LA SÉPULTURE DES MORTS
mais le saint docteur prétend qu’au premier instant de la vie consciente, ou bien l’âme s'oriente vers sa fin dernière et le péché originel est remis, ou bien elle s’oriente vers les créatures. et commet un péché mortel : et par conséquent il nie qu’il existe des âmes souillées seulement du péché originel et de péchés véniels. Cette doctrine évite donc la conclusion cruelle que Richard admet ici. Quoi qu'il en soit, voici la raison proposée par Middleton pour démontrer que le péché véniel est parfois. puni d’une peine éternelle :
« Nulli peccato veniali per se debetur paena aeterna.. Per accidenstamen multa peccata venialia puniuntur paena aeterna, eo quod sunt in subiecto carente caritate… sine qua nullum potest remitti peccatum 1,»
Au-dessus de ces malheureux s’étend une seconde région où sont réunies les âmes qui n’ont que la souillure du péché originel; privées de la vue de Dieu, elles n’éprouvent aucune souffrance sensible. Au-dessus est situé le purgatoire; enfin le compartiment supérieur était réservé aux justes de l’Ancien Testament, qui, après leur purification complète, attendaient la venue du Sauveur: c’est le sein d’Abraham (IV Sent., d. XLV, a. 1, q- 2; p. 595). L'endroit où sont confinées les âmes concourt soit à leur joie, soit à leur tourment, d’après leur état (Zbid., q. 45 p. 596).
La sépulture des corps est une œuvre pie, profitable à ceux qui les ensevelissent et encore à tous les fidèles, car elle avive la foi en la résurrection (IV Sent., d. XLV, a. 6, q. 2; p. 608).
Quant aux défunts, la sépulture de leur corps, par elle-même, n’est d’aucun profit, mais, indirectement, elle leur est utile, s’ils sont en état de grâce : car leurs tombeaux invitent les vivants à la prière, et de plus, comme les sépultures bénites sont placées sous la protection spéciale des saints, on peut croire que ceux-ci prient particulièrement pour ceux qui reposent dans ces endroits sacrés (/bid., q. 1; p. 608).
1 IV Sent., d. XXI, a. 2, q. 3; p. 337.
IT
Le dogme du purgatoire, Richard le suppose plutôt qu’il ne le prouve; il établit cependant qu’il est juste que Dieu punisse dans l’autre vie, ceux qui meurent dans son amitié sans avoir suffisamment expié leurs fautes (IV Sent., d. XXI, a. 1,q.1;p. 335). Contrairement à saint Thomas, qui prétend que la coulpe même du péché véniel est remise au moment de la mort, Richard croit que celle-ci peut être pardonnée au purgatoire même : les souffrances en effet aident les âmes à regretter leurs fautes passées et cette pénitence efface la tache (bid., a. 2, q. 1; p. 337).
Ces souffrances sont terribles : douleur de se voir séparé de Dieu, tortures sensibles et particulièrement tourments causés par le feu; ces peines surpassent n'importe quelle affliction d’ici-bas (IV Sent., d. XX, a. 2, q. 1; p. 327). Proportionnées, tant dans leur intensité que dans leur durée, aux péchés non expiés, (IV Sent., d. XXI, a. 1, q. 2; p. 335), ces peines ne sont satisfactoires que dans un sens large : en rigueur, satisfaction se dit d’une expiation volontaire; mais les âmes souffrent avec patience leurs tourments pour payer leurs dettes envers la justice divine, et ainsi on peut dire qu’elles offrent une satisfaction à Dieu (IV Sent., d. XX, a. 2, q. 2; p. 336). C'est, au mot près, la doctrine de saint Thomas qui distingue entre la « satispassio » et la « satisfactio ».
Les suffrages des vivants profitent aux âmes (IV Sent., d. XLV, a. 2,q.1; p. 597). Et même d’une double façon : directement par le soulagement que Dieu accorde aux âmes pour lesquelles ces suffrages sont offerts; indirectement par la joie que toutes les âmes éprouvent en voyant l’allègement des peines accordée à quelques-unes d’entre elles (Zbid., q. 2). Cette belle doctrine nous éloigne du sombre tableau esquissé par Alexandre de Hales !, qui prétendait que les âmes étaient tellement accablées par leurs souffrances que rarement elles pouvaient exercer des actes de charité fraternelle.
À Summa, pars IV, q.26,membr.3,a.4,$4;a.5,$ 1, Cologne, 1622, p.699, 7or.