PURGATOIRE, RÉSURRECTION
Les âmes des saints connaissent dans le Verbe les prières que nous leur adressons : les âmes du purgatoire connaissent les suffrages que nous offrons pour elles, par le soulagement même qu'elles en éprouvent (IV Sent., d. XLV, a. 7, q. 1; p. 611). Les bienheureux de leur côté intercèdent pour les âmes du purgatoire (Jbid., q. 4; p.613). Pouvons-nous prier les âmes elles-mêmes? Oui, car les âmes prient pour nous. En effet, elles sont confirmées en charité. Or, si de leur vivant elles priaient pour nous, il est plus probable qu’elles continuent cet office charitable (IV Sent., d. XLV, a. 7, q. 2; p. 612).
Leurs prières sont efficaces, mais peut-être ne sont elles pas toujours exaucées, comme celles des saints : ceux-ci en effet ne demandent que ce qu’ils voient, dans l'essence divine, être conforme à sa volonté; les âmes au purgatoire ne voient pas Dieu, et peut-être ainsi leurs prières ne sont-elles pas toujours réalisées : au moins sont-elles toujours utiles pour les vivants. Car rien ne s’y oppose, ni leur état de souffrance, comme c’est évident, ni le fait qu’elles ne peuvent plus mériter; sinon, il faudrait en dire autant des prières des saints; ni le fait qu’elles n'ont pas la vision béatifique (IV Sent., d. XLV, a. 7, q. 3; p. 613). Cette doctrine s'écarte de celle de saint Thomas 1 et d’Alexandre de Hales.
La résurrection des corps est un dogme de foi, dont la raison profonde se trouve dans notre nature : l’âme étant la forme du corps sent une inclination innée à cette union (IV Sent. d. XLIIL, a. 1, q. 1; p. 554). Aussi chaque âme reprendra son propre corps : « Animae unientur eisdem corporibus in numero, a quibus separatae fuerunt »; la nature même de l’âme et la justice divine l’exigent (/bid., q. 2; p. 555). Non seulement tous les justes (Zbid., a. 2, q. 1; p. 558), mais tous les damnés (Zbid., q. 2; p. 558) et même les enfants morts sans baptême ressus-
1 Bern. DursT, O.S. B., Die Frage der Armenseelenanrufung bei Richard von Middletown, dans Franziskanische Studien, t. X, 1923, p. 32-52.
citeront ; et ici se lit une idée assez sévère, mais très conforme à sa théorie sur la propagation du péché originel :
«Pro peccato enim originali obligatur homo ad paenam damni. Peccatum originale contrahit anima per sui unionem cum carne infecta… Et ideo conveniens est ut animae parvulorum carentiam visionis Dei perpetuo patiantur suis corporibus unitae per quorum contagionem incurrerunt obligationem ad talem paenam !.»
De toutes les questions curieuses posées à l’occasion de ce prodigieux événement, retenons seulement ce principe : que les corps ressusciteront dans l'intégrité de leur nature (IV Sent., d. XLIV, a. 1,q.1et q.2; p. 574-575). Les corps des élus, à tout le moins, ressusciteront sans aucune difformité (Zhid., q. 5; p. 578), et tous, damnés et élus, dans la plénitude de leur développement naturel (Jbid., q. 6; p. 579).
La cause efficiente de la réunion du corps à l’âme, sera-ce la nature elle-même? ou sera-ce un coup de la toute-puissance divine? Richard l’ignore (IV Sent., d. XLIII, a. 3, q. 2; p. 565); mais seule la vertu divine est capable de produire la merveilleuse transformation des corps (Jbid., a. 4, q. 1; p. 564). La résurrection précédera immédiatement le dernier jugement (/bid., a. 6, q. 1; p. 569).
Le jugement dernier, qu’annonceront les quinze signes énumérés par saint Jérôme (IV Sent., d. XLVIIL, a. 1, q. 3; p. 636), sera préparé par la conflagration générale du monde (IV Sent., d. XLVII, a. 2, q. 1; p. 628). Ce feu destiné à purifier l’univers purifiera également les justes vivant à la fin des temps, qui auraient encore quelque faute à expier et réduira tous les corps en cendres (Jbid., q. 2; p. 630), à l'exception de ceux du Christ et de la Sainte Vierge (IV Sent., d. XLIII, a. 4, q. 2; p. 564). Ce même feu, après le jugement, tourmentera le corps des damnés (IV Sent., d. XLVII, a. 2, q. 6; p. 633). Le lieu du jugement sera la vallée de Josaphat (IV Sent., d. XLVIII, a. 1, q. 7; p. 638).
Le jugement dernier est nécessaire à la manifestation publique
1IV Sent., d. XLIII, a. 2, q. 3; p. 559.