RICHARD, THOMAS, BONAVENTURE
satisfaction ex condigno, les souffrances du Christ devenaient nécessaires. L’impeccabilité du Christ est une conséquence de la vision béatifique. Le caractère sacramentel a son siège dans l'essence de l’âme par l’intermédiaire de l'intelligence. Les actes du pénitent sont la quasi-matière du sacrement. Il n’y a pas d’actes indifférents. En tous ces points Richard se trouve en désaccord avec Scot; de même, dans sa façon de concevoir les propriétés des corps glorifiés et de comprendre les dons du Saint-Esprit; même sur ce point il se rapproche plus de saint Thomas que de Bonaventure. Naturellement dans les thèses où saint Bonaventure et saint Thomas se rencontrent, Richard généralement ne leur fausse pas compagnie.
On pourrait également dresser une longue liste des thèses, et des plus importantes, où Richard s’éloigne de l’Aquinate.
Avec saint Bonaventure, il conçoit la théologie comme une science pratique. Pour lui, ce qui est objet de science peut être objet de foi, saltem habitu. La grâce et la charité ne se distinguent pas réellement. Les vertus surnaturelles ont toutes leur siège dans la volonté. La nature angélique est composée de matière et de forme et se multiplie dans une même espèce, Il y a dans le Christ un double esse et une double filiation. Sa nature humaine intervenait dans les miracles seulement à titre de cause morale et occasionnelle. Les sacrements ne sont pas proprement causes de la grâce. La béatitude consiste formellement dans un acte d'intelligence et de volonté. L’intellect agent garde un rôle dans la vision béatifique, etc. Dans ces questions, Scot se rapproche de Richard. Mais cet accord n’est pas suffisant, à notre avis, pour considérer Middleton comme un précurseur du Docteur Subtil. Ce qui unit les deux franciscains ce sont les traditions scolaires de leur Ordre; ce qui les apparente encore, c’est la critique à laquelle ils soumettent les opinions des maitres anciens et leur indépendance d'esprit. Mais l'inspiration profonde de leurs œuvres les sépare plus que ces rencontres ne les rapprochent. Richard est traditionnel, Scot hardiment novateur; Richard vise surtout à la sécurité de la doctrine, Scot pousse jusqu’au bout l’audace de sa critique.
Surtout, leur philosophie est trop profondément différente pour qu'on puisse ranger Scot dans la même lignée que Middleton. Aussi Seeberg me semble-t-il mieux inspiré lorsqu'il écrit :
« Les points principaux de l’ancienne école d'Oxford sont communs à Richard et à Duns Scot... Toutes ces positions sont l’héritage de l’ancienne école franciscaine. Tous deux représentent dans l’ensemble, comme dans bien des points particuliers, la théologie de leur Ordre et de l’école particulière dont ils sont issus. Cependant malgré ces principes communs, il y a de grandes différences entre ces deux hommes. L’un était un habile professeur auquel les âges suivants ont donné, non sans raison, le titre d’honneur de Doctor Solidus’ ou Fundatissimus, l’autre est un penseur génial aussi grand comme critique pénétrant que comme investigateur sagace et génie initiateur !.»
Richard finit une époque. Dernier représentant de l’école séraphique, il tenta une synthèse prudemment nouvelle, dans laquelle s’intégreraient les grandes thèses bonaventuriennes poussées plus à fond et perfectionnées, et ce qui lui paraissait de meilleur dans l’aristotélisme et la théologie de saint Thomas. Cette tentative n'eut pas de lendemain. Scot, avec son génie initiateur, s’empara de l'influence dans l’Ordre de saint François et le lança dans des voies nouvelles qui devaient aboutir rapidement au nominalisme. Richard reste un grand témoin de l’ancienne école, une source sûre où les générations suivantes puiseront abondamment, et si le retour à saint Bonaventure. s’accentue, il reprendra le prestige que la gloire de Scot lui a ravi.
1 SREBERG, Scotus, p. 23.