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UNITÉ DU SYSTÈME, ORTHODOXIE

Sur le terrain métaphysique proprement dit, notre docteur est resté fidèle à saint Bonaventure, et s’il a admis un certain nombre de thèses thomistes, dans les grandes lignes il est opposé à saint Thomas. Sa conception d’une matière déjà actuée par elle-même lui rendait impossible de concevoir la stricte unité substantielle des êtres telle que l’enseignait saint Thomas, à la suite d’Aristote. De là, sa théorie sur la pluralité des formes substantielles, comme aussi cette autre qu’une forme substantielle peut être participée « secundum magis et minus », et sa façon de concevoir le principe d’individuation. Richard rejette également la distinction réelle entre l’essence et l’existence, et la possibilité d’une création ab aeterno. Sa théorie du primat de la ratio bont, et par conséquent du primat de la volonté, comme ses thèses psychologiques sur l'identité des puissances de l’âme et de son essence, sur les relations entre l’intelligence et la volonté, sur la liberté, le montrent fidèle à l’école franciscaine, qu’il abandonne dans l'interprétation des raisons séminales. L’apport propre de Richard en métaphysique c’est son « principium purum possibile ».

On ne pourrait pas pour autant le déclarer un précurseur de Scot. Admettant nettement l’analogie de l’être, ne concevant pas de distinction intermédiaire entre la distinction réelle et celle de raison, ne cherchant pas un parallélisme rigoureux entre la composition métaphysique et la composition physique des êtres, Richard n’a pu préparer le Docteur Subtil, sinon par la critique à laquelle il soumit les thèses thomistes et par la transmission fidèle des positions bonaventuriennes qui devaient entrer dans la synthèse scotiste.

Dans le domaine des sciences sacrées, Middleton se distingue par son orthodoxie impeccable, la clarté de son enseignement, la solidité de sa doctrine, la droiture de son jugement, la modération, un peu timide, de ses appréciations, sa méthode plus positive que dialectique. À un grand savoir scolastique, il unit une étonnante érudition canonique. Cette maîtrise du droit canonique, que le plan de ce travail nous a empêché de mettre en valeur, ne peut être perdue de vue; car elle forme une des

caractéristiques de notre docteur et lui valut une grande renommée.

Denys le Chartreux classait Richard parmi les disciples de saint Thomas : « Sancti Thomae sequaces videntur esse Petrus de Tarantasia et Ricardus de Media Villa, qui tamen in alquibus recedunt a sancto Thoma ?. » Le Père Minges, au contraire, s’efforce de l’opposer, le plus qu’il peut, au Docteur Angélique, pour faire de lui un précurseur de Scot .

L'influence de l’Aquinate sur la théologie de Richard est indéniable, et nous l’avons signalée au cours de cette étude. Elle est même plus profonde en théologie qu’en philosophie. Sur un grand nombre de questions libres Richard adopte la position thomiste; plus souvent encore il propose les théories de saint Thomas comme probables, sans se prononcer formellement pour ou contre elles. Mais nous devons répéter ici ce que nous avons dit au sujet de sa philosophie : Richard, dans l’ensemble, suit la tradition bonaventurienne.

Ce qui caractérise, en effet, la théologie d’un maître, ce sont moins les dogmes, apanage commun de tous les docteurs orthodoxes, ou même les conclusions particulières, prises isolément, que l'esprit général qui anime, et la philosophie explicite ou implicite, qui commande la systématisation. Or, comme Richard ne s’est pas rallié à la métaphysique de saint Thomas, nécessairement sa synthèse théologique ne sera pas spécifiquement thomiste, malgré les nombreuses conclusions dans lesquelles il se rencontre avec le Docteur Angélique. Sa théologie est, elle aussi, d’inspiration bonaventurienne.

Rappelons quelques questions où Middleton se rapproche de saint Thomas. Il rejette comme lui les raisons séminales, sans accepter toutefois l’explication positive du saint docteur. Les anges n’ont pu pécher au premier instant de leur existence. Il incline à croire, avec Thomas, que, sans la chute, le Verbe ne se fût pas incarné. Dans l’hypothèse que Dieu exigeât une

1 In IV libros Sententiarum, Proemium, dans les Opera omnia, Tournai, 1902, t. XVII, p. 36. | 3 Skhotistisches, p. 303-304.

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