LA « QUESTIO DISPUTATA » XXXIX
per concubitum... inclinationes diversae ad multa contra rectum iudicium naturale », est aussi contre le même Gilles de Rome.
La seconde raison théologique (Com.,«8*ratio»,p.222)argue(fol.153") du mystère de la transsubstantiation. La première partie est dirigée contre Gilles de Rome, III, 1. Remarquez que dans sa Quaestio Richard pousse son argumentation jusqu’à discuter la portée du mot « hoc », dans la formule consécratoire manifestement parce que Gilles de Rome en avait fait autant. — La seconde partie est directement contre Gilles de Lessines, III, 5, n. 4. Relevons ce passage : « Si corpus in quod transsubstantiatur panis demonstraret compositum ex essentia materiae primae et anima intellectiva, tunc aliquid de substantia panis transsubstantiaretur in animam intellectivam sub ratione qua dat esse corpori; quatenus sub ratione qua intellectiva esset nisi per concomitantiam. » Or, c’est bien ce que dit Gilles; il est vrai que c’est aussi la position de saint Thomas et du Defensorium, mais les mots et la façon rappellent bien davantage Gilles. Suit la réfutation. Le troisième argument théologique est la «73 ratio principalis» du Commentaire (p. 222) : l’identité numérique du corps du Christ mort et ressuscité. L'’instance : « Non enim potest dici quod propter identitatem suppositi remansisset eadem corporeitas », atteint les deux Gilles qui ont tous les deux cette explication (fol. 154).
Enfin dans la quatrième partie l’auteur expose longuement sa position, qu’il a résumée très succinctement dans le Commentaire (1bid.).
Conclusions :
1. — Le Commentaire est manifestement un résumé de la présente question.
2. — Richard combat certainement la position de Gilles de Rome.
3. — Îl est difficile de croire que Gilles de Lessines n'est pas visé: cependant il reste quelque obscurité. L’adversaire de Richard doit avoir parlé de la « denudatio materiae » ainsi que de la « resolutio usque ad essentiam materiae primae.» Or, rien de semblable dans Gilles de Lessines, et cette expression cadre moins bien avec son explication !,
De même, l’expression toujours répétée «essentia materiae primae » ne se retrouve pas chez le dominicain. On se demande même comment Richard a pu lui prêter tout uniment l’idée que les formes précédentes se corrompent à la venue de l’âme intellectuelle, alors que Gilles de Lessines s’en défend longuement à plusieurs reprises, expliquant que, pour certaines propriétés, il n’y a pas une corruption proprement dite, sinon dans ce sens que le parfait supprime l’imparfait (p. 58, 75, 84, 95). À moins de dire que Richard a simplifié la théorie de son adversaire ! En tout cas, il ne fait nulle allusion à cette subtile distinction. Gilles de Rome, au contraire, ne fait pas cette distinction. Quoi qu'il en soit, il paraît difficile de croire que Richard n’a pas connu l’œuvre du dominicain, car il y a trop de ressemblances.
? De Wuzr, Gilles de Lessines, p. 58. A. BIRKENMAJER. Der Brief Robert Kilwardbys an Peter von Conflans und die Streitschrift des Agidius von Lessines, dans Beiträge sur Geschichte der Philosophie des Mîittelalters, t. XX, v, Munster, 1922, p. 36-69.
4. — D'autre part, il est manifeste qu’outre les deux Gilles, Richard poursuit encore un autre partisan de l’unité des formes. Certaines instances ne peuvent être dirigées contre les Gilles, et parmi les 47 objections, quelques-unes ne se retrouvent ni chez l’un ni chez l'autre. Peut-être avons-nous là l'explication des expressions signalées plus haut, Et en effet l'expression «resolutio usque ad essentiam Ar » se lit précisément dans les objections étrangères aux deux
illes.
IT
Dans cet appendice, nous cherchons, par la comparaison des Ouodlibeta de Richard avec les œuvres contemporaines, sans rien préjuger par des indices externes, à établir ou à deviner l’ordre de dépendance des uns à l’égard des autres.