‹ Richard de Middleton, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 168 sur 228 · JUGEMENT DERNIER · texte numérisé non relu

JUGEMENT DERNIER

et complète de la justice divine (IV Sent., d. XLVIL, a. 1, q. 1, ad 2m; p. 625).

Le juge sera le Christ, Dieu-homme. Saint Thomas avait déclaré que le Christ jugerait «etiam secundum naturam humanam!.» À ce propos. Scot chercha querelle au saint docteur, prétendant que cette expression n’est pas heureuse; il aurait dû distinguer entre pouvoir principal et pouvoir délégué, le seul qui revient à l’humanité 2. Mais le Docteur Angélique ne nie évidemment pas que le pouvoir principal réside dans la divinité; ce qu’il veut démontrer, c’est que le pouvoir de juger appartient en propre au Christ, même en tant qu’homme. IL n’y a pas lieu donc ici d’opposer Richard à saint Thomas ?, sous prétexte que notre docteur fait ‘ expressément cette distinction (IV Sent., d. XLVII, a. 1, q. 7; p. 628). Tout au plus peut-on dire qu’il a apporté plus de précision; d’ailleurs il emploie presque les termes mêmes de saint Thomas 5, lorsqu'il écrit :

« Christus non tantum iudicabit in natura divina, secundum quam est creator, sed etiam in humana secundum quam est redemptor;

quia ad hoc iudicabit ut electi admittantur ad regnum aeternum, ad quod non sufficerent dona creationis sine beneficio redemptionis. 6. »

Tous les hommes comparaîtront personnellement devant le juge (IV Sent., d. XLVII, a. 1, q. 4; p. 626), sans exception; les justes pour leur glorification, les méchants pour leur confusion (Jbid., q. 6; p. 627). Les mérites et les démérites seront discutés (Zbid., q. 3; p. 626), et la sentence rendue de vive voix (Ibid., q. 2; p. 625). Cependant les âmes, dès le moment de la résurrection, auront connu clairement l’état de leur conscience (IV Sent., d. XLIIL, a. 7, q. 1; p. 571) et lu dans celle des autres (Zbid., q. 2; p. 571).

Le monde lui-même sera renouvelé (IV Sent., d. XLVIIT,

3 Summa, pars III, q. LIX, a. 2.

3 ScoTus, IV Sent., d. XLVIII, q. 1.

% Comme le fait MiNces, Skotistisches, p. 284.

# Comme saint Bonaventure (IV Sent., d. LXVIII, a. 1, q. 1; p. 985). 5 Suppl., q. XC, a. 1.

SIV Sent., d. XLVIII, a. 1, q. 1; p. 635.

A. 2,q. 1; p. 639), le mouvement des cieux cessera (Zbid., q. 2; p- 639) et dans les cieux nouveaux et la terre nouvelle, la lumière sera plus éclatante (Zbid., q. 5; p. 642), mais les végétaux et les animaux n'y trouveront plus place (/b5d., q. 6; p. 643).

Il y a un enfer et un enfer éternel. Le spectacle du monde actuel où les justes ne sont pas récompensés et les méchants ne reçoivent pas le châtiment proportionné à leurs fautes, prouve l'existence d’une expiation dans l’autre vie et comme, après la mort, les âmes coupables de péché mortel ne sont plus capables de faire pénitence, puisqu'elles n’ont ni la charité, ni les secours de la grâce actuelle, leur obstination dans le mal exige une peine sans fin (IV Sent., d. XLIV, a. 2, q. 1; p. 582).

Le feu de l’enfer est un feu corporel, destiné principalement à tourmenter les corps des damnés : et l’opinion de ceux qui l’entendent dans un sens métaphorique est contraire à l’Écriture (bid., q. 3; p. 585). Ce feu est de même nature spécifique que le feu élémentaire, mais enrichi de propriétés nouvelles (/bid.. q. 4; p. 586) : il brûle sans détruire (Zbid., q. 7; p. 589). Comme instrument de la justice divine ce feu corporel atteindra les purs esprits eux-mêmes. Richard examine les diverses explications proposées jusqu’à lui, pour s’arrêter à une théorie qui combine le « modus alligationis » de saint Thomas avec le « modus intentionalis » :

« In illo enim igne est naturalis aptitudo ut eius species recipiatur in intellectu spiritus separati; sed quod per talem modum in illo intellectu imprimatur et cum vehementia tali quod ita ad se revocet seu convertat intentionem ipsius spiritus, quod per hoc ita notabiliter impediatur in aliarum consideratione contra suam voluntatem, quod tale impedimentum sibi sit pro gravi onere, hoc est per virtutem iustitiae increata€- In illo etiam igne est aptitudo naturalis ut in ipso sit spiritus separatus; sicut in loco definitive. Sed quod spiritum detineat contra voluntatem suam, hoc ei convenit in virtute iustitiae increatae 1. »

Pour expliquer comment un élément corporel peut concourir,

1IV Sent., d. XLIV, a. 2, q. 9; p. 591.

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