‹ Richard de Middleton, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 183 sur 228 · QUODLIBET I · texte numérisé non relu

QUODLIBET I

1. — La 1'€ question : « Dieu connaît-il les singuliers ? » se retrouve dans le Commentaire (1 Sent., d. XXXVI, a. 1, q. 1; p. 301), mais avec moins de développement. Le Quodlibet contient deux arguments qui font défaut dans le Commentaire, par contre dans le préambule de ce dernier, il v a un plus grand nombre d’autorités pro et contra. Nous constaterons fréquemment le même phénomène.

2. — La 2 question : « Dieu peut-il faire coexister un même corps localiter en plusieurs endroits simultanément ? » est aussi dans le Commentaire (IV Sent., d. X, a. 2, q. 1 et 2; p. 118). La disposition est différente : le dernier argument du Quodlibet est devenu le premier et le principal dans le Commentaire, qui contient aussi une raison nouvelle, la 32. Le livre sur les Sentences est mieux ordonné, la position plus ferme. Ni l’un ni l’autre ne font allusion aux arguments propres à Henri de Gand dans son IX° Quodlibet : tous deux invoquent l’autorité de Hugues de Saint-Victor, rejetée par le Docteur Solennel, sans faire allusion à cette réfutation. Ce qui inclinerait à les placer avant 1286, date que nous avons assignée au Quodlibet de Henri. Mais s’il fallait placer la rédaction du IVe livre du Commentaire des Sentences beaucoup plus tard, ce silence se comprendrait également. En tous cas, nous n'avons ici qu’un argument négatif.

3. — La 3° question : « Y a-t-il deux esse dans le Christ ? » (III Sent. d. VI, a. 2, q. 2; p. 61) est intéressante au point de vue de la christologie et touche à la question de la distinction réelle entre l’essence et l’existence.

La différence la plus notable entre les deux écrits est la suivante : les arguments 2, 3 et 4 de l’article 2° du Quodhbet ont pris place dans le «contra» du préambule des Sentences: ils sont même critiqués : et Richard montre que ces raisons des adversaires prouvent seulement qu'il y a dans le Christ deux esse existentiae. Or, c’est justement pour

établir cette conclusion que Richard les a amenés dans son Quodlibet. La position fondamentale n’a donc pas changé. Pour le reste, notons que le Quodhbet est plus développé, mais le Commentaire est mieux ordonné. — Que prouvent ces différences accidentelles ?

4. — La 4° question : « Utrum possit dici quod in eodem instanti sit sub spectebus… substantia panis et corpus Christi ? » traite ex professo de ce qui n’est qu’une réponse à la première objection dans le Commentaire (IV Sent., d. XI, a. 1, q. 4, ad. 1; p. 135); et, chose curieuse, les Sentences signalent trois opinions, tandis que le Quodlibet n’en mentionne que deux. Seulement, saint Thomas les avait déjà notées toutes trois (Summa, pars III, q. LXXV, a. 7).

5. — La 5° question : « Y a-t-il deux filiations dans le Christ ? » (III Sent., d. VIIL, a. 2, q. 2; p. 81) : bien que traitant différemment e PE question, ces passages ne manifestent aucun changement

idées.

6. — La 6€ question, au sujet de l’auréole du Christ, développe plus longuement les idées du Commentaire (IV Sent., d. XLIX, a. 5, q. 5; p. 688) : c’est toute la différence.

8. — La 82 question, sur la distinction entre l’essence et l’existence, a arrêté déjà longuement notre attention (II Sent., d. III, a. 1, q. 1; p- 49). Le Quodlibet semble marquer un progrès dans la pensée de Richard, car il explique plus complétement la différence qui existe entre l’essence et l’existence. À cet indice, qui porterait à juger le Quodlibet postérieur au Commentaire du II° livre des Sentences, on peut opposer des raisons en sens contraire : d’abord Richard a mieux ordonné celui-ci, puis il rejette plus fermement la seconde opinion, sur laquelle il n’osait se prononcer dans le Quodhbet : « Vel est idem re cum essentia cuius est esse vel cum aliqua parte essentiae cuius est esse.» Et surtout, comment expliquer le trouble de notre docteur dans le Quodlibet et sa modestie hésitante : « Videtur mihi ad praesens respondendum secundum quod mihi occurrit », s’il avait déjà traité la question à fond dans son Commentaire ?

12. — Dans la question 122, sur l’origine de l’âme (II Sent. d. XVIII, a. 2, q. 2; p.237), le Commentatre aligne un plus grand nombre de raisons pro et contra; maïs les arguments sont plus poussés dans le Quodlibet. Remarquons qu’il y a des correspondances verbales remarquables entre les deux ouvrages.

13. — Pour la question 13° (II Sent., d. XVII, a. 1, q. 3; p. 215), sur la forme du corps humain, mêmes remarques : les Sentences ont un plus grand nombre de raisons pour et contre; mais le Quodhbet a une raison qu’on ne retrouve pas dans le Commentaire, et les arguments sont plus développés. Ici encore il y a plusieurs phrases identiques.

17. — Dans la question 17€ (II Sent., d. XXV, a. 5, q. 2; p. 333), le Quodlibet est plus développé; les arguments sont donnés dans le même ordre : on a presque l’impression que les Sentences sont un résumé du Quodhbet,

21. — La question 21° se rapproche, pour les idées, du Commentaire (LU Sent., d. XLIIL, a. 1, q. 1; p. 519).

1 Voir plus haut, l’appendice 11, p. 397.

22. — Dernière question (II Sent., d. XXXV, a. 1, q. 1; p. 429). Les deux questions se suivent de très près, un peu plus dede dans le Quodhbet, mais mieux ordonnées dans les Sentences : on pourrait croire celles-ci un résumé remanié très légèrement.

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