pec- <atum et postea fit non peccatum per bona coniugii .»

Quelle que soit la grandeur du mariage, l’état de virginité lui <st cependant préférable, sous la loi de grâce. La réponse de

LIV Sent., d. XXVI, a. 2, q. 1, ad 3"; p. 404.

Richard, en effet, est très nuancée. Il définit d’abord la virginité : on doit la comprendre, non pas de la simple intégrité corporelle ou du refus actuel des délectations vénériennes, mais comme une disposition habituelle de la volonté qui, en vue de s’adonner plus librement aux choses spirituelles, rejette promptement et facilement toute délectation charnelle non seulement illicite, mais même licite; en ce sens la virginité est une vertu (IV Sent. d. XXXIII, a. 4, qg. 1; p. 471, C. 1).

La vertu de virginité ne diffère pas essentiellement de la chasteté conjugale : mais elle s’en distingue comme la vertu parfaite se distingue de la vertu imparfaite (Zbid.).

L’intégrité corporelle n’est pas de l’essence de cette vertu :

« Nec est pars essentiae virtutis, tota enim essentia virtutis cuiuslibet est in voluntate » (IV Sent., d. XXXIII, a. 4, q. 1; p. 471, c. 1).

D'ailleurs une vierge peut perdre l'intégrité corporelle, sans péché de sa part, tandis que la vertu ne se perd que par le péché (Jbid., ad 3®; p. 471, c. 2). On s’étonnera peut-être de la restriction «nist adsit necessitas vacandi carnali copulae.» Richard s’explique : La virginité cesserait d’être une vertu, ou pour mieux dire l’abstention de l’acte charnel cesserait d’être vertueuse, si Dieu, dans des circonstances données, imposait le précepte d’accomplir l’acte conjugal, comme c'était le cas dans l’Ancien Testament (/bid., ad 1® et 2m). Richard va jusqu’à admettre que la vertu de virginité resterait pleinement ellemême, si une personne, sous l'obligation du précepte divin, accomplissait l’acte charnel, avec la volonté de s’abstenir de toute délectation vénérienne même permise, du moment qu’elle n’est plus imposée actuellement par ce précepte (/bid., ad 3"): et c’est ainsi qu’il admet qu’Abraham eut la vertu de virginité (Jbid., q. 2, ad 1"; p. 472).

Toute vertu consiste dans un juste milieu entre deux extrêmes : comment cette définition s’applique-t-eile à la virginité qui semble un extrême? C’est, répond-il, que le juste milieu doit se déterminer non pas seulement par rapport à la matière de la vertu, mais aussi par rapport aux circonstances :

« Hoc modo virginitas respectu delectationum venerearum in medio

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