HENRI DE GAND GILLES DE LESSINES ET GILLES DE ROME
Ayant été amené à comparer entre eux les écrits de Henri de Gand, de Gilles de Lessines et de Gilles de Rome sur la question, si passionnément débattue au xi11® siècle, de la pluralité des formes substantielles, il nous à paru que les conclusions que cette étude suggère n'étaient pas dénuées de tout intérêt.
Dans un remarquable article sur la biographie de Henri de Gand, le cardinal Ehrle établissait jadis comme date probable du quatrième Quodlibet, l’année 1279 :.
De son côté, le R. P. Mandonnet ?, dans sa magistrale étude sur la carrière scolaire de Gilles de Rome, par une heureuse conjecture qui rallia tous les suffrages, plaça le De gradu formarum en l’année 1277. Mais cette date,en faveur de laquelle le R. P. n’apporte pas de preuves directes, ne pourrait-elle pas soulever quelques difficultés? En 1277 Gilles est un jeune bachelier en théologie, il a 30 ou 34 ans *; comment a-t-il osé s’attaquer avec tant de fougue, à la veille de son admission comme docteur, aux sommités universitaires ? De plus, le De gradw formarum mentionne explicitement quatre ou cinq ouvrages importants,. déjà édités ‘; ce passé littéraire pouvait lui donner le droit de parler haut, mais ne force-t-il pas à assigner au De gradu une date plus récente ? N'aurait-il pas composé son libelle pendant les loisirs de son exil, et sous le coup de l’humeur causée par son expulsion ?
Il nous a semblé que l'étude de la 13° Question du IVe Ouodhbet de Henri confirme et rend certaines les déductions savantes du cardinal Ehrle et du R. P. Mandonnet, en même temps qu’elle justifie encore, s’il en était besoin, la date de 1278 assignée par Mr. De Wuif au Quodlibet de Gilles de Lessines.
1 EHRLE, Heinrich von Gent, p. 385, 394. — Le troisième est certainement de Pâques 1278 (ibid., p. 386), les données sont moins sûres pour le 4%°.
? Dans la Revue des sciences théologiques et philosophiques, 1910, p. 484-489.
3 MANDONKET, loc. cit., p. 481.
4 Cfr infra, 460.
Le KR. P. Mandonnet, dans ce même article, écrivait aussi : « Un travail critique n’a pas été entrepris pour Gilles (de Rome)... On comprend sans peine le peu d’autorité d’une construction historique basée sur des matériaux suspects ou étrangers. Il en est ainsi pour Gilles. On a fait d'ordinaire entrer des écrits qui ne lui appartiennent pas et dont les doctrines ne sont pas les siennes, dans l’exposé de ses idées 1,»
Assurément, nous ne pouvons même songer à entreprendre ici une étude critique approfondie des ouvrages de Gilles; mais nous espérons pouvoir signaler des points de vue intéressants et établir quelques conclusions touchant un certain nombre de ses ouvrages.