‹ Richard de Middleton, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 176 sur 228 · QUODLIBET I · texte numérisé non relu

QUODLIBET I

Première question.

Dieu peut-il connaître le singulier ? Ce problème préoccupa fort les théologiens de cette époque. Nous le retrouvons discuté une première fois par Henri de Gand (Quodl. I, q. 1, fol. xxvir1"); une seconde fois sous cette forme : « Utrum quaelibet res habeat propriam ideam in Deo » (Quodl. VII, q. x, fol. ccLv').

La comparaison de ces trois questions ne donne que quelques indices, parce que les points de vue sont différents, Richard voulant surtout prouver le fait de la connaissance du singulier, Henri s’intéressant principalement au mode. Cependant le 2° argument du videtur quod non prouvant que le singulier n’a pas d’idée propre en Dieu, se rapproche si fort de l’argument même de Henri (fol. cCLvII") que nous sommes portés à croire que c’est bien de lui qu’il est question : ce que confirme encore la réponse à cet argument (ad 2"). C'est trop bref cependant pour être absolument démonstratif.

Godefroid de Fontaines à son tour entra en lice (Quodl. IV, q. 1): « Utrum in Deo sit idea propria et distincta respectu cuiuslibet singularis. » « Et arguebat quod sic »: rappelle la réponse « ad 2:®» de Richard; mais encore une fois ce texte est trop court pour permettre de conclure, d’autant qu’on retrouve une objection à peu près semblable chez Henri de Gand (fol. ccLvr). Le « Contra » rappelle la doctrine de Henri de Gand à laquelle se rallie Godefroid.

1 DE WuLF-PELZER, p. 229.

Deuxième question.

« Utrum Deus possit facere unum corpus simul in diversis locis localiter existere » (p. 2): cette question fut vivement débattue vers les années 1285. Henri de Gand (Quod!. IX, q. 32), Gilles de Rome (Quodl. I, q. 1, et Quodl. II, q. 17), Godefroid de Fontaines (Quodl. IV, q. 5) ont discuté le problème.

Richard semble venir le premier en date. Exposant la thèse opposée à la sienne, il prête à ses adversaires des exemples que l’on ne retrouve chez aucun des trois docteurs cités. Puis il ajoute : « Si autem quaeras ab eis certam probationem huius… dicunt, quod ita est per se notum, quod non possit demonstrari ex alits notioribus. » Or, Henri, Godefroid et Gilles s'efforcent de démontrer la contradiction. Quant à l'argument qui suit, c'est un argument traditionnel qui se retrouve déjà dans saint Bonaventure et est répété dans le sed est contra de toutes les disputes. Aucun des arguments propres de Henri de Gand, ni de Godefroid de Fontaines, n’est signalé par Middleton.

Au contraire, le premier argument que Henri de Gand combat est celui de Richard, le dernier de son Quodlibet, le 127 dans son Commentaire des Sentences (IV Sent., d.X, a.2,q. 2; p.119). Et la 2° raison que réfute Henri de Gand, est le 2€ argument de Richard dans son Commentaire. Enfin Henri de Gand rejette l’autorité de Hugues, que Richard invoque tranquillement dans son Quodhbet et dans son Commentaire.

Quant à Godefroid de Fontaines, la seule objection rapportée est le 3° argument de Richard (le 4° dans les Sentences). Au cours de sa preuve, Godefroid fait allusion à un autre argument, que nous retrouvons dans Richard, celui de la pénétrabilité des corps glorieux. Il semble aussi répondre en passant au 3° argument du Commentaire des Sentences 1.

Il est assurément difficile de dire si Henri de Gand et Godefroid visent plutôt les Sentences que le Quodlibet, mais ce qui nous suffit pour le moment c’est de constater qu’il est malaisé de placer la soutenance du Quodlibet après les soutenances des deux docteurs séculiers et le premier Quodhbet de Gilles.

Cinquième question.

«Utrum alia sit filiatio qua Christus refertur ad Patrem ab illa que Christus refertur sicut filius ad matrem», problème traité également par Godefroid (Quodl. I, q. 3) et par Henri de Gand (Quodl. IV, q. 3). Godefroid déclare : « Duae opiniones solemnes inveniuntur *.» Richard en cite trois. Malheureusement la question est incomplète dans Godefroid et par conséquent nous ne pouvons la comparer efficacement avec celle de Richard. |

- Septième question. ’ |

« Utrum creatura ante mundi constitutionem habuit aliquam relationem

1 DE WuLF-PELZER, p. 253.

2 DE WuLr-PELZER, p. 6.

realem ad Deum », se rapproche des sujets traités par Henri (Quodl. IX, q. 1, 2, 3). Mais la comparaison des écrits n’est pas concluante.

Huitième question.

Cette question est plus intéressante : « Utrum esse actualis existentiae sit idem re cum essentia cuius est esse » (p. 12). Le premier théologien qui, à notre connaissance, ait abordé ce problème d’ordre éminemment. philosophique, c’est Henri de Gand (Quodl. I, q. 9), en 1276, comme l'a définitivement établi le R. P. Mandonnet :, Pour l’analyse de cette question du docteur gantois, qu’il me suffise de renvoyer à cette étude.

Richard adopte dans ses grandes lignes la position du Docteur Solennel, mais il la précise. Celui-ci rejette la distinction réelle, mais il ne se contente pas d’une distinction de raison entre l’essence et l'existence, il pose une distinction plus profonde qu’il appelle une distinction d'intention. La raison qu’il assigne à cette distinction est claire et formelle : les créatures peuvent être ou ne pas être, tandis que l'essence ne peut pas ne pas être l’essence. Ce que l'existence actuelle ajoute donc au concept d’essence, c’est une relation à l'acte créateur :

«Si loquimur de primo esse [esse essentiae] creaturae illud sola ratione differt ab essentia creaturae, nec potest ei abesse : quia non habet illud ab ako effective sed solum formaliter : unde propter identitatem et inseparabilem concomitantiam rationis utriusque esse... potest dici de essentia creaturae quod ipsa est suum esse participatum formaliter, licet non eflective. Si vero loquamur de secundo esse creaturae [esse existentiae] illud, licet non differt re ab essentia creaturae non tamen diflert ab illa sola ratione..., sed etiam differt ab illa, intentione, quia quantum ad tale esse ipsa essentia creaturae potest esse et non esse. Esse enim habet in quantum alterius effectus quidam est; non esse autem habet de se et in illud non esse cadit, quando ille qui fecit quod est, conservare desinit. Et ideo de tali esse non potest concedi quod essentia creaturae est suum esse quia esseessentiae nunc existens in actu, potest esse non ens, sicut prius fuit ens ?.»

Et plus clairement encore, dans sa réponse au 3° argument :

« Quamvis enim esse existentiae de quo procedit argumentum et creaturae essentia non differunt re, immo essentia per hoc quod est effectus creatoris habet esse, nullo superaddito in re, creatio enim.…. nihil rei ponit in creato n1s1 respectum ad creatorem, tamen quia advenit ab extrinseco essentiae rei non iam existenti, sed per hoc quod fit effectus creatoris esse recipienti. bene potest ab ipsa essentia separari,. ne extra in actu existat. Fit tamen in se essentia quaedam ab intellectu concepta, in quantum habet rationem exemplarem per quam nata est fieri effectus creaiorts ; qua concepta, non est necesse simul concipere eius actualem existentiam. Quod si mens concipiat hinc per se ipsam essentiam, hinc autem seorsim actualem existentiam, non potest vere.

1 MANDONKET, Les premières disputes sur la distinction réelle, p. 748. * GANDAVENSIS, fol. vil. |

398 APPENDICE II componere et dicere : essentia ista habet suam actualem existentiam, quod tamen necesse est fieri vere in omnibus quae sola ratione differunt. Propter quod dixi supra quod rei essentia et actualis existentia non solum ratione differunt, sed etiam intentione :. »

Richard ne fait donc que défendre la position de Henri en la précisant lorsqu'il déclare :

a Esse actualis existentiae non dicit aliquid reale absolutum supperadditum essentiae cuius est esse. Unde vel est idem re cum essentia cuius est esse, vel cum aliqua parte essentiae cuius est esse, quantum ad illud quod dicit absolutum : quia sic [actuale esse] dicit aliquam relationem ad factorem, hoc ego non dico esse idem cum essentia cuius est esse secundum respectum fundatum in essentia illa*» (p. 12).

Nous avons d’ailleurs une preuve décisive que Richard croyait défendre la même thèse que Henri. Dans son Commentaire, parlant de la composition de la nature angélique, il distingue quatre opinions : 1) pour les uns, il n’y a qu’une distinction de raison entre l’essence et l'existence; 2) pour les autres, l’ange est composé «ex actual et potentia *»; 3) d’autres défendent la distinction réelle; enfin 4) : «ali dicunt quibus magis consentio quod esse actuale nihil absolutum dicit super essentiam ipsius angeli sed tantummodo realem relationem ad datorem ipsius esse. Quia declarant sic.» Ce qui suit se rapproche fort de l’exposition de Henri; qu’on en juge :

RicHARD (I Sent., d. III, a. 1, q. 1) « Quia talis est distinctio inter accidens et substantiam quod substantia nata est existere in se;

HENRI (Quodl. I, q. 9) « Primum esse [essentiae] habet essentia creaturae essentialiter; secundum esse [existentiae] non

habet creatura ex sua essentia, sed

accidens autem dicitur quod naa Deo in quantum est effectus

tum est existere in alio..…

1 GANDAVENSIS, fol. VII".

3 Texte embrouillé et fautif. Le P. MANDONNET propose la lecture suivante : « Quantum ad illud quod non dicit absolutum », liant ce membre de phrase À ce qui suit. Je croirais plutôt qu’il faut le rattacher à ce qui précède, et je proposerais de remplacer le mot sic par esse. Même si l’on garde la lecture actuelle, « sic », le sens ne peut être douteux : l’adverbe remplace l’idée de «esse actuale ». En tous les cas, que l’on adopte la lecture du P. Mandonnet ou l’autre, le sens général du passage reste le même. Dans la suite du Quodlibet il est manifeste que Richard distingue dans l’esse actuel, un absolu, identifié avec l'essence, et une relation qui s’y ajoute. — Enfin le mot que le P. Mandonnet lit «relationem » dans le texte des deux éditions, est imprimé « rationalem. *

* Cette opinion, défendue dans certaines écoles, explique les mots du Quodlibet de Richard pour lesquels le P. Mandonnet se montre si sévère : « Vel est idern re cum essentia cuius est esse, vel cum aliqua parte essentiae cuius est esse. » Comparez avec la 2° opinion refutée dans les Sentences : « Nec mirum, illud enim quod est unum re, bene est plura ratione; et illud quod est actuale in essentia angeli est sub alia ratione pars illius essentiae et sub alia ratione est illius essentine actuale esse » (p. 49). Le blâme doit retomber donc plutôt sur les tenants de cette seconde opinion extravagante que sur notre docteur.

« Si ergo esse actuale esset aliqua res absoluta, ultra essentiam ipsius angeli, cum non sit natum existere in se sed in essentia, esset quoddam accidens ipsius essentiae, quod est inconveniens, quia cum esse sit aliquid actualius quam essentia, accidens plus haberet de actualitate quam subiectum, quod est inconveniens.

« Praeterea cum secundumPhilosophum.…. substantia non habeat esse simpliciter per aliquod accidens sed esse tale, iam essentia angeli per suum esse non haberet esse simpliciter eo esse quo simpliciter competit creaturae.

« Restat ergo quod ultra essentiam ipsius angeli, esse non addit nisi relationem ad Deum in quantum est dator ipsius esse et ideo haec praedicatio non recipitur esse creaturae est ipsa essentia.

voluntatis divinae. Unde istud esse non habet ex sua essentia sed quadam extrinseca participatione ; adeo illud esse modum accidentis habet quasi superveniens essentiae; propter quod Commentator exponens differentiam utriusque esse, dicit quod quaestio de esse uno modo pertinet ad praedicatum de genere, alio modo ad praedicatum de accidenti. Unde et quamquam istud esse secundum reducatur ad praedicatum accidentis quia modum accidentis habet, non tamen rem accidentis dicit quia non advenit ipsi iam praeexistenti sed per ipsum, ut dictum est, habet res existere, unde participatio huius esse non dicitur extrinseca per inhaerentiam sicut participatio veri accidentis, sed per creationis impressionem, ut dictum est... (fol. vil").

« Tertio quoniam ïillud esse quod ponitur esse re aliud ab essentia quam ipsum participat, quaero : aut est substantia aut accidens.… Si dicas quod sit accidens, substantia ergo habet suum esse per accidens et ita non per se primo, sed illud accidens per quod habet esse, magis est ens per se et primo, quod est contra philosophiam et rationem.

Esto quod sit accidens etc.

(fol. vrr', X).

« Primo si nihil in creaturis haberet esse per suam essentiam sed per rem additam suae essentiae, nihil in creaturis esset ens per se (/bid.).

« Ilud [esse essentiae] licet non differt re ab essentia creaturae differt ab illa intentione, quia quantum ad tale esse, ipsa essentia creaturae potest esse et non esse.

Esse enim habet in quantum alterius effectus quidam est. et ideo de tali non potest concedi

quod essentia creaturae est esse

suum... Ut clarius videmus in

exemplis. Idem enim sunt om-

« Siçut nec ista currere est cur- mino re et idem significatur cursus, eo quod illud quod cursus rens cursus et currere… sicut essendicit absolute, currere significat tia et esse, et tamen non possum in relatione ad currentem» (p.49). dicere cursus est currere » (fol. VII").

[Cet exemple est repris à la fin du Quobbet, p. 14].

Il n’y a donc pas de doute possible, Richard défend la même position que Henri de Gand.

Une preuve extrinsèque se trouve dans la réfutation de Gilles de Rome, dans son « Esse et essentia », q. 9. Toute la question vise uniquement Henri de Gand, comme nous le montrerons. Or, le respectus ad creatorem y joue un rôle prépondérant. Outre qu’il en parle dans son expositio (fol. 18", c. 1), il la combat, une première fois, par ces paroles : « Nam si esse competit creaturae per habitudinem extrinsecam... » il conclut son argument : « Esse ergo non erit aliquis respectus » (fol. 19", c. 1). Et une seconde fois : « Restat ergo exsequi de quinto utrum esse supra essentiam addat respectum tantum» (fol. 19", c. 2). Il est donc manifeste que l’idée du respectus ad creatorem ne différencie pas Richard de Henri : c’est bien la même position et la même idée fondamentale que soutiennent les deux docteurs.

Dés lors, j'ai peine à admettre que Richard combatte dans son Quodlhibet deux idées de Henri, comme le veut le P. Mandonnet : : à savoir, lorsqu'il prouve que l’existeñce n’est pas un accident et qu'on ne peut pas admettre la formule «essentia creaturae est suum esse ». D'abord, nous venons de le voir, Richard prétend bien suivre l'opinion du Docteur Solennel « quibus magis assentior »; mais de plus, Henri de Gand ne prétend nullement que l’existence soit un accident, mais seulement qu'il affecte l’essence ad modum accidentis : ce qu'il explique lui-même, comme nous l’avons vu. Bien plus, dans la première partie de sa dissertation Henri rejette ouvertement que l’existence puisse être un accident, vu qu’il veut acculer les partisans de la distinction réelle par ce dilemme : « T'unc quaero, aut est substantia aut est accidens », et il prouve que l'existence ne peut être ni l’un ni l’autre (voir le texte plus haut) : argument repris d’ailleurs en termes semblables par Richard dans son troisième article.

Quand donc notre docteur se donne la peine de prouver que l’existence n’est pas un accident, ce sont les tenants de la distinction réelle qu’il prétend combattre : et cette première démonstration ne semble être qu’un moment ou un premier pas dans son argumentation totale *. La preuve en est dans l’objection même qu'il réfute : « Si forte dicas, quod in processibus istis supponitur quod non sit medium inter substantiam et accidens, et forte dicis quod quamwvis esse dicat superadditum essentiae substantiae cuius est esse, ita quod non sit substantia

1 MANDONNET, Les premières disputes sur la distinction réelle, p. 760.

4 Peut-être Richard veut-il combattre également Avicenne déjà réfuté par saint Thomas (Quodl. XIT, a. 5) : « Respondeo dicendum quad opinio Avicennae fuit quod unum et ens semper praedicant accidens. Hoc autem non est verum ».

nec pars substantiae tamen accidens non est, contra istam responsionem arguitur sic » (Quodl. I, q. 8; p. 13).

La seconde partie, à tout le moins reflète assez bien la réponse des thomistes, lorsqu'ils veulent montrer que la distinction réelle ne dégrade pas l’esse au rang d’accident :.

De même, lorsque Richard rejette la formule «essentia creaturae est suum esse », j'ai peine à croire que ce soit une formule de Henri qu’il ait en vue. Il est vrai que nous lisons : « Quod ipsa essentia creaturae sit esse purum subsistens non est dicere quia tale esse non est nisi Deus... Sed tamen quin ipsa creatura sit esse suum non ommino negandum est: Quoad hoc enim, secundum jam ostensa, necesse est quod sit esse suum et quod esse eius non est aliud re ab ipsa » (fol. vurr, Z.). Mais immédiatement Henri reprend le problème sous une autre forme. En effet, dans la phrase suivante, il dit : « Sed an recipienda sit ista praedicatio : essentia creaturae est suum esse, ad quod tendebant quaedam argumenta. De hoc potest esse dubitatio.» Et il distingue : de l’«esse essentiae potest dici quod ipsa est suum esse participatum formaliter, licet non effective.» Mais de cet esse essentiae Richard ne s’occupe pas dans la question. Quant à l'existence actuelle, Henri déclare qu'elle diffère « secundum intentionem » «et ideo de tali esse non potest concedi quod essentia creaturae est suum esse » (fol. vi"), et Henri conclut toute sa dissertation : « Sufficit autem ad praesens quod non possit dici in creaturis quia essentia earum sit earum esse, quia sunt diversa intentione, licet sint idem re » (fol. vit"). Bien plus, nous avons vu plus haut que dans le Commentaire sur ce point précis, Richard adopte un des exemples de Henri. La raison pour laquelle Richard insiste, est manifeste : c’est l’objection de ses adversaires.

En quoi donc Richard diffère-t-il de son prédécesseur ? D’abord il ne parle pas de la distinction secundum intentionem; le mot est absent : affaire de formule; mais il met en relief la cause de cette distinction, le « respectus ad creatorem ». I] ajoute cependant quelque chose de son cru, mais non pas dans la thèse posée au début de la question, mais seulement à la fin de sa preuve : « Dicit ergo esse actualis existentiae ipsam substantiam, ut est sustentata in seipsa vel ut est sustentans se ipsam. Quod ergo dicit essentia absolute, dicitur esse actuale ipsius cum quadam relatione ad seipsam ut ad suppositum.. » (Quodl. I, q. 8; P. 13); et son dernier mot : « Quare illud quod nominat essentiae (lisez essentia) absolute, nominat esse cum quadam relatione ad seipsam ut est suppositum sustentans semetipsam. Ideo haec praedicatio non est recipienda : essentia creata est suum esse, quamvis nullam rem absolutam addat super essentiam, sed tantummodo relationem ad seipsam üt est habens rationem suppositi et respectum ad creatorem qui debetur essentiae creaturae in quantum creata est» (/bid., p. 14). L'existence actuelle ajoute donc à l'essence une double relation : l’une de raison par rapport à elle-même, l’autre réelle par rapport à sa cause divine.

1 Voir aussi S. THOMAS, Quodl!. XII, a. s.

Gilles de Rome (Quodl. I, q. 7) aborda le même problème pendant l’année scolaire 1285-1286. Le R. P. Mandonnet en fait un juste éloge :. A ne considérer que le texte que nous possédons, il est difficile de prouver avec certitude que Gilles attaque Richard. L’argument apporté au début contre la distinction réelle «in contrariam partem » est le suivant : « Quod secundum Philosophum IV Met., ens et unum non dicant aliam intentionem additam super essentiam rei sed ens sumitur ab esse : ergo esse non dicit aliam intentionem additam supra rei essentiam » (p.15); il se retrouve déjà dans Henri de Gand : « De uno et ente dicit hoc Philosophus aperte IV. Met., ubi vult quod in nullo differt dicere homo et homo unus et homo ens. Ubi dicit Commentator : homo unus aut iste homo, aut homo ens, istae dictiones convertuntur, et peccavit Avicena multum cum aestimavit quod ens et unum significant dispositiones additas essentiae, et unum et ens reducuntur ad essentiam dispositam et non sunt dispositiones additae essentiae, sicut est dispositio in albo et nigro. Mirum est ergo quod hoc non possunt videre quidam theologi quod viderunt philosophi, cum hoc convincit ratio veridica » (fol. virr).

Il est vrai que Richard s’autorise aussi du même passage d’Aristote, mais uniquement pour prouver que l’existence n’est pas un accident (p. 12); mais ce fait et l'emploi du mot intentio rappellent bien plus Henri de Gand.

Ce qui serait plus favorable à l’hypothèse d’une attaque contre Richard se trouve vers la fin de l’exposé de la doctrine de la distinction réelle : « Ex hoc autem volunt quidam dicere quod esse non sit aliquid realiter differens ab essentia sed solum sit quidam respectus ad ens primum, ita quod secundum hoc una et eadem res sit essentia et esse : sed sit essentia secundum se considerata, esse vero sit per comparationem ad ens primum et in quantum est effectus entis primi » (p. 16). Ces quidam ne serait-ce pas Richard ? Peut-être, mais ce n’est pas certain. Car nous l’avons vu plus haut, en ce point, Richard ne diffère pas de Henri et même le mot respectus ad Creatorem se retrouve chez ce dernier : quant à l’expression «in quantum est effectus alterius », elle lui est familière.

De plus, dans son traité spécial De esse et essentia, Gilles de Rome combat directement et l’on peut dire uniquement, le docteur gantois.

Voici la marche de cette question 9° du traité.

L'auteur énumère d’abord douze raisons contre la distinction réelle; dont aucune ne se trouve dans Richard. Suivent cinq raisons en faveur de la distinction réelle. L’état de la question ainsi établi, Gilles propose sa solution :

« Respondeo dicendum quod circa hoc diversi diversa senserunt. » Ces mots laisseraient entendre qu’il va exposer plusieurs systèmes; il n’en est rien pourtant, comme nous le verrons. « Et licet non ex multo tempore de hoc multae inter theologicas opiniones fuerint, magni tamen non opinanter ponunt quod in creaturis differunt : nos tamen positionem hanc tenemus quod realiter differunt eo quod huius dictum magis quietat nostrum intellectum » (fol. 18", c. 1).

1 Les premières disputes sur la distinction réelle, p. 761.

Qui sont ces magni? Saint Thomas apparemment :, Quoi qu’il en soit, Gilles poursuit en dessinant nettement le plan de sa question : « 10 Recitabimus magnorum dicta tenentium opinionem contrariam; 2° ostendemus quae de dictis illis nos dubitare faciunt; 3° adducemus rationes ostendentes propositum. »

L'auteur débute par l'exposition fidèle de la thèse adverse : c’est en effet l’analyse complète de la question de Henri de Gand; rien n’est omis, mais rien n’est ajouté : « Tenentes opiniénem hanc contrariam hoc ordine procedunt in dictis suis : quia 1° adducunt rationes et auctoritates contra se; 2° adducunt rationes et auctoritates pro se; 3° declarant opinionem suam; 4° respondent ad rationes factas; 5° et ultimo exponunt auctoritates adductas in oppositum. »

Ouvrez maintenant le livre de Henri de Gand, vous constaterez que c’est son plan qui est minutieusement décrit.

Continuons : « Contra se adducunt tres rationes.» Fort bien, Henri n’en a que trois et ce sont les mêmes : « Adducunt etiam contra se auctoritates plures quas ponit Boetius.. » Suivent les quatre citations de Boëce, que nous trouvons dans le Docteur Solennel.

« Pro se autem adducunt tres rationes ostendentes idem esse essentiae et esse. Prima talis : non magis dubitandum est de esse et entitate rei quam de unitate et bonitate et veritate eius.. etc. » Ici nous devons sauter la petite dissertation de Henri sur le faux concept de « participare », qui reviendra plus loin chez Gilles, et nous retrouvons notre argument : « Nec est dubitandum in hoc magis de esse et entitate rei quam de bonitate, veritate eius » (fol. vi") avec les mêmes autorités de Boëce, d’Augustin (De vera religione), d’Aristote (IV Mer.), du Commentateur (fol. vi"). Gilles continue (fol. 18, c. 2): « Arguunt etiam 2° quod fieret processus in infinitum. » Ici est omis un bref argument d’une ligne, après quoi Henri argue, en effet, de la même façon. « Tertio, ajoute Gilles, isti idem sic arguunt : dicunt enim quod istud esse vel est substantia, vel accidens, medium autem esse non potest. » Et en effet nous lisons chez le Docteur Solennel : « T'ertio quoniam illud esse quod ponitur re aliud ab essentia quam ipsum participant, quaero : aut est substantia aut accidens : medium enim non est ponere. » Gilles relève l’autorité sur laquelle Henri s’appuie et résume le dilemme :

« Restat videre quomodo suam positionem declarant : dicunt enim quod duplex est esse. » De fait, cette distinction de l’être empruntée à Avicenne forme le début de l'explication propre à Henri. Après quelques lignes d’introduction : « Sed quod dicitur directe ad quaestionem : istud esse creaturae sit ipsum suum esse... etc.» (fol. vi”).

Le résumé de Gilles est merveilleux de clarté et bien plus facile à suivre que le texte même de Henri, bien que l’idée soit fidèlement rendue : «In declarando itaque positionem suam, 1° dant intelligere quid est esse, quid esse essentiae et quid esse existentiae — 29 distinguunt quot modis dicitur differre et ex hoc declarat ? quomodo differt

1 CHossaT, Note sur la « destruction des destructions », dans Revue Thomiste, 1910, p. 505. —— MANDONNET, Premières disputes sur la distinction réelle, ibid., P. 744.

3 Remarquez le singulier, à moins que notre texte ne soit fautif.

essentia et esse. Dicunt ergo quod differre dicitur tripliciter; videlicet, re, ratione, et intentione. Essentia autem secundum eos nullo modo differt ab esse re, sive accipiatur esse essentiae sive esse existentiae, attamen non eodem modo differt essentia ab utroque tali esse, sed ab esse essentiae differt ratione tantum, ab esse existentiae differt ut dicunt, intentione. Videntur autem isti velle quod differre intentione sit plus quam differre ratione : nam quando aliqua duo dicunt eamdem rem aliter et aliter acceptam ita quod unum praedicatur de alio, tunc illa duo differunt ratione : sed quando unum non suscipit praedicationem alterius differunt intentione.. etc. Adducunt isti tertio ad declarationem positionis suae exempla quaedam dicentes quod omnino sunt idem currens, cursus et currere, et lux, lucere et lucem, et vivens, vita, vivere.… »

Chose curieuse, comme on peut le voir, l’exposition de Henri de Gand est résumée sauf pour les trois exemples cités. À propos de ceux-ci, Gilles donne un développement plus grand que le texte de Henri que j'ai sous les yeux.

Gilles continue : « Distinguunt etiam isti quod creaturam participare esse, potest intelligi dupliciter. » Ici nous retrouvons la dissertation de Henri (fol. vi"), omise plus haut par Gilles. Remarquons même la ressemblance verbale :

GILLES HENRI « Hunc intellectum dicunt pro- « Hic primo ad excludendarn venire ex falsa imaginatione.… » falsam imaginationem.. »

Le même exemple baroque est reproduit : «Sic si sol produceret voluntarie radium etc. » Et Gilles termine par la conclusion de Henri : « Similiter essentia non addit rem aliquam, sed respectum quemdam ad creatorem ut ex hoc essentia creaturae dicat esse in quantum creata et prout est effectus creationis. »

Avec la même scrupuleuse fidélité notre docteur résume les réponses faites par Henri aux objections (fol. 18", c. 1). Après ce long exposé Gilles peut dire en toute sincérité : « Postquam hanc positionem fideliter recolimus et mentem dicentium pro modulo nostrae intelligentiae explicavimus.… »

Dans la seconde partie, Gilles expose les raisons qui le font douter de la valeur de cette théorie : elles sont au nombre de quatre. Les autorités citées par Henri, ne prouvent pas, car « non sunt expositae secundum mentem auctoris»; les objections ne sont pas résolues; l’exposé même contient des contradictions cachées; et enfin les preuves ne sont pas concluantes. C’est une critique en règle, comme on le voit. Nous ne le suivons pas dans cette exécution, car il importe peu à notre but : mais il semble impossible de douter, après l’analyse que je viens de faire, que le seul visé directement soit bien Henri de Gand.

Je voudrais seulement relever ici l’insistance avec laquelle Gilles montre l'insuffisance de ce respectus ad creatorem qui est le fond de l’explication de Henri : :

« Tertium argumentum non solvunt. Nam si esse competit creaturae per habitudinem extrinsecam et extrinsecam denominationem, oportet quod sit realiter differens ab ea. Esse enim dicit aliquid absolutum

et est opposita ratio ipsius esse et ipsius respectus.. etc. » Il en appelle même à l’autorité de ceux qui affirment que dans les anges il y a matière et forme : « Fuerunt quidam magnae reputationis viri volentes concludere omnem creaturam esse compositam ex materia et forma. Videbant quidem et necessariis rationibus concludebant, quod in omni factibili sit compositio ex potentia et actu... Non ponemus eam [compositionem] ex materia et forma, sed ex esse et forma» (fol. 19", c. 1 et 2).

Parmi les cinq contradictions qu’il relève dans le système de Henri, Gilles s’en prend particulièrement à ce respectus :

« Restat autem exsequi de 5°: utrum esse supra essentiam addat respectum tantum, quem respectum nominant habitudinem extrinsecam. Volunt enim quod esse potest deficere essentiae : quia essentia non dicit esse nisi prout est in effectu et prout habet quemdam respectum ad aliquid quod est praeter essentiam suam, prout ad ipsum Deum; et quia ista habitudo et respectus potest deficere creaturae ideo creatura potest non esse. Sed hoc stare non potest.» (fol. 19", c. 2; 20, '-*). Faut-il répéter ici ce que nous venons de montrer, que Gilles ne s’occupe directement que de Henri de Gand? Rien que l’énoncé même le prouverait à lui seul ?.

Dans la troisième partie enfin Gilles démontre la distinction réelle par trois arguments.

De tout ceci nous devons conclure que les mots de Gilles dans son Quodlibet ne sont pas suffisants pour nous permettre d’affirmer que Richard lui-même est visé. La question reste douteuse. D'autre part rien n’insinue que Richard ait connu le Quodlibet de Gilles. Il est du moins certain que le Quodlibet de Richard précède le « Esse et essentia » du docteur augustinien. Après une exécution pareille, la défense telle que la présente Richard semble impossible : aucune allusion aux trois arguments de Gilles; de plus, on ne comprend pas comment, après cette réfutation, il pourrait reprendre les arguments de Henri, sans au moins faire allusion aux objections qu’elles ont soulevées : tel l’argument du processus ad infinitum, tel celui de l’identité des concepts « ens unum verum et bonum ». Et l’objection rapportée par Richard est ridicule, après l’œuvre magistrale de Gilles : « Si forte dicis quod in processibus istis supponitur quod non sit medium inter substantiam et accidens, et forte dices, quod, quamwis esse dicat superadditum essentiae substantiae cuius est esse, ita quod non sit substantia, nec pars substantiae, tamen accidens non est » (Quodl. II, q. 8). Middleton se donne la peine de montrer qu’il n’y a pas de milieu entre substance et accident; il s’agit bien de cela, après que Gilles a fait voir comment l'existence peut s’ajouter à l'essence sans être un accident ! « Sciendum quod esse non est in genere per se et tamen est in genere substantiae [reductive]... Reducitur ad idem genus cum ipsa substantia in qua recipitur.…. etc.» (fol. 20", c. 2). Et comment Richard n'eût-il pas songé à répondre à l’argumentation de Gilles, prouvant qu’il est contradictoire de chercher la différence entre l’exis-

1 Voir GANDAVENSI5, fol. VII", où sont rappelées les deux raisons ici alléguées, que Richard ne touche pas dans son Quodlibet.

tence et l'essence, dans un simple respectus, si on n’admet pas un fondement réel et réellement distinct ?

Mais alors comment expliquer que Gilles ne fasse pas allusion à. Richard? Sans doute, parce que l’autorité de Henri éclipsait celle d’un débutant et que son œuvre avait une plus large envergure. Quoi qu’il en soit des raisons, le fait est indéniable.

Serons-nous plus heureux, si nous nous tournons vers Godefroid ! ? Nous pouvons déjà conclure avec probabilité, que Richard n’a pas connu le Quodlibet II]; en tout cas, dans sa dispute, il ne parle pas ouvertement de ceux qui défendent une relation de pure raison : ce qui serait étrange chez un théologien aussi soigneux de noter les différentes opinions. De plus, il ne répond pas aux principales objections et ne semble pas même les soupçonner. Nous les résumerons d’après la forme brève : « Hoc non valet. quia actio semper terminatur necessario ad aliquid absolutum, actio autem Dei terminatur ad esse creaturae. Ergo... » Deuxième raison : « Quia esse simpliciter praesupponit ei quod est esse ad aliquid. Sed respectus ille dat tantum esse ad aliquid. Ergo praesupponit esse simpliciter : ergo talis respectus [non] dat sive constituit esse simpliciter *. » Et rejetant un des motifs de Henri, il ajoute : « Cum semper maneat essentia in suo esse essentiali tanquam fundamento et semper etiam maneat Deus tanquam terminus [relationis] semper maneret esse. Et ita videntur isti incidere in id quod vitare intendunt. Nam propterea esse dicunt differre ab essentia, quia essentia potest manere, esse non manente ?, »

Mais peut-on dire que Godefroid attaque notre auteur ? Le P. Mandonnet le croit ‘; mais j'avoue que le texte n’est pas concluant. En effet, voici ce qu’écrit Godefroid : « Nec sufficit dicere quod aliquid dicatur esse secundum esse essentiae secundum id quod est secundum se quidditas et essentia praedicamenti indifferens ad existere et non existere, et dicatur esse secundum esse existentiae per comparationem ad causam agentem, ut actualiter est eius effectus et ut ab ipsa determinatum est ad esse ‘ et quod ex hoc contingit aliqua compositio in creatura ex esse et essentia et recessus a simplicitate primi* et quod essentia non est suum esse ? et huiusmodi; et quod differunt essentia et esse, non re, sed intentione, sicut etiam relatio et fundamentum suum, cum esse dicat respectum creaturae ut est effectus in actu ad Deum, ut ad suam causam, et ipsa essentia dicat id quod est res, quidditatem secundum se ipsam, et secundum hoc etiam est res praeter huiusmodi respectum, sic etiam quod secundum id quod est secun-

1 De WuLFr-PELZER, p. 156; cfr MANDONNET, Premières disputes, p. 762.

? De WULF-PELZER, p. 302.

* MANDONNET, ibid., p. 761.

5 C’est la distinction des deux esse dans Henri de Gand, fol. vi. — Cette question Godefroid l’avait longuement traitée déjà au Quodl. II, q. 2, où il combat la théorie de l’exemplarisme et du double «esse », telle que nous la retrouvons dans Henri; voir surtout DE WuLF-PELZER, p. 55, 56, 59.

* Conclusions de Henri de Gand, fol. var”.

7 Autre conclusion, 1bid.

dum se essentialiter et quidditative, non existente re carente huiusmodi respectu, ipsa est ens reale secundum huiusmodi esse essentiae :. »

Il est vrai que si vous isolez ce membre de phrase : « Differunt.. sicut ettam relatio et fundamentum suum, cum esse dicat respectum creaturae, ut est effectus Dei », vous avez presque les mots de Richard : « Dicit aliquam relationem ad factorem, hoc ego non dico idem esse cum essentia cuius est esse, secundum respectum fundatum in 1lla essenla.»

Mais ce qui diminue la valeur de cet argument, c’est le contexte. Ces mots, sur lesquels on fait fond, sont liés intimement avec la thèse même qui certainement est celle de Henri : « Et quod differunt essentia et esse non re sed intentione, sicut etiam relatio et fundamentum suum.… etc. », sans que rien ne laisse soupçonner que Godefroid passe d’un auteur à un autre. Bien plus, ces mots, qui devraient faire preuve, sont enchâssés dans la doctrine de Henri et dans des termes et des considérations étrangères à Richard : il suffit de lire, dans le texte transcrit plus haut, ce qui précède et ce qui suit cette phrase.

D'ailleurs, nous l’avons montré à satiété, le mot respectus n’est pas

tellement caractéristique de Richard qu’il suffise à le désigner’. Le doute est encore renforcé lorsqu'on lit la forme brève ?, qui donne manifestement l’impression d’une opinion unique, celle de Henri : «Si dicatur ad hoc quod esse addit super essentiam respectum ad Deum sicut ad causam efficientem, et ideo differt… non solum ratione, sed etiam intentione, non tamen re, et ideo potest dici essentia non esse, et potest dici quod esse est participatum. » Ajoutons que les arguments de Henri sont esquissés et réfutés à propos précisément du respectus, en particulier celui tiré de la séparabilité de l’essence et de l’existence, tandis que ceux de Richard n’obtiennent même pas une allusion. Enfin la contribution propre de Richard «relatio ad seipsam ut est habens rationem suppositi », ne paraît en aucune façon. ‘ Au total, bien que Richard ait employé davantage le mot respectus et l’ait mis en vedette, bien que chez lui seul se retrouve une expression verbale se rapprochant de ces mots « sicut relatio et fundamentum suum », l’idée se retrouve dans Henri. Ces formules de Godefroid sont donc insuffisantes pour démontrer que ce docteur a connu ou visé Richard. Et nous ne devons pas nous en étonner, puisqu'il a été montré plus haut que Richard n’a fait que défendre, en la précisant, la thèse de Henri

En résumé : le Ier Quodlibet de Richard se place probablement après le VII® de Henri de Gand, avant le IT Ouodlhbet et le De esse et essentia de Gilles de Rome, avant le III® Ouodlibet de Godefroid de Fontaines.

1 De WuLr-PELZER, p. 175. C’est la réponse de Henri ad 3% (fol. vi"). ? Voir l'analyse de l'œuvre de Gilles, p. 403-405. * DE WULF-PELZER, p. 302.

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