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QUODLIBET III

1. — Question 17€ : « Utrum futura sint realiter praesentia aeternitati» (I Sent., d. XXXIX, a. r, q. 1; p. 344.)

Le Quodlibet a deux arguments en plus dans le « videtur quod non»; le Commentaire, par contre, en a trois en plus dans le « contra ». Seulement, ces mêmes arguments, le Quodlibet les amène dans la preuve même de la thèse, et l’autorité de saint Anselme est plus développée. Remarque curieuse : les arguments communs sont exprimés dans les mêmes termes, à peu de chose près. Mais surtout, la deuxième opinion exposée dans le Commentaire, qui est celle soutenue dans le Quodkbet, suit exactement le même développement, presque mot à mot, ce qui ne peut être l'effet du hasard : mêmes exemples, même excuse. Une première différence à noter est que dans le Commentaire l'opinion est introduite par « dicunt isti » que remplacent dans le Quodlhbet les mots : « dico ergo ». Mais cela tient à une différence plus profonde. Le Commentaire ne se prononce pas entre les deux doctrines : au contraire

? Voir plus haut, l’appendice 11, p. 414.

le Quodlibet prend position pour la deuxième opinion, tout en concédant, semble-t-il, une certaine probabilité à la première, puisque Richard déclare : « Qui non vult tenere istam opinionem.….. potest concedere » (Jbid., ad 8m).

2. — Question 2€: « Utrum actio peccati, in quantum actio, sit a Deo » (II Sent., d. XX XVII, a. 2, q. 1; p. 452). Le Quodubet examine la question plus à fond, mais le Commentaire expose et réfute l'opinion contraire.

3. — La question 3° se demande si Dieu est la cause unique de la conversion du pécheur (IV Sent., d. XV, a. 1, q. 7; p. 198; d. XVII, a. 4, q. 1; p. 260). Mêmes idées et mêmes exemples, mais mieux présentés dans le dernier ouvrage. La seule différence notable est à propos de la conversion de saint Paul. Le livre sur les Sentences se contente de donner les deux opinions en cours, tandis que le Quodkibet affirme que saint Paul a coopéré à sa conversion.

9. — La question 9€ : « Utrum species vini transsubstantiati in sanguinem Christi possint corrumpi per additionem vini», reprend encore une fois la théorie du principium pure possibile. Ici, une fois de plus, comme dans la question 12° du Quodhbet II, son application à la transsubstantiation est attribuée à d’autres : «ésti» (p. 98-99). Une différence est à souligner : déjà dans ce Quodhbet III, Richard semble adopter ce point de vue. Nous ne retrouvons plus cette déclaration : «nec approbo nec reprobo.» Au contraire, il termine son exposition des deux théories par ces mots : «Ex praedictis potest videri quid, sine praeiudicio et pertinaci assertione dict possit», et un peu plus bas : « Haec de praedicta.. opinione sic volo esse dicta, ut si quid sit ibi quod non sit de communi opinione magistrorum non accipiatur ut assertive dictum, sed ad excitandum intellectum ad investigationem. » Ce n’est pas une adhésion très franche, assurément ! N’aurait-on pas cependant ici un stade intermédiaire entre la pure abstention du Quodlibet IX et l’affirmation décidée du Commentaire ? On serait porté à le croire.

12. — La question 12°, sur les illusions diaboliques, se rapproche un peu du Commentaire (Il Sent., d. VIII, a. 2, q. 3; p. 109), mais le sujet est très différemment traité.

15. — La question 15° traite du caractère sacramentel (IV Sent. d. V,a.2,q.1; p. 62).

Le Quodhbet est plus développé et plus complet, mais les raisons pro et contra sont beaucoup plus nombreuses dans le Commentaire.

17. — Question 1732: « Utrum sacramentum paenitentiae respectu eorumdem peccatorum in numero habeat efficaciam, ex vi sacramenti, quotiescumque fuerit receptum a paenitente » (XV Sent., d. XVIII, 2. 2, q. 4; P. 275).

Aux deux endroits cités notre docteur se contente de rapporter les avis qui divisaient les théologiens et d’en examiner le bien fondé. Mais la disposition est différente : la première opinion du Quodhbet, qui affirme l’efficacité du sacrement, est devenue la seconde du Commentaire. Une partie des arguments a changé de place, comme si Richard ne leur attribuait plus la même valeur relative. En outre, le Commentatre sur les Sentences donne une raison de plus en faveur de la seconde opinion, et deux raisons nouvelles en faveur de la première.

Les auctonitates sont différentes : mais, le sujet est traité avec plus d’ampleur dans le Quodhbet.

19. — La question 19°: « Utrum retrahens aliquem ab ingressu religionis teneatur restituere vel pro ipso intrare », n’est qu’une application particulière de la doctrine générale exposée au IVe livre (IV Sent., d. XV, a. 5, q. 4; p. 219). Le même cas est d’ailleurs traité dans la réponse à la 89 objection (p. 221), mais sans indiquer qu'il a été l’objet d’un examen plus étendu : on pourrait peut-être en tirer une preuve ex silentio contre l’antériorité du Quodlibet. Mais d’autre part, ce dernier ne renvoie pas davantage à la théorie générale développée dans le Commentaire.

En outre, remarquons que le Quodlibet propose trois exemples destinés à illustrer et à confirmer sa solution, exemples qui se lisent dans le livre sur les Sentences; premier exemple : si je coupe une conduite d’eau qui passe par ma propriété, non pour nuire au prochain, mais parce qu’il m'est nécessaire de construire une tour, je ne suis pas tenu à payer des dommages et intérêts; il en est de même, et c'est le second exemple, si un clerc obtient par ses sollicitations un bénéfice que le collaborateur avait l’intention de donner à un autre (dans le Commentaire, ad 7"; p. 221); le troisième (/bid., ad 9"): « Si mulier habens maritum de quo non habet prolem, suscipit prolem ex adulterio, ad quod sequitur exhaeredatio fratris mariti»; dans le Commentaire, sans hésiter, Richard déclare : « Mulier illa non excusatur quin teneatur ad restitutionem. » Dans le Quodhibet, il est moins affrmatif : « Secundum qguosdam, quia secundum multos est dubium. »

26. — Question 26€ : « Un pécheur peut-il résister aux tentations graves ? » (II Sent., d. XXVIILI, a. 2, q. 2; p. 358).

Richard dans les deux endroits défend la thèse commune : « Non potest diu stare quin cadat.» Mais le Commentaire rappelle en outre une opinion contraire et la réfute : de plus, il contient un plus grand nombre de raisons pour et contre. Les deux instances du Quodlhbet se retrouvent dans le widetur quod (la 3° et la 4® raison). A la première, la réponse est la même dans les deux cas, mais à la seconde instance, Richard, dans le Quodlibet, propose deux solutions possibles, qu'il abandonne et auxquelles il substitue, dans le Commentaire des Sentences, une réponse unique, différente des précédentes.

27. — Question 27°, sur les tailles (II Sent., d. XLIV, a. 3, q. 1; p. 527).

La solution est la même et formulée dans les mêmes termes, sauf quelques mots omis dans le Commentaire. Cette similitude littérale dans un long développement ne peut s’expliquer par le hasard ou la seuie mémoire. Le Commentaire des Sentences propose quelques arguments pro et contra en plus; mais le Quodlibet se termine par une dissertation sur les cas où le roi peut imposer des taxes.

1. — La comparaison que nous venons de faire entre les Ouodlibets et le Commentaire montre que ces deux œuvres ne sont pas indépendantes. Les similitudes si nombreuses doivent nous faire supposer

que l’auteur en composant l’une avait l’autre à portée de la main, et l’a consultée parfois. Mais quel est l’ordre de priorité ?

1. — Les Quodlibets sont généralement plus développés que les questions correspondantes du Commentaire sur les Sentences; ils sont mieux ordonnés, sauf quelques exceptions que nous avons signalées. Cette constatation se vérifie, non seulement pour le quatrième livre, mais également pour le second et le troisième.

Généralement aussi, la position est plus ferme et plus affirmative dans les Quodlbets (voir Quodl. IT, q. 6, q. 7, q. 8, q. 29. — Quodl. III, q. 1,4. 3, q. 19); mais ici encore il y a des exceptions : ainsi le Commentaire tranche alors que le Ouodlbet I, q. 8 et le Quodhbet III, q. 2, hésitent. Cette différence peut tenir au genre différent des deux œuvres, autant qu’à une évolution de pensée. Tous ces indices sont donc incertains.

1. — Comme nous l’avons relevé plus haut :, la 8€ question du Ier Quodlibet nous inclinerait à croire que ce Ouodlibet est antérieur au Ile livre des Sentences; la 12° question du IIe Ozuodlibet * ainsi que la 9€ du III Quodlibet * donnent un excellent argument en faveur de l’antériorité des Quodlibets, au moins par rapport au IVE livre.

Mais cette conclusion se heurte à certaines difficultés. Comment se fait-il que le livre des Sentences, qui cite parfois les Quaestiones disputatae, ne renvoie pas aux Quodhbets, si ceux-ci avaient déjà vu le jour ? (en particulier à Quodl. II, q. 23; Quodi. III, q. 19). A cette objection on peut répondre que les Quodlibets, qui citent également les Quaestiones disputatae, ne mentionnent pas le Commentaire.

Nous avons constaté aussi quelques indices qui inclineraient à placer le premier livre du Commentaire des Sentences avant 1286, c’est à dire avant le terme du II® Quodlibet *.

Mëême le quatrième livre suggère quelques indices probables en faveur d’une date plus ancienne : son silence sur les arguments de Henri de Gand, n’invite-t-il pas à croire que le IV® livre fut lui-même composé avant 1287? Cependant ces raisons, purement négatives, doivent céder, à mon avis, à la preuve très solide que nous avons tirée du Quodl. II, q. 12, renforcée par l'examen du Quodl. III, q. 9*.

IV. — Au total, par le seul examen interne, il semble extrêmement probable que le IV® livre du Commentaire parut après les Quodhbets.

On pourrait croire que le premier livre leur est antérieur, bien que la chose reste douteuse.

On serait porté à admettre que le troisième livre fut édité en même temps que le quatrième. Nous lisons, en effet, à la fin de ce livre cette prière : « Eius clementiam ex cordis intimis invocemus, ut ipse, per gratiam suam velit animas nostras a lepra peccati curare et det

6 Voir plus haut, p. 437, 439.

mihi virtutem convenienter tractandi materiam quarti libri ad laudem eius.… 1,»

Quant au livre I, il semblerait plus probablement antérieur au Ier Quodiibet.

1 Le premier livre se termine ainsi : « Cuius redemptionis efficaciam et effectum nobis omnibus et specialiter mihi, tribuat Dominus.. ». Le second conclut par cette invocation : « Ad quam salutem, per oboedientiae perseverantiam, nos perducere dignetur et specialiter me, per D. N. J. C...».

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