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LES ERREURS D'OLIVI LES PROPOSITIONS CENSURÉES

Nous n'avons pas à examiner si les propositions condamnées ont été soutenues dans le sens condamnable. De nombreuses apologies ont été tentées. La principale est celle d’Ubertin de Casale, qui s’efforça de démontrer que toutes ces propositions étaient alors librement discutées dans les écoles, que plusieurs thèses condamnées n’avaient pas été défendues par Pierre Jean Olivi, et que d’ailleurs il avait soumis tous ses écrits à la correction du Saint-Siège !.

Notre but est plus modeste : nous avons recherché dans les œuvres de Richard ce que notre docteur pensait des différentes thèses proscrites, et comme le lecteur, qui aura la patience de nous suivre, le remarquera, nous n’avons trouvé dans Middleton aucune trace d’animosité personnelle contre Olivi, ni même d’attaque directe contre ses doctrines. Cette constatation confirme l’impression que nous laissent les écrits de Richard : notre docteur était éminemment un esprit pondéré et calme.

1. — Sur les 36 propositions censurées à Paris en 1283, les ennemis d'Olivi en retinrent principalement sept pour les proposer au concile de Vienne, auxquelles ils ajoutèrent une erreur tirée de ses Postilles sur les Évangiles relativement à la mort du Christ. Contrairement au récit de saint Jean, Jésus n’aurait pas été mort au moment où il reçut le coup de lance. Quoi qu’il en soit de la manière dont Olivi avança cette idée, elle fut condamnée par le concile de Vienne?. Richard ne s’occupe pas de cette question.

2. — Les adversaires d’Olivi l’accusèrent d'erreur sur la sainte

1 EHRIE, Vorgeschichte, t. Il, p. 389-406 ; cfr WADDING, Annales, t. V, an. 1283 et 1285. Sur Olivi, voir UEBERWEG, p. 458-459, 161%, — DE Wuzr, Histoire, 4° édit. 1924, p. 364-371. — B. JANSEN, S. J., Quaestiones in secundum librum Sententiarum, Quaracchi, 1922 et 1924.— ID., Petrus Joh. Olivi, dans Stimmen der Zat,t. XCVI, 1918, p. 105-108. — BELMOND, Deux penseurs franciscains, dans Études franciscaines, t. XXXV, 1923. p. 188-194.

? ERHLE, Vorgeschichte, t. Il, p. 367.

3 Mansi, t. XXV, p. 411. DENZINGER, Enchiridion, n. 480. — Voir HeFELE. LECLERCQ, Histoire des Conciles, Paris, 1915, t. VI, p. 666.

Trinité . Dans le document de 1283, la 3° erreur est ainsi formulée : « Divina essentia non potest esse essentia trium suppositorum, nisi habeat quodammodo et per quamdam aequivalentiam in se vim trium formarum seu trium essentiarum. Sed hoc non potest esse nisi sit pluribus modis in se posita et nisi sit ter, ut ita dicam, replicata et geminata. Concorditer : error circa fidem. Et male loquitur et periculose.. ?.» Et dans les propositions imposées à l'adhésion d’Olivi nous lisons : « Quod divina essentia est una in tribus suppositis, nullo modo replicata vel geminata, aut itero posita, aut plurificata », et la suivante : « Quod in divinis non est ponere essentiam producentem et productam. Et contrarium est error *.» Quel que soit le sens que Jean Pierre ait pu donner à ces mots ‘, il est manifeste que la proposition, telle qu’elle était soumise à l’examen de Richard, était malsonnante. Dans son Commentaire (1 Sent., d. V, q. 1 et 2; p. 67-68), notre docteur, combattant directement l’hérésie de Joachim de Flore, rejette les expressions «essentia generat », « essentia generatur », et dans la distinction IL, a. 2, q. 1, ad 1%; p. 34, c. 2, il montre que l'essence divine n’est pas multipliée, mais je ne trouve aucune allusion à Olivi.

3. — Sur le mariage, les censeurs avaient condamné la proposition suivante : « Quod sacramentum matrimonii non videtur dici univoce sacramentum cum aliis sacramentis gratiae… Non ergo videtur habere aliam rationem sacramenti, quam serpens aeneus, vel tabernaculum seu arca Moysis et consimilia.. Subditur autem loco correctionis a latere articulu; magistralis.. Cum matrimonium sit sacramentum novae legis et conferat gratiam, affirmare contrarium est erroneum, sustinere haereticum, dubitare illicitum 5.» Que Pierre Olivi puisse être excusé par l’autorité d’anciens canonistes ‘, c’est possible; il est vrai aussi que la question n’avait pas encore été expressément définie ? : mais on ne niera pas que les censeurs voyaient juste et défendaient la vérité. Cette doctrine de foi, Richard la défend résolument (IV Sent., d. XX VI, a. 2, 4. 3; P. 405, et a. 4, q. 2; p. 408), mais on chercherait en vain une allusion directe à Olivi.

4. — Sur le baptême des enfants, la censure des maîtres parisiens note la proposition suivante : « Quod virtutes non dentur parvulis in baptismo *. » Cette question controversée entre les anciens scolastiques, fut tranchée par le concile de Vienne : « Opinionem secundam, quae dicit, tam parvulis quam adultis conferri in baptismo informantem gratiam et virtutes, tanquam probabiliorem.. sacro approbante concilio duximus eligendam *.» Comme le remarque Hefele : «Ïl suffit de lire ce décret pour se convaincre qu'il n’entame en rien l’enseignement

1 EHRLE, Vorgeschichte, II, p. 367.

2 DUPLESSIS D'ARGENTRÉ, Collectio iudiciorum, Paris, 1728, t. 1, p. 226.

3 Jbid., p. 230.

4 WADDING, Annales, loc. cit. — EHRLE, Vorgeschichte, 1], p. 392.

5 D'ARGENTRÉ, loc. cit., p. 228, 230. — EHRLE, Vorgeschichte, II, 368.

* EHRLE, Vorgeschichte, II, p. 389.

? Saint Thomas se prononce encore avec réserve sur la grâce conférée par le mariage (Suppl. q. XLII, a. 3).

8 D'ARGENTRÉ, op. cit., p. 231. — EHRLE, Vorgeschichte, IT, p. 369.

9 Maxsi, t. XXV, c. 411. DENZINGER, n. 483.

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d’Olivi, qu’il ne condamne nulle part et ne contredit pas :». Nous ne savons pas quelle note la censure imprimait à la proposition d’Olivi, mais nous savons que ses ennemis au concile de Vienne la proposaient comme «werifatem catholicam in dubium revocando *», ce qui était excessif. Dans son Commentaire Richard n’examine pas la question.

5. — L'âme forme * du corps : « Pars animae intellectiva non unitur corpori ut forma, quamvis uniatur ei substantialiter… Et ad hoc dictum subditur magistralis sententia a latere : communiter, error periculosus notabiliter.» À cette erreur les censeurs opposent la proposition contraire : « Quod anima rationalis est per se et essentialiter forma corporis humani. Nec tamen propter hoc sequitur, quod non sit libera, vel quod sit extensa vel mortalis; vel quod det corpori esse immortale, et contrarium est error.» Et dans sa défense, Olivi ajoute : « Quod anima intellectualis non informet corpus sed tantum per sensitivam... Videtur enim mihi quod ibi sit periculum destructionis suae immortalitatis, et suae libertatis et suae intellectualitatis et caeterorum inconvenientium... Fateor tamen quod si anima esset una natura et simplex in qua consisterent potentiae, quasi rami orientes a radice sua, sicut quidam magni sentiunt, oporteret, ut credo, necessario teneri, quod anima secundum totam suam essentiam informaret corpus ‘. »

Ces assertions étaient assurément graves. Richard à plusieurs endroits traite la question (II Sent., d. XVII, a. 1, q. 3; p. 215. — Quodl. I, q. 13; p. 19. — Quaest. disput., q. 38). Il semblerait que sur ce point Richard combat Olivi. Ce qui me le fait croire, c’est l’insistance avec laquelle il affirme que c’est bien l’âme rationnelle, l’âme intellectuelle qui est la forme du corps. Ce qui est encore bien plus suggestif, si l’on compare ces questions avec celles traitées par saint Bonaventure,

ui n’appuie en aucune façon sur cette vérité et la suppose admise. D notre docteur dans son Quodlibet : « Ergo forma per quam homo reponitur in specie est anima rationalis; animam rationalem autem vocamus animam intellectivam : anima ergo intellectiva est corporis humani substantialis forma, ita quod est forma per quam homo reponitur in hominis specie.. Et constat quod non est eius materia, neque forma incompleta : restat ergo quod anima intellectiva sit ipsius hominis forma, per quam reponitur in specie. Ergo oportet ponere quod sit primus actus corporis physici organici. Et ex his auctoritatibus patet quod anima intellectiva est humani corporis forma » (p. 19). Et il répond à l’objection : « Cum enim dicis quod forma incorporea non potest esse corporis forma. Solvo per interemptiones… ; forma enim incorporea bene est corporis forma, ita quod sit in qualibet parte corporis tota, sic intellectiva est humani corporis »

1 HEFELE-LECLERCQ, op. cit., p. 670.

3 EHRLE, Vorgeschichte, II, p. 369. .

5 B. JANSEN, S. J., Eine Lehre Olivis über das Verhältmis von Leib und Seele, dars Franziskanische Studien, t. V, 1918, p. 153-175, 233-258. — Ip., Die Unsterblichkeitsbeweise bei Oliui, ibid., t. IX, 1922, p. 49-69.

4 D'ARGENTRÉ, op. cif., p. 228, 230, 232.

au à part cette insistance, rien qui fasse penser directement à livi ?,

Les ennemis d’Olivi ont transformé cette erreur philosophique en erreur christologique : « Ex quo posset inferri quod Christus, qui veraciter nostram humanitatem assumpsit, non fuit in quantum homo ex anima rationali et humana carne compositus et subsistens, sicut fides docet catholica *.» Il ne semble pas que les censeurs parisiens aient envisagé la question sous cet aspect théologique. Mais c’est à ce point de vue que se mit le concile de Vienne lorsqu'il a condamné l'erreur d’Olivi ?.

6. — Le caractère sacramentel aussi fut mal expliqué par Olivi ‘. La censure de 1283 lui reproche d’avoir soutenu : « Quod character non plus ponat in anima quam dedicatio ecclesiae 5 ». Nous ignorons comment les juges avaient apprécié cette formule. Richard examine longuement la question du caractère (IV Sent., d. V, a. 2, q. 1; p. 62); après avoir rapporté l'opinion : « Dicunt quidam quod character non est aliquid absolutum in anima sed solum relatio ordinis ad aliquam sacram passionem vel actionem », il conclut : « Quia praedictae rationes [contra hanc positionem] probabiles sunt, et Damaso et Dionysio earum conclusio concordare videtur.… et etiam communi opinioni doctorum in theologia, ideo concedo quod character non importat solam relationem sed aliquid absolutum super quod fundantur relationes.» Ce n’est pas une affirmation assurément très enthousiaste !

Et ad 4m: «Si inter consecrationem ecclesiae et consecrationem hominis per baptismum sit aliqualis similitudo quantum ad ea quae geruntur exterius : similitudo tamen est multiplex et magna quantum ad ea quae fiunt in anima suscipientis sacramentum interius » (Ibid. p. 63). Il est vrai que, dans un écrit antérieur (Quod!. III, q. 15), il est beaucoup plus affirmatif : « Ad istam quaestionem dicunt quod character est relatio tantum qua ordinatur anima ad hoc ut sit templum Dei, sicut consecratio ecclesiae non est aliud quam quaedam ordinatio ad hoc ut sit templuum Dei » (Quodl. III, q. 15; p. 109). Ÿ a-t-il ici une allusion directe à Olivi? Qui le dira? En tout cas, c’est bien sa doctrine ou du moins la doctrine censurée quatre ans plus tôt.

Voici maintenant son jugement : « Quia tamen contra opinionem est communis doctorum opinio, contra eam videtur esse auctoritas Damasi… et etiam auctoritas Dionysii. ideo illam opinionem non teneo,‘sed dico quod character dicit aliquid absolutum in anima. Est enim qualitas in anima supernaturaliter creata a Deo » (Jb1d., p. 109). C’est assurément un langage bien modéré.

1 Je ne comprends pas que M. DE WuLr ne souligne pas la différence qui existe entre la doctrine de Richard et celle de Pierre Jean Olivi (Histoire, 4° édit., p. 368).

? EHRLE, Vorgeschichte, 11, p. 369.

3 Mans, t. XXV, p. 410. — DENZINGER, n. 480. — B. JANSEN, S. J., Ouomodo spectat definitio concilit Viennensis de anima, dans Gregorianum, t. ], 1920, p. 78-90.

* EBRLE, Vorgeschichte, II, p. 369.

$ D'ARGENTRÉ, Collectio iudiciorum,t. 1, p. 231.

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7. — Les deux dernières erreurs touchaient à la pauvreté. Nous n'avons rien trouvé qui se rapporte à la matière dans Richard.

Outre ces erreurs, jugées plus compromettantes, puisqu'on les poursuivit jusqu’au concile de Vienne, il reste 29 autres propositions -censurées de moindre importance. Quelques-unes regardent la pure philosophie. D’autres semblaient porter atteinte à des doctrines chères à l'Ordre, comme ayant été professées par saint Bonaventure : telles les propositions qui paraissaient mettre en danger la théorie des «rationes seminales ». Je crois que c’est la raison qui les fit noter : « Post hoc ponitur aliud dictum meum quo nego essentias formarum educendarum esse in materia, sic tamen quod nec propter hoc debent dici creari aut fieri ex nihilo :»; et la proposition suivante : « Quod non est ponere rationes seminales in materia quae proficiant in actum -completum »; et la troisième : « Quod forma non generetur de aliquo sed de nihilo producatur ab agente creato »,et Olivi ajoute : « Hic articulus non differt a primo, id est proxime praecedente, sed ut viderentur plures, malevoli de uno fecerunt plures ?. »

Une lettre de Peckham peut nous aider à comprendre la mentalité des juges d’Olivi et leur sévérité. Parlant de saint Thomas et de son école, il dit: « Quae sit ergo solidior et sanior doctrina vel filiorum S. Francisci, sanctae memoriae fratris Alexandri ac fratris Bonaventurae,… vel illa novella, quasi tota contraria, quae quidquid docet Augustinus de regulis aeternis et luce incommutabili, de potentiis animae, de rationibus seminalibus inditis materiae et consimilibus innumeris, destruat pro viribus et enervat *.»

Richard abandonne saint Bonaventure ‘ sur la question des raisons séminales, et il aurait pu concéder la seconde des trois propositions d’Olivi; mais il n’admet ni la première, ni la troisième : de plus, par respect pour saint Augustin, il garde le mot : « Respondeo quod ratio seminalis potest accipi proprie et communiter. Primo modo est quaedam activa vis in semine connaturalis eidem, per quam materia seminis determinatam respicit speciem et transmutatur naturaliter et per se ad formam quae reponitur in illa specie. Si autem accipiatur communiter, sic potest dici non tantum de vi praedicta sed etiam de principio pure possibili, transmutabili in formam educibilem per naturam de potentia materiae et sic materia unius elementi est ratio seminalis ad formam alterius elementi; et in elementis ad ea quae naturaliter generantur ex elementis » (II Sent., d. XVIII, a. 1, q. 2; p. 235, c. 2).

Notre docteur n’admet pas en effet que Dieu ait au moment de la création déposé dans les éléments comme la semence des formes futures : «In materia unius elementi non est potentia activa sibi naturaliter coaptata ad formam alterius elementi, sicut quod dicimus quod in grano est potentia activa coaptata ad formam talis plantae… » (II Sent., d. XIV, a. 3, q. 3; p. 178). Les formes futures ne sont dans

1 D'ARGENTRÉ, op. cit., p. 228.

3 MARTIN, Registrum epistularum Ÿ. Peckham, t. XII, p. 901.

4 BONAVENTURA, II Sent., d. XVIII, a. 1, q. 2; voir le commentaire des ‘éditeurs de Quaracchi, p. 443.

les éléments que potentiellement : «in materia est tota forma secundum pure esse potentiale. » Aussi, il répond à l’argument tiré de l’autorité de saint Augustin : « Augustinus vocavit ibi semen, non vim activam, sed quoddam principium pure possibile fundamento transmutationis naturalis concreatum, transmutabile per naturam in omnem formam, hoc est in omnem formam educibilem de potentia materiae (Zbid., ad 1). Il a traité au long la question de l’ « eductio formarum ex potentia materiae » dans ses Quaestiones disputatae, q. 17.

C'est, je pense, pour sauvegarder une autre doctrine chère aux augustiniens *, la théorie de l’illumination divine, que fut condamnée comme fausse et périlleuse la proposition suivante : « Cum etiam divina voluntas non pendeat a nobis, ne sit in potestate nostra, si actio intelligendi non potest in nobis esse infallibilis sine operatione a sua sola voluntate dependenti, sicut est actio repraesentationis idearum et sicut est actio irradiationis, tunc actio intelligendi non erit in potestate nostra et per consequens nec actio volendi ?. » En effet d’après l’explication qu'en donne Olivi, il s’agit bien ici de l’illumination. Richard a développé sa défense, très modérée, de l’illuminisme dans ses Quaestiones disputatae, q. 13°.

Quelques-unes des autres thèses me semblent graviter autour des erreurs principales citées plus haut.Par exemple, « Quod ad deletionem culpae non exigatur gratia informans * » semble connexe avec l’erreur sur le baptême des enfants. Il en va de même des deux suivantes : « Quod virtutes potentiis animae nullum habitum superaddunt » et: « Quod gratia nihil ponat in anima absolute 5. » Richard ne parle nulle part ex professo de ces énonciations : mais les vérités contraires sont toujours au moins supposées : pour lui la grâce est incompatible avec la coulpe et « homo sine gratia gratum faciente non potest per liberum arbitrium resurgere a peccato quia resurgere a peccato est ad ea restitui quae homo amiserat per peccatum » (II Sent., d. XXVIII, a. 2, q. 1; p. 358). | : |

Pour les vertus, Richard discute longuement en quelles puissances elles ont leur siège : il suppose donc la question préliminaire résolue (Quodl. II, q. 20; p. 62, et III Sent., d. XXXIII, a. 1, q. 1; p. 370). Que la grâce soit quelque chose d’absolu, il en parle indirectement dans le Commentaire (II Sent., d. XXVI, à. 1, q. 1 et 2; p. 339-342). Les propositions : «In augmento gratiae anima substantialiter non augmentatur » et: «Gloria non est in augmentum animae essentiale »,

1 M. GRABMANN, Zur Erkenntnislehre der älteren Franziskanerschule, dans Franziskanische Studien, t. IV, 1917, 9. 105-126.

3 D'ARGENTRÉ, op. cit., p. 227. Dans les propositions à souscrire nous lisons : « Quamwvis velle nostrum dependeat ab aliqua actione voluntatis divinae, est tamen nihilominus in potestate nostra » (p. 230) : ceci pourrait faire croire que c’est la responsabilité humaine que les censeurs ont voulu sauvegarder. Mais Olivi ne fait pas le rapprochement entre cette proposition imposée et celle condamnée : le document ne nous permet pas de conclure. — Voir aussi B. JANSEN, S. J., Die Erkenntnisiehre Olivis, Berlin, 1921.

3 Voir De humanae cognitionis ratione, p. 221-248.

* D'ARGENTRÉ, Collectio tudiciorum, t.1, p. 231.

5 Jbid.

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sont équivalemment affirmées par Richard, lorsqu'il démontre que la grâce est un accident (II Sent., d. XXVI, a. 1, q. 2, P. 341), et dans la question où il montre les rapports entre la grâce et la gloire (II Sent., d. XXIX, a. 1, q. 2; p. 363; Quaest. disp., q. 32).

Pour les autres thèses théologiques dns en 1283, nous retrouvons la doctrine opposée dans Richard, mais sans allusion apparente aux témérités d’Olivi. Les censeurs avaient imposé la thèse suivante : « Quod idea dicit essentiam divinam ut imitabilem a creatura, non est contrarium fidei nec etiam rationi sed est potius communis opinio et secundum sanctos !.» Olivi avait en effet traité d’opposée à la foi la proposition : « Quidam volunt quod exemplar significet divinam essentiam prout est diversimode participabilis et imitabilis a diversis creaturis ita quod una ratio imitabilitatis unam dicat ideam et alia aliam ?. »

Richard traite cette question dans son Commentaire (I Sent. d. XXXVI, a. 2, q. 2; p. 312), avec grande modération, proposant les deux thèses opposées comme probables. D'ailleurs, ce que les censeurs semblent avoir réprouvé c’est la témérité d’Olivi taxant de contraire à la foi une opinion assez communément reçue.

Encore sur les idées en Dieu, les censeurs imposëérent cette doctrine : « Ideae in Deo realiter non differunt ?. » On reprochait en effet à Olivi d’avoir soutenu : « Quod in Deo sunt ideae essentialiter aut realiter differentes ‘. » Richard défend la thèse orthodoxe (I Sent., d. XX XVI, a. 2, q. 3; P. 314).

Le gouvernement divin et la conservation des êtres avaient, disait-on, été mal expliqués par Olivi : « Quod Deus continue res creat ita quod earum conservatio est continua earum creatio ‘. » On avait opposé la thèse traditionnelle : « Quod conservatio vel gubernatio rei non est secunda creatio, vel iterata factio ipsius. Et contrarium est manifeste falsum * », thèse défendue par Richard (II Sent., d. I, a. 1, q. 1, 3 et 4; p. 5, 6-8).

On sait que l’école franciscaine fut toujours très opposée à la distinction réelle entre l’essence et l’existence. Cependant, elle rejetait cette formule compromettante, qui aurait semblé égaler la créature au Créateur : « Nec ista praedicatio est recipienda, essentia creaturae est suum esse,» On comprend que les juges d’Olivi aient protesté contre un énoncé comme celui-ci : « Quaelibet creatura est suum esse, quia in creatura non differt essentia et esse ’.» Richard a plusieurs fois abordé la question de la distinction de l’essence et de l'existence (I Sent., d. III, a. 1, q. 1; p. 49 et Quodl. I, q. 8; p. 12)°. Dans ses ouvrages notre docteur a bien soin de marquer que, bien que l’essence et l’existence soient identiques, cependant «ideo haec praedicatio

1 D'ARGENTRÉ, op. cit., P. 230.

3 Jbid., p. 229.

3 Ibid., p. 231.

# Ibid., p. 232.

5 Jbid., p. 232.

Ibid., p. 231.

? Ibid, p. 232.

8 Voir plus haut, p. 397.

non recipitur : esse creaturae est ipsa essentia »; bien plus, dans son Quodlhibet, il a tout un article, le quatrième, pour prouver que «nec tamen haec praedicatio est accipienda : essentia creaturae est suum esse » (p. 13). Cette insistance est-elle une réfutation d’Olivi ? ou bien simplement une précaution prise contre les tenants de la distinction réelle ? Nous ne pouvons pas le déterminer.

Une autre proposition censurée portait : « Quod quantitas et forma substantialis et accidentalis sint idem per essentiam : quia quantitas non differt per essentiam a re quanta!.» Sur la quantité, Richard s’est expliqué plusieurs fois ? et principalement contre Gilles de Rome (Quodl. IX,. q. 14; p. 50).

Ohvi se plaignit qu’on lui avait attribué une phrase absolument saugrenue : « Quod locus nihil aliud est quam forma corporis ambientis… Quod ubi nihil aliud est quam locus. Hoc dictum est asininum *. » h. La question des limbes avait aussi été une pierre d’achoppement pour Olivi, trop fidèle cette fois à saint Augustin : « Quod pueri paena sensibili puniuntur in limbo. De hoc in scholis nihil unquam asserui nec scripsi. Dixi tamen aliquando opinionem hanc discutiendam esse et non statim haereticam proclamandam, pro eo quod Augustinus in pluribus locis vocetenus hoc magis dicere videtur.» Si Pierre n’a pas dit autre chose, on ne peut lui donner tort; mais il semble bien avoir incliné vers la thèse d’Augustin, puisqu'il ajoute qu’après l'envoi de la censure parisienne en Provence, « quia tamen.. quidam hoc esse haereticum firmiter proclamabant.…, per modum denuntiationis significavi quid periculi posset videri in negatione huius dicti * ». Richard a exposé la doctrine commune sur les limbes (IL Sent. d. XXXIIL, a. 3, q. 1; p. 414); et quant à l'autorité de saint Augustin, il l’explique par l’ardeur de la controverse pélagienne.

Enfin dans la liste des propositions censurées, nous en trouvons quelques-unes qui ne sont que des thèses thomistes. On peut excuser les censeurs parisiens par le fait que la doctrine thomiste était suspecte à l’Université et très combattue ; et en particulier que l’Ordre franciscain s'était distingué dans la défense de la tradition augustinienne contre les innovations de saint Thomas; qu’on se rappelle la fougue d’un Peckham et l’ardeur de Guillaume de la Mare ! Mais ici nous relevons un phénomène curieux : certaines des propositions thomistes condamnées par la censure de 1283 ont été adoptées par Richard. Faut-il croire que déjà en cette année le jeune bachelier avait fait ses réserves ? C’est possible, car Olivi note d’une façon générale que certaines propositions ont été condamnées à l’unanimité, d’autres seulement à la majorité : «quorum quaedam, sive ab omnibus concorditer, sive a maiore parte vestrum 5.» Notre texte étant incomplet nous ne savons pas si cette remarque se vérifie pour les thèses dont nous allons parler. Peut-être aussi, poursuivant ses réflexions et ses études, le jeune maître changea-t-il d’avis.

1 D'ARGENTRÉ, Collectio iudiciorumn, t. 1, p. 232. ? Voir plus haut, p. 175.

? D'ARGENTRÉ, op. cit., D. 232.

* D'ARGENTRÉ, Op. cit., P. 232.

5 Jbid., p. 227.

LES ERREURS D'OLIVI 451

« Omne ens a se, necessario est summe simplex, quia non potest esse ex partibus compositum nec alteri compossibile. et subditur a latere : instanhia de anima rationali . »

Tout le monde reconnaît le grand principe de saint Thomas. Mais l’école franciscaine tenait vivement à la thèse de la multiplicité des formes incomplètes dans le composé humain. Qu'on se souvienne des condamnations portées par Peckham. A Richard aussi cette thèse était chère : il s’en est expliqué à plusieurs reprises (Quaest. disput., q. 39 et II Sent., d. XVII, a. 1, q. 5; p. 218 et Quaestio de gradibus formarum); de plus, il tenait à la non-composition réelle de l’essence et de l'existence, que ce principe pouvait mettre en péril. Aussi, parlant de la simplicité de Dieu, à l’objection tirée de la simplicité de l'âme, Richard, après avoir répondu, ajoute : « Utrum autem esse realiter differat ab essentia secundum aliquod absolutum, vel non, hoc inferius declarabitur et si inveniatur quod non dicit rem absolutam ultra essentiam cuius est esse, tunc planum est quod per nullam potentiam posset esse creaturae separari ab essentia creata» (I Sent., d. VIII, a. 3, q. 2, ad 4; p. 89), ce qui ne porterait aucun préjudice à la simplicité divine *.

La prescience divine,ou plus exactement le mode selon lequel Dieu connaît ce qui n'existe pas encore, était vivement disputé dans les écoles. Olivi avait dit :

« Quidam... moti fuerunt ad dicendum quod Deus non videt res futuras per aliquam praesentiam sui aspectus ad illas; sed solum per rationes ideales repraesentantes futura : unde et volunt quod Dei aeternitas non attingit praesentialiter omnia tempora et temporalia in ipsis suis naturis, quandiu non sunt in seipsis, nisi solum pro tanto quia rationes causales et ideales omnium temporum et temporalium sunt Deo praesentes ab aeterno. Hoc autem, meo iudicio, est simpliciter haereticum et contra omnium opinionem magistrorum... Et subditur a latere, loco correctionis : Hic voluerunt quod fieret crux. Quid significet ista crucifixio, nescio : nisi quod in littera sigillata est quidam articulus contra hoc dictum e directo cotatus qui talis est: Dicere quod res quae non sunt, sint praesentes Deo in sua propria natura vel existentia, et aliter quam per ideam, vel per suam causam est falsum. Et dicere quod hoc sit haereticum, erroneum est *. »

Assurément, dire qu’une proposition librement discutée dans l’école est hérétique, c’est un peu vif et d’autant plus que cette proposition imposée par les censeurs semble être l'opinion de saint Bonaventure «. Chose curieuse, l’opinion, rejetée comme fausse par les censeurs, semble bien celle que préfère Richard (I Sent., d. XXXIX, a. 1,q.1; p. 344 et Quodl. III, q. 1):

« Ad istam quaestionem, dit-il, dans son Commentaire, dicunt aliqui quod futura non sunt realiter praesentia aeternitati sed ideae ipsorum

1 D’ARGENTRÉ, op. cit., p. 228.

3? Sur cette question voir aussi Quaest. disp., q. 1.

3 D'ARGENTRÉ, op. cit., p. 229; la proposition positive, p. 230.

4 BONAVENTURE, I Sent., d. XXXIX, a. 2, q. 3. — Les éditeurs de Quaracchi s'efforcent de montrer que sur ce point saint Bonaventure s’accorde avec saint Thomas : leurs raisons ne semblent pas démonstratives.

quae sunt realiter idem quod ipse Deus, per quas ideas ita perspicue Deus cognoscit futura, ac si essent ibi realiter praesentia.» Après avoir signalé les difficultés de cette position, il ajoute : « Ideo isti moti praedictis auctoritatibus et ratione… dicunt futura realiter esse praesentia aeternitati quia praesens aeternitatis est simplicissimum et immensum et ideo coexistit nostro praesenti.. etc. ! Qui volunt sustinere hanc opinionem secundam, possunt respondere ad argumenta quae sunt contra eam » (p. 344-345).

Et c’est la position qu’il défend dans le Quodlibet (p.84). On s'étonne, après cela, que les éditeurs de Quaracchi croient qu'Olivi attaquait la position de saint Thomas.

« Quod Deus non potest facere materiam sine forma *» est une thèse thomiste bien caractérisée *. On la reprocha à Olivi, mais nous ne savons pas quelle qualification on lui appliqua. Richard était un adversaire convaincu de cette position, qu’il combat (II Sent., d. XII, A. 1, q. 4; P. 146), mais sans aigreur, et rien ne montre qu’il ait en yue spécialement Olivi.

Enfin une proposition touchait à la vision béatifique : « Quod Deus in patria non videatur per aliquam similitudinem impressam sed per essentiam.» Voilà le reproche dont Pierre se défend : « Quod Deus per essentiam suam videatur sic quod essentia Dei sit nostro intellectui quasi-forma, seu ratio intelligendi immediata, seu quasi formale principium actus videndi, prout Thomas dicere videtur, pluries in scolis determinavi esse haereticum aut saltem in fide periculosum. Quod autem Deus per similitudinem non videatur, nunquam dixi, nunquam scripsi ‘. » Richard est beaucoup plus modéré : il rapporte quatre opinions, dont la dernière est celle de saint Thomas : et tout en admettant la probabilité de la seconde : « Quod intellectus animae Christi per aliquam speciem creatam et per ipsius Verbi praesentiam simul videt ipsum Verbum ita quod ipsa visio causatur ab intellectu… per illam speciem inchoative et incomplete, sed ab ipso Verbo sub ratione qua obiectum est, causatur completive. », il déclare de la quatrième : «Qui vult quartam opiniongm tenere quae satis intelligibilis et probabilis aliquibus videtur, potest dicere...» (III Senr., d. XIV, a. 1, q. 3; p.131). Il donne le même choix ailleurs (IV Sent., d. XLIX, a 3.q. 1; p.665). Mais dans sa Quaestio disputata, q. 33, il posait en thèse la seconde opinion : « Quod ad praedictam visionem requiritur species informans intellectum angelicum. Quod praedicta species non sufficit sed cum ea requiritur divina essentia sub ratione obiecti movens intellectum angeli beati immediate per se ipsam ‘. »

De cette longue comparaison nous pouvons conclure que Richard se montre beaucoup plus modéré qu’Olivi lui-même, qui déclare facilement hérétique l’opinion qu'il n’admet pas. Bien plus, notre docteur fait preuve d’une grande largeur de vue et semble tout le

1 C’est la thèse de saint Thomas (Summa, pars I, q. XIV, a. 13).

# D'ARGENTRÉ, Collectio iudiciorum, t. 1, p. 232.

3 Summa, pars. I, q. LXVI, a. 1.

4 D'ARGENTRÉ, OP. cit., P. 232.

$ Voir mon article dans les Recherches de science religieuse, 1916, p. 510.

LES ERREURS D'OLIVI 453

contraire d’un partisan ou d’un fanatique. Il est bien remarquable que, dans ses œuvres, on ne puisse relever une trace d’aigreur ou d’animosité personnelle, ou même une attaque directe contre Olivi. Ceci ne préjuge pas l'attitude qu’il a pu prendre dans la question de la pauvreté; mais nous avons tout lieu de croire que les notes sévères de la censure ne sont pas de son inspiration.

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