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même à titre d’instrument, pour causer dans l’esprit une disposition qui contrarie sa nature, notre docteur fait appel à l'exemple du phantasme qui, grâce à la vertu de l’intellect agent, concourt à l’acte de l'intelligence (IV Sent., d. XLIV, a, 2, q. 9; P. 591).

Outre la peine du feu, les damnés souffrent d’autres peines sensibles (Jbid., q. 10; p. 593; d. L, a. 5, q. 1; p. 707). Ils seront tourmentés dans leur intelligence par l’usage, qui leur reste, de leur science acquise (IV Sent., d. L, a. 3, q.1; p. 701), torturés par l’envie qu’ils porteront aux saints (Zbid., q. 3; p. 703). Les remords, symbolisés par le ver, leur seront une peine plus cruelle encore que le feu (IV Sent., d.L, a.5, q. 2; p. 708), mais la peine du dam surpasse de loin toutes les autres souffrances :

« Paena damni est, perfectionis, ad quam erant apti nati, carentia ex peccato causata.… Essentialiter non est dolor neque tristitia, sed ipsa apprehensa ut ex commissione vel omissione propriae voluntatis causata est tristitiae causa !, »

Cette définition a été délibérément choisie pour expliquer comment les enfants morts sans baptême ne sont pas malheureux (IV Sent., d. L, a. 5, q. 3, ad 1; p. 709; voir aussi II Sent. d. XXXIII, a. 3, q. 2; p. 413) :

« Dico ergo inter paenas damni, carentia visionis Dei maxima est, et tristitia, causata ex illa carentia apprehensa ut proveniens ex actuali malitia propriae voluntatis, est maxima inter poenas sensus quia, quamvis damnati non appetant videre Deum propter amorem suae bonitatis, tamen vehementer illud appetunt propter desiderium propriae delectationis eo quod credere firmiter compelluntur ex illa visione maximam delectationem in vidente causari ?. »

Les damnés ne peuvent recevoir aucun soulagement des suffrages des vivants (IV Sent., d. XLVI, a. 2, q. 4; p. 599).

La béatitude, nous l’avons dit, est la fin de l’homme. Entendue

dans le sens objectif, c’est à dire pour désigner l’objet béatifiant, elle est un bien incréé : Dieu lui-même; car rien en dehors de Dieu ne peut pleinement assouvir l’âme humaine, parce qu’elle est faite à l’image de Dieu :

« Eo enim ipso quod secundum animam factus est ad imaginem Dei, tantae capacitatis est, ut nullum bonum possit ei sufficere practer summum Bonum 1.»

Ceci est conforme aussi à la doctrine de saint Thomas, qui fonde sur cette qualité, la capacité de l’âme par rapport à la grâce.

La béatitude considérée subjectivement, étant la complète perfection de l’homme, est immanente à l’homme et par conséquent un bien créé (IV Sent., d. XLIX, a. 1, q. 3; p. 649)-

Y a-t-il dans l’homme un désir inné de la béatitude? On connaît la belle théorie de saint Thomas, affirmant que le désirinné de la vision béatifique définit l'intelligence en tant queztelle, et fonde tout son dynamisme 3.

Richard au contraire, déclare que tous les êtres raisonnables désirent le bonheur en général (IV Sent., d. XLIX, a. 2, q. 13 p. 657) d’un désir inné et nécessaire, et, de plus, d’un désir élicite (Zbid., q. 2; p. 568). Le désir inné est la condition de toutes nos volitions (Jbid., q. 3; p. 568); mais tous les hommes ne désirent pas la vision béatifique, puisque tous ne la connaissent pas (Jbid., q. 1; p. 657). Richard ne parle donc que du désir élicite et conscient de la vision béatifique, et il ne semble pas soupçonner l'existence d’un désir naturel de cette même vision #.

La béatitude, considérée subjectivement consiste, non pas dans un habitus, mais dans un acte (IV Sent., d. XLIX, a. 1,

IV Sent., d. XLIX, a. 1, q. 3; p. 649.

3 RoUSSELOT, L'intellectualisme de Saint Thomas, 2° édit. — Gui DE BROGLIE: De la place du surnaturel dans la Philosophie de Saint Thomas, dans les Recherches de Science religieuse, t. XIV, 1924, p. 193-246, 481-496: t. XV, 1925, p. 5-63-

3 Dans les autres passages où il parle du désir du bonheur, on ne trouve pas trace de ce désir inné (IL Sent., d. XXXVIIL, a. 2, q. 1; p. 465. — IV Sent. d. XLIX, a. 1,q. 1; p. 648. — Quodl. I, q. 13; p. 19). Scot, au contraire, tiendra que l’homme naturellement désire la vision béatifique. Pour saint Bonaventure, voyez la discussion dans l’édition de Quaracchi, t. IV, p. 1002.

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