‹ Richard de Middleton, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 182 sur 228 · GODEFROID · texte numérisé non relu

GODEFROID

actus completus vel in actu completo, non de his quorum unum habet rationem actus incompleti respectu alterius » (p. 97).

Ces premiers rapprochements sont les plus concluants, mais le reste de la question de Godefroid confirme notre impression.

Ainsi le premier argument que Godefroid prête à ses adversaires les pluralistes, argument tiré de la permanence de certains accidents dans le cadavre (Jbid., p.96), est précisément la première raison philo-

sophique de Richard.

Le second argument philosophique et les deux raisons théologiques apportées en faveur de la thèse pluraliste sont communs à Henri

de Gand et à Richard,

Les réponses que Godefroid oppose à ces arguments laissent la même impression : même dans sa réfutation du premier argument, il

suit Richard de fort près.

Argument de Richard

«Ïtem non posset esse aliqua causa determinata quia aut illa causa determinata esset essentia materiae primae aut anima intellectiva.… Ipsa materia non posset semetipsam determinare ad consimilem figuram.…. (fol. 149", c. 1).

« Nec anima intellectiva.… quia illa forma cadaveris quae est repugnans animae intellectivae.… Nulla autem forma determinat suam materiam ad formam sibi repugnantem.. »

A linstance de Richard

« Formas repugnantes non consequuntur accidentia consimilia sed magis accidentia dissimilia »

(fol. 149", c. 2).

Réponse de Godefroid

« Cum dicitur quod non, quia materia non videbatur determinata ad talia accidentia… Dico quod immo, propter ordinen esssentialem formarum succedentium sibi..

Cum dicitur quod materia non determinavit, verum est nec anima intellectiva ; dico quod immo...

«Cum etiam dicitur quod ad hanc formam introducendam non determinat anima quia est ei repugnans.… » (Jb1d., p. 126).

Godefroid répond :

« Tamen ratione qua quoddanr mixtum determinatum etiam quamdam conformitatem habet cum forma praecedenti quam non habet cum aliis, ratione cuius etiam consimilia accidentia possunt hic et ibi experiri» (Zbid, p. 127).

La seconde réfutation vise ou peut viser à la fois Richard et Henri,

mais l'instance : « Cum additur : anima intellectiva non corrumpit.…. » (Ibid., p. 128) répond directement à la mineure de Richard : « Quod autem corrupta non fuerit ab anima intellectiva patet sic...» (fol. 151", C. 1).

Or, Henri de Gand n'’essaye nulle part une démonstration pareille. Godefroid ne peut donc avoir en vue que notre auteur.

Quelques lignes plus loin Godefroid ajoute encore : « Quia non obstante quod [Deus] posset animam intellectivam inducere in materia nuda.. secundum suam omnipotentiam, quia tamen non agit in huiusmodi actione nisi quasi vice agentis naturalis, ideo agit sicut etiam aliaa gentia agunt secundum dispositionem materiae. » (Jb:1d., p. 128).

Ces mots répondent à la première impossibilité objectée par Richard : + Quod si in eodem instanti introduceretur forma asini in materiam suam, quo anima intellectiva infunditur a Deo materiae ipsius hominis, in illo instanti materia ipsius asini sequeretur esset apta ad recipiendam animam intellectivam sicut materia ipsius hominis» (fol. 151", c. 2).

La suite du développement de Godefroid sur les accidents (Zbid., p. 128-129) correspond à la difficulté soulevée par Richard, qui ne s’explique pas la transmission des maladies héréditaires, dans l’hypothèse de l’unité de la forme dans l’homme (fol. 151", c. 1).

Et ce qui suit : « Cum additur : si praecedentia corrumpuntur frustra fuissent introducta » (Zbid., p. 129), est un coup droit à une autre mineure de Middleton (fol. 151", c. 2); et immédiatement Godefroid poursuit : « Cum dicitur ulterius quod in homine nihil est genitum » {Ibid., p. 129). Ce paragraphe s’explique par l’objection de Richard : J’unité de la forme détruit les liens de parenté (fol. 151", c. 2).

Le cardinal Ehrle écrivait encore récemment: « Sur les circonstances extérieures des disputes quodlibétiques règne encore beaucoup d’obscurité. Seule une induction prudente pourra apporter quelque lumière :. » Cette remarque nous porte à recueillir ici quelques observations que nous a suggérées l’étude des Quodhbets de Richard *.

I. — Pour la disposition générale de ses Quodlibets, Richard suit la manière traditionnelle*. Entre les questions disparates qui sont posées, il s'efforce d'établir un ordre logique, comme le montrent les petits prologues placés soit au début, soit au cours des Quodhbets. L'édition de 1591 a groupé les questions en articles : mais cette disposition est l’œuvre de l'éditeur, comme on peut s’en assurer en consultant l'édition de Venise de 1509.

Les deux premiers Quodlibets se divisent en deux grandes parties, Dieu et la créature : «Quaesita sunt quaedam de Deo et quaedam de creaturis.» Le seconde partie appelle deux grandes subdivisions : « Quaedam spectantes ad scientiam speculativam et quaedam ad scientiam practicam.» Chacune de ces divisions contient encore des subdivisions plus ou moins heureuses, groupant, tant bien que mal, les divers sujets traités.

Le troisième Quodlibet se présente, au premier regard, sous une forme légèrement différente. Le prologue initial, en effet, annonce la division en questions spéculatives et en questions pratiques ou morales. Mais aussitôt notre docteur aborde les questions spéculatives relatives à Dieu, qui forment un groupe à part de quatre questions; ensuite nous lisons, en tête de la cinquième question : « Consequenter

1 EHRLE, Trivet, p. 45.

? Notre livre était déjà à l'impression lorsque parut l’exccllent travail de l'abbé P. GLORIEUX, La Littérature quodlibétique de 1260 à 1320 (Bibliothèque Thomiste, t. V), Kain, 1925. Nous ne croyons pas que le présent appendice fasse double emploi avec cette étude, d'autant que l'auteur reconnaît que sur beaucoup de points on est loin d’être arrivé à la certitude.

3 GRABMANN, Die Geschichte der scholastischen Methode, Fribourg, 1911, t. Il, p. 543. — ID., Studien zu Johannes Quidort, p. 39. — Fr. PELSTER, S. J., Heinrich von Harclay, Kanzler von Oxford, und seine Quästionen (Miscellanea Francisco Ehrle), t. 1, Rome, 1924, p. 307-356.

proponamus quaestiones speculativas quae fuerunt de creaturis » (p. 91). En réalité donc le troisième Quodlibet suit la même marche que les deux précédents.

Chacune des grandes divisions ou des subdivisions est précédée de quelques mots d’introduction, dans le goût de ce prologue : « Consequenter proponamus quaestiones speculativas quae fuerunt de creaturis; et 1) quae respiciunt vim naturalem; 2) quae respiciunt vim animalem; 3) quae respiciunt vim intellectivam, Et inter quaestiones quae respiciunt vim naturalem, 1) proponebatur una quae respicit vim naturalem passivam; 2) quae respiciunt vim naturalem activam » (p. 91).

Entre les sujets rassemblés dans les subdivisions, la formule de liaison est une des suivantes : « Consequenter quaeritur », où bien : « consequenter sequitur quaestio. »

Les questions sont introduites, selon l’usage , par des arguments in utramque partem. Généralement ces arguments sont peu nombreux, le plus souvent au nombre de deux. Ce qui suggère l'hypothèse que l’opposant en proposant sa question, peut-être par écrit, comme le pensent certains auteurs, ajoutait les deux raisons pour et contre, afin de délimiter clairement le débat, se réservant de subsumer au cours de la dispute. Si ma conjecture est exacte, la question posée ne prenait pas cette forme : « Que pensez-vous de telle opinion, par exemple : le Christ a-t-il posé des œuvres imparfaites ? Moi, je tiens pour l’affirmative et voici mon argument »*; mais plutôt elle se formulait comme suit : « Le Christ a-t-il posé des œuvres imparfaites ? Entre l’opinion affirmative, dont voici l’argument principal, et l'opinion négative en faveur de laquelle milite cette raison de grand poids, que choisissez-vous ? » (QOuodl. IIT, q. 4; p. 90). En effet :

Constatons d’abord que les formules les plus habituelles pour introduire la discussion, sont les suivantes : « Videtur quod non» (ou quod sic), et que la position opposée est toujours annoncée par « contra ». L’expression « widetur quod sic » est remplacée trois fois par « arguebatur »

(Quodl. I, q. 1; p. 1) ou « arguitur » (Quodl. I, q. 2; p. 2; et q.4; p.s). Une fois nous lisons, au lieu de contra: «in contrarium arguitur »

111 y a des exceptions : parfois la question était proposée sans arguments (GLORIEUX, 0. cit., p. 24). Mais chez Richard, toutes sont proposées avec arguments.

3 M. GLORIEUX n’examine même pas la question : il la croit sans doute résolue contre mon hypothèse. Voici ce qu’il écrit : « On comprend qu’il souligne ce trait [quand la question est posée sans argument], car une attitude différente lui était imposée par là : il n'avait plus à employer alors le procédé ordinaire de la discussion, à opposer un «sed contras aux arguments présentés et à résoudre ceux-ci à la fin de la question.» (/oc. cit.). Parlant de la « determinatio », il écrit : « Il commence, en règle générale, par rappeler les arguments échangés pour et contre... on retrouvait ainsi les éléments de la dispute, intervertis parfois dans leur ordre. Car ce serait une erreur que de vouloir à tout prix retrouver dans les arguments énoncés en premier lieu ceux de l’adversaire et dans ceux qu'introduit le contra, in contrarium, les réponses du bachelier ou du maître » (op. cit, p.44). Pour ma part, je crois que l’argument pro et contra provient d'ordinaire de l’ohjectant lui-même, pour les raisons que je vais indiquer.

(Quod!. I, q. 2; p. 3); une autre fois : « contrarium videtur sentire magister ! » (Quodl.I,q.7; p. 28), et: « contrarium potest probari » (Quodl. III, q. 10; p. 99). |

Or, à la fin de la plupart des questions, à fort peu d’exceptions près, non seulement l’argument proposé qui est contraire à la position que défend l’auteur, est repris, distingué ou réfuté, mais même celui qui favorise sa thèse. Ce qui serait étrange, si en réalité ce «est contra » était l’argument de Richard lui-même. Examinons ce phénomène de plus près.

1. — Dans toute une série de questions, Richard s’exprime ainsi : « Auctoritas quae fuit allegata pro parte ista, concedenda est (Quodl. I, q. 2; p. 4); argumentum quod probat quod esse nullam rem addat super essentiam creaturae, procedebat de re absoluta et ideo concedendum est » (Quodl. I, q. 8; p. 14). Nous trouvons des expressions semblables dans Quodl. I, q. 22; p. 31. — Quodl. IF, q. 2, p.35; q. 3, p. 36; q. 7, P- 43; q. 8, p. 44; q. 9, P. 44; q. 25,P. 73; q. 26, p. 74; q. 27, p. 75. — Quodl. III, q. 9, p. 99; q. 15, p. 109. — Aülleurs : « Argumentum pro parte ista concedi potest » (Ouodl. III, q. 2; p. 88).

Il est déjà assez étrange que le docteur concède l'argument, si c’est lui-même qui l’a opposé à l’objectant.

2. — Une seconde série de textes renforce cette première impression. Richard bien des fois ne concède l'argument qu'avec réserve : « Argumentum quod probat... gratia conclusionis concedendum est » (Quodl. I, q. 1; p. 2). Cette façon de s'exprimer se retrouve dans Quodl. I, q. 9, P.15; q.11,P.17; q. 12, p. 18. — Quodl. II, q.6, p.43; q. 10, p. 46; q. 12, p. 48; q. 13, P. 49; Q. 14, P. 52; Q. 15, P. 54; Q. 19, P. 62; q. 20, p. 63; q.21, p. 64; q. 22, p.65; q.24, p.72; q. 28, p. 76; q. 30, p. 83. — Quodl. IIL, q. 16; p. 111.

3. — Une troisième série de textes nous montre Richard distinguant l’argument apporté en faveur de sa thèse.

Ainsi : Quodl. I, q. 3; p. 6. — Quodl. II, q. 1, p. 34; q. 5, p. 43; q. 17, P. 57; q- 23, P. 715 q. 30, p. 83. — Quod!. IIT, q. 7, p. 9%; q. 20, P. 119; q. 22, P. 119; q. 23, p. 120. De même il dira encore : « Propter hoc potest solvi argumentum ad utramque partem...» (Quodl. I, q. 16; p. 23. — Quodl. III, q. 4; p. 91).

Dans cette série, je relève deux ou trois textes plus parlants : «Ex his quae dicta sunt, patere potest, quid dici debeat ad utrumque argumentum. Primum argumentum quod probat faba quiesceret, concludebat de quiete per se, alter enim non valet. Argumentum autem quod erat ad partem aliam, concludebat quod oportebat ipsam fabam semper moveri vel per se vel per accidens.. Bene concessum est quod illo tempore quo faba quiesceret per se, moveretur nihilominus per accidens.. » (Quodl. II, q. 16; p. 56). « Ad argumentum ad utramque partem: primum argumentum non concludit. Bene autem dicitur ad oppositum quod frequenter fit contrarium etc. Dico quod non est credendum... » (Quodl. III, q. 19; p. 117).

On pourrait peut-être conclure ou supposer que Richard ici fait la critique de son bachelier, que c’est ce dernier qui a opposé un sed contra, et que le maître distingue la réponse de son disciple. Mais j’ai

1 I] s’agit, bien entendu, ici de Pierre Lombard.

relevé deux textes qui montrent bien que les arguments pro et contra ont été apportés par l'objectant. En effet, nous lisons : « Cum ergo arguis, quod Christus fuit virgo, martyr et doctor (c’est l’argument pro), dico quod illud argumentum concludit quod Christus habet aureolas secundum illud quod sunt. Cum autem arguis ad L'an quod non fuit victor...» (c’est l’argument contra) (Quodl. I, q. 6; p. 11). Il est manifeste par ce texte que les deux arguments ont été proposés par l’objectant. La même conclusion s’impose pour les lignes suivantes : « Ex dictis patet quomodo solvi potest argumentum ad utramque partem quaestionis. Cum enim primo vis probare quod nullus impius cooperatur ad conversionem suam per hoc quod nullus effectus excedit suam causam (c’est le videtur quod sic) dico... Argumentum autem ad partem aliam per quod intendis probare quod Deus non posset convertere. »: c’est le « contra ». (Quodl. III, q. 3; p. go).

De cet ensemble de constatations, il nous faut conclure que, sinon toujours, du moins parfois, c'était l’objectant lui-même qui proposait les arguments pour et contre.

IT. — La disposition du corps même de la question est loin d’être uniforme. Parfois, Richard commence par exposer les différentes opinions avec leurs arguments (Quodl. I, q. 2; p. 3); ou développe les raisons pour et contre proposées au début (Quodl. II, q. 4; p. 36); ailleurs il explique d’abord la thèse qu’il rejette, puis passe à celle qu’il adopte (Quodl. I, q. 4, p. 7; q. 5, p. 8. — Quodl. IIT, q. 17; p.115).

Ou bien il débute dans sa dissertation en donnant et prouvant sa propre solution, se réservant de développer longuement, dans la suite, l'opinion contraire avec les raisons qui militent en sa faveur (Quodl. IT, qe 145 p.50). |

Plus souvent, il désarticule la question proposée en questions secondaires pour les résoudre méthodiquement (Quodl. I, q. 8; p. 12. —

Quodl. IF, q. 10, p.45; q.11, p.46; q.15,p. 53; q: 10: P- 55: q- 18,

p. 58. — Ouodl. III, q. 2, p. 87; q. 3, p. 89; q. 5, P. 92; q. 6, P. 93; q. 7; P. 94; q. 26, p. 111).

Il n’est pas rare que le premier ou les premiers articles soient consacrés à rappeler ou à préciser des notions (Quodl. II, q. 1, p. 31; q. 5, P. 36; q.6,p.42; q. 23 p. 66; q. 30, p. 74. — Quodl. III, q.1, P. 54; q. 11, P. 101; Q. 12, P. 104).

Dans les autres cas, il présente simplement sa manière de voir, la démontre et répond aux arguments. La même variété de méthode se retrouve dans son Commentaire sur les Sentences.

III. — Parmi les points obscurs sur lesquels on souhaiterait plus de lumière, écrit le cardinal Ehrle, le point suivant est des plus importants : «la determinatio magistralis était-elle précédée d’une disputatio en règle entre un répondant (respondens) et un objectant (opponens), ou bien le maître se contentait-il de répondre aux questions qui lui avaient été posées de vive voix ou par écrit 1?» |

La réponse n’est pas douteuse pour Henri de Gand. Nous lisons au début de son deuxième Quodlibet, ces mots : «In nostra generali

? EHRLE, Trivet, p. 45. Le livre de M. Glorieux a apporté beaucoup de lumière sur ce point (op. cit., p. 24-45).

disputatione hesterna proponebantur novemdecim quaestiones» (fol. xxvi1"). Ces questions avaient été posées par des étrangers : « Quaestio ista proposita erat, ut credo, propter determinationem habitam anno praecedente » (fol. xxx); « Propter quod ab initio mihi displicuit eam alio anno inchoare » (fol. xxxI") !.

Les faits que l’évêque d'Amiens nous rapporte au sujet de la querelle des Mendiants le prouvent également et de plus montrent que parfois certaines questions étaient refusées : « Fratres Praedicatores et Minores hoc anno istam quaestionem, licet eis facta fuerit, recipere noluerunt. »

Voyons donc ce que nous pouvons conclure des Quodlibets de Richard. Les mots mêmes des prologues sont déjà suggestifs : «In nostra disputatione de quolibet quaedam fuerunt quaesita...» (p. 1). «In nostra disputatione generali quaerebantur.… » (p. 31). « Et sic patent solutiones ad ea quae quaerebantur in nostra disputatione generali ».

LA RU question du Quodlibet I est introduite par cette expression : « arguebatur »; de même dans la 3€, à la réponse nous lisons : « Ad illud quod arguebatur 20 » (p. 7). Expressions qui reviennent de temps en temps au cours des Quodlibets, en particulier dans le Quodilibet II, q. 4: « Ad illud quod adducebant pro se » (p. 38). — « Ad illud etiam quod adducebant.….» (p. 39). — «Ad illud etiam quod arguebatur… alia ratio etiam quae fiebat postea » (p. 39).

Le tour de phrase est fréquemment très personnel; on a presque l'impression que les opposants sont présents, même à la determinatio.. En effet : «Et si forte dicis huic rationi. contra hanc responsionem dico. Et sic improbata est responsio illa quae data fuit...» —« Respondeo.… quod hoc non includit contradictionem sicut tu in argumento supponebas.….» (Quodl.I, q.2; p.4). — « Cum arguis..» (Quodl. I, q. 5; p. 9). — « Cum arguis in oppositum » (Quodl. I, q. 6; p. 11). — Si forte dicas. et forte dices… Contra istam responsionem arguitur sic. Unde tua responsio insufficiens est. Quod falsum supponis : supponis enim.. Cum enim dicis» (Quodl. I, q.8; p. 13,14). — « Cum tu arguis ultra... Nec mireris » (Quodl. I, q. 9; p. 15). — « Et cum fu dicis… et si arguis ultra. » (p. 26). — « Si autem vehs illud verbum extendere » (Quodl. II, q. 2; p. 35). — « Cum tu dicis (Ibid., q. 6; p. 43). — « Dicis enim.…. » (Jbid., q. 7; p.43.) — « Cum enim dicis» (Jbid., q.8; q. 9; p. 44). — « Si intelligas » (2 fois; Ibid., q. 11; p.46).— « Et si quaeras...» (Ibid). — «Ad aliam instantiam in qua dicebas…. » (édit. de Venise, l’autre édition a la lecture fautive : diebus).— « Et cum dicis..» (Zbid., q. 12; p. 48). — « Si forte dicas. vides ergo (2 fois)... cum tu dicis…. » (Zbid., q. 14; p. 52). — «Si autem dicis. si forte dicas… scis enim.…. » (Ibid., q. 16; p. 55, 56).—« Debes tamen scire » (bid., q. 17; p. 57). — «Cum dicis postea… scias, debere accipi.. » (Jbid., q. 20; p. 63). — « Cum enim dicis » (Ibid., q. 25, p. 73; q. 26, p.74; q. 31, p. 83). — « Si autem vocas… Cum dicis postea… Et cum arguis postea.. Unde sic debes inferre. » (Quodl. III, q. 1; p. 86). — « Et si dicas…. Si sic velles instare.… Cum ergo primo vis probare... Per quod intendis probare » (Jbid., q. 3; p. 89, go). — « Cum enim primo intendo probare….»

1 Voir, pour d’autres détails, ERHLE, Heinrich unn Gent, p.386; GLORIEUX.. Op. cit., P. 24-45.

(/bid., q. 4; p. 91). — « Cum enim dices» (Ibid., q. 12; p. 106.) — « Quod arguis in oppositum » (Jbid., q. 13; p. 108). — « Sicut tu affirmas. quod fu supponis… Dico tibi…. » (Ibid., q. 16; p. 113). — « Cum dicis postea… » (Ibid., q. 27; p. 125).

Parfois, le tour personnel se retrouve dans l’objection même, qui donne l’impression ou d’une reportatio de l’argument adverse, ou d’une objection écrite présentée par un adversaire. Tel, par exemple, dans le Quodhbet I, q. 4 : « Utrum.. in eodem instanti sit sub speciebus panis, in sacramento, substantia panis et corpus Christi. Videtur quod sic : quia aut in eodem instanti, aut in instanti alio et alio. Sed non in instanti alio et alio, ut probatur. Ergo in eodem instanti. Quod autem non in instanti alio et alio probo sic : Si enim in alio instanti ibi substantia panis et in alio instanti corpus Christi, signetur ultimum instans in quo est ibi substantia panis et vocetur A; et primum instans in quo est ibi corpus Christi et vocetur B. Tunc arguo...» Et dans la réponse nous lisons : « Ad illud quod primo arguebatur.. » (p. 7 et 8). La remarque est plus frappante, si on compare la forme impersonnelle du même argument dans le Commentaire (IV Sent., d. XI, a. 1, q. 4). — De même, q. 9 : « Videtur quod sic : quia si relatio non est idem realiter cum suo fundamento, aut est in aliquo sicut in subiecto aut non. Si autem dicas quod non est in aliquo sicut in subiecto.…. » Et dans la réponse, après la réfutation de la première partie de l’objection, nous lisons ces mots qui correspondent au «si autem dicas...»: « Et cum tu arguis ultra...» (p. 14 et 15).

Encore dans le Quodhbet II, q. 25: « Contra: Act. 10 scribitur, et est verbum Petri... » Suivent d’autres textes : « Ex hoc arguo sic.» Dans la réponse correspondante, on lit : « Cum enim dicis...» (p. 72, 73). Il en va de même dans la q. 30. Après une série de textes : « Ex hoc arguo » (p. 78).

Le Ouodl. IT, q. 4 est encore plus parlant. L'opinion combattue est celle de Henri de Gand. La 6€ objection est un résumé, comme nous l’avons prouvé, de la doctrine du Docteur Solennel :. Voici les termes mêmes de Richard :

« Item quamvis creaturae non habeant essentialem ordinem, quantum ad suum esse existentiae, hoc est : quia non oportet quod una crearetur mediante alia; (non enim dicimus quod intelligentiae emanaverint a Deo, ita quod una mediante alia, sed omnes immediate a Deo nec dicimus quod mundus corporalis emanaverit a Deo mediante aliqua intelligentia; sed ipse mundus corporalis immediate a Deo productus fuit), tamen, dicunt, quod creaturae quantum ad suum esse essentiae quemdam habent essentialem ordinem, secundum quem dicimus quod essentia unius speciei est in gradu altiori quam alia...» On pourrait cependant, à la rigueur, dire que les mots dicimus sont de Richard pour exprimer la foi commune. Cependant, comme dans sa question Henri insiste sur le fait qu’il faut rejeter toute émanation, l’autre interprétation reste plus probable. Toute cette question d’ailleurs est particulièrement vive et personnelle : « nec mireris de hoc... Unde tu debes scire. Nec debes mirari de hoc. Si ergo quaeras… Dico quod si loqueris.… Si enim vocas...» (p. 36-39).

1 Voir plus haut, p. 409.

Assurément, le tour personnel se retrouve parfois dans le Commentaire : « Ecce expresse habes...» (I Sent., d. XXXIX, a. 1,q.1; p.341). — « Si vocas » (/bid., a. 2, q. 1; p. 345). — « Per quem probas » (II Sent., d. XVII, a. 1,q.4; p.218). — « Si vocas inniti naturas » (Jbid.,a.1,q.3; p. 216). — « Si forte dicis » (IV Sent., d. XVIL, a. 2, q. 1; p. 247). — Cette constatation diminue un peu la valeur de mon argument ; mais, outre que la fréquence est bien moindre dans le Commentaire, de l’ensemble des faits rapportés, se dégagera, je crois, l’impression que les Ouodlibets se rapportent vraiment à une discussion réelle, avec des objectants présents.

On croit assez généralement que dans la dispute publique c'était un bachelier qui, sous la présidence du Maître, tenait le rôle de répondant. Le cardinal Ehrle montre que telle était la coutume à Paris, chez les Dominicains!. Felder croit qu’il en était ainsi chez les Mineurs. Les Quodlibets de Richard ne nous renseignent en aucune façon sur la personne du répondant, car les mots « bene concessum est » (p. 56), à plus forte raison « concessum est » (p.93), ne suffisent pas à faire une preuve. Le mot bene ne marque pas nécessairement une approbation dans le style de Richard, car nous trouvons une expression parallèle « bene concedo. »

IV. — Qui rédigea les Quodlibets tels que nous les possédons ? On sait que parfois les manuscrits ne nous ont conservé que des Reportata. Tel est le cas, par exemple, pour une recension des Quodlibets de Godefroid de Fontaines ?. Le KR. P. Destrez vient de montrer que probablement le douzième Quodlibet de saint Thomas est une reportatio, tandis que les autres ont été dictés par le saint docteur lui-même t.

Souvent le maître composait lui-même ou retouchait à loisir l'édition de ses œuvres. Telle semble bien avoir été la manière de Henri de Gand, qui rédigea ses Quodlhbets, semble-t-il, en ayant sous les yeux les écrits de ses antagonistes : le cardinal Ehrle a montré qu’il se livra à ce travail en même temps qu'il écrivait sa Somme *. Qu’en est-il de Richard ?

Les œuvres imprimées de Richard ne sont pas, manifestement, de simples notes prises par les élèves au courant de la determinatio. La déclaration finale me semble significative à cet égard : « Haec de praedicta quaestione dicta sunt et quae dicta sunt in omnibus aliis quaestionibus meis, si quae inveniuntur ibi dicta quae non sunt de communi opinione doctorum, intelligo et volo esse dicta sine assertione et illa esse dicta, ut sint occasio investigationis et subtilisationis intellectus. Et si in aliqua quaestionum mearum inveniretur aliquid corrigendum, vel obscurum, postquam mihi esset ostensum, paratus essem corrigenda corrigere et obscura explanare prout scirem et possem» (p. 126).

1 EHRLE, Trivet, p. 45-46.

* FELDER, p. 371, 539.

8 DE WuzF-PELZER, introduction, p. xv.

# DesTrez, Les disputes quodlibétiques de Saint Thomas (Extrait des Mélanges Thomistes), 1923, pp. 61-66.

Voir l’appendice vVi1, p. 455-459.

$ ERuLE, Heinrich von Gent, p. 399.

C’est la déclaration d’un homme qui dépose définitivement la plume et considère son ouvrage comme achevé.

Au contraire, les deux premiers Quodlibets finissent tout tranquillement, sans aucune déclaration.

Cela veut-il dire que la rédaction des trois quodlibeta a été faite en même temps? Pas nécessairement. Nous ne pouvons nous prononcer.

Un vrai travail de composition se révèle dans ces Quodhibets, soit qu'il ait été accompli au moment où le maître préparait sa determinatio, soit plus tard dans la rédaction définitive.

Et d’abord l’ordre est remarquable : les questions sont bien divisées, les opinions sont présentées méthodiquement avec leurs preuves. Ainsi, en particulier, la question 18° du II® Quodhbet (p. 58), et la question 23° ont l’allure de petits traités. On doit même constater que généralement les Quodlibets sont mieux ordonnés et plus développés que les passages parallèles du Commentaire des Sentences.

A plusieurs reprises, notre docteur juge bon d’entreprendre une discussion de texte, avec de longues citations où en recourant au contexte, par exemple : Quodl. I, q. 1, p. 2; Quodl. II, q. 19, p. 62. Ailleurs nous trouvons une accumulation d’autorités patristiques ou canoniques que la seule mémoire ne peut expliquer (voir Quodl. II, q. 30, p. 79; Ouodl. III, q. 1, p. 85; q. 2, p. 85; q. 10, p. 100; q. 16, p. 121). La fidélité avec laquelle il rapporte les opinions des autres ne suppose pas nécessairement que Richard ait eu leurs œuvres sous les yeux au moment de la rédaction : peut-être les arguments des adversaires avaient-ils été présentés par écrit, ou avaient-ils été notés par le tachygraphe : quoi qu'il en soit, ces différents faits semblent exclure une pure improvisation.

D'autre part,nous pouvons relever des traces d’improvisation. Ainsi dans le Quodlibet IT, q. 4 : « Sicut credo me declarasse in una de quaestionibus meis » (p. 37), et surtout dans le 1° Quodlbet, q.8, on a l’impression d’une vraie surprise : « Ad istam quaestionem videtur mihs ad praesens respondendum secundum quod mihi occurrit. » Ces traits nous inspirent confiance : ils excluent l’idée d’un remaniement considérable et d’une refonte totale.

Je serais donc porté à croire que le vrai travail de composition s’est accompli dans l'intervalle entre la disputatio et la determinatio,et que le texte que nous possédons, bien que légèrement retouché, peutêtre par l’auteur, a conservé assez fidèlement l’allure de la leçon orale. Rien ne nous oblige à croire que Richard ait consulté, au moment même de la rédaction, les œuvres de ses adversaires, comme ce semble avoir été le cas pour Henri et Godefroid 1, Les rapprochements les plus grands ne sont presque jamais littéraux.

Au contraire, il y a entre certaines questions débattues dans les Quodlibeta et les articles correspondants du Commentaire, des ressemblances verbales et des développements parallèles tels qu’il est impossible de penser que ces deux écrits ont été rédigés d’une façon indépendante. Nous avons vu plus haut qu’au moins le IVE livre des

? Voir plus haut, p. 431.

Sentences fut définitivement édité après les Quodlibets. L'auteur se sera donc servi de ses écrits antérieurs. Pour les trois premiers livres, la date est plus douteuse. Si l’on suppose l’antériorité du premier livre, il faudra reconnaître que, dans ce cas, Richard a consulté son ancien cours. Il est certain d’autre part que les Quodlibets, qui renvoient à plusieurs reprises aux Quaestiones disputatae :, et parfois aux questions précédentes des Quodlibets (ainsi le Quodl. II, q. 3, p. 36, renvoie à Quodl. I, q. 2), ne citent jamais le Commentaire des Sentences. Mais ce fait peut s’interpréter de différentes façons.

Relevons enfin que dans ces joutes universitaires les actualités ne manquaient pas. Nous en avons cité deux plus haut: la lutte des privilèges et les impôts. Si nous connaissions mieux l’histoire anecdotique de l’époque, sans doute, nous en pourrions signaler d’autres. Ainsi je soupçonne que la question « Utrum hceat viro relisioso cim vi repellere » (Quodl. II, q. 28) a été soulevée à l’occasion d’un fait particulier; de même la dernière question « Utrum laïci subditi dominis temporalibus teneantur solvere tallias de novo impositas », qui se place au début du règne de Philippe le Bel. — Remarquons enfin que les questions les plus longuement développées sont celles dont nous retrouvons le pendant chez les autres maîtres, ce qui indique encore l'intérêt d’actualité.

1 Voir plus haut, p. 28-29.

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