III. — Reste à fixer la date de ces sermons
Dans le manuscrit 14947 est inséré un feuillet (fol. 139), d'écriture moderne (écriture du xvII® siècle), où le bibliothécaire a rétabli l’ordre des deux séries et fixé la date. Nous lisons :
« Cod. 762 bibl. Victor, alias S.S. 10. Collatio sermonum a cele-
L'Obp. cit., p. 8, 190. ? ÉcharD t. I, p. 386.
brioribus in theologia magistris Parisiensibus in universitate Parisiensi habitorum per duos annos, a Remigliabus sc. anni 1281 ad inventionem sanctae Crucis anni 1282 et illi continentur a fol. 87 ad fol. 1711: ali a Remigialibus 1282 ad inventionem sanctae crucis circa 1283, et illi continentur a fol. I ad 87, quod venit per transpositionem compactoris. Inter hos concionatores eminet Joannes Aurelianensis.… »
Et au verso :
« Quod conciones a fol. 87 ad fol. 171 habitae fuerint a Remigialibus 1281 ad sanctae Crucis 1282 hoc clarius patebit sequenti ordinem usque ad dominicam 4m Adventus, qua incidit festum S. Thomae. Nam anno 1281 littera dominica erat E. Praeterea.… anno 1282 non fuerunt plus quam duae dominicae post Epiphaniam. Nam erat littera dominica D, et numerus aureus 10 et Pascha incidit in 29 Marti; quae omnia conveniunt cum ordine concionum in ea parte codicis relatarum. Quod autem conciones a fol. 1 ad 87 habitae fuerint a Remigialibus 1282 ad S. crucis 1283 constat etiam sequenti ordinem concionum : sc. 2“ dominica post festum S Remigii incidit in festum S. Lucae, cum littera Dominica esset D; 3* Dominica post festum omnium Sanctorum, in festum sanctae Ceciliae; festum S. Ioannis evangelistae eiusque octava in dominicam. Fuerunt quinque dominicae post Epiphaniam quia anno 1283 Pascha fuit 18 Avril, litt. dom. C. aereus numerus 11; denique omnia conveniunt. »
Par des considérations semblables, Quétif-Échard était parvenu aux mêmes conclusions. Nous avons fait, pour notre compte, la vérification de toutes les dates, et nous avons constaté que toutes les données chronologiques correspondent parfaitement. Il n’y a qu’une seule dissonance : le 24° dimanche après la Pentecôte tombait, en 1281, le 16 novembre. Or, les deux manuscrits intitulent le sermon suivant : « dominica post festum B. Catherine.» L'erreur est manifeste : car immédiatement après ce sermon se lisent les deux discours prononcés en la fête de sainte Catherine. De plus le dimanche qui suit cette fête, était, cette année, le 1° dimanche de l’Avent, 30 novembre. Or, il y a un sermon pour cette date. D'autre part, en 1281, il y avait 25 dimanches après la Pentecôte : le dernier dimanche tombait le 23 novembre, deux jours avant la sainte Catherine. Pour ce jour là, aucun sermon n’est indiqué. Nous devons conclure que le sermon qui nous occupe fut prononcé le 23 novembre. Il est donc à sa place, mais l'indication est fautive. Ce qui le prouve encore, c’est l’incipit du sermon : « Confide filia, fides tua te salvam fecit : in evangelio hodierno ». Or,à cette époque, dans le Missel romain, l’évangile assigné au 25€ dimanche est précisément la péricope de Matthieu, IX, 18-22, où se lisent les mots cités.
IV. — L'examen des relations entre les deux manuscrits nous amène aux constatations suivantes :
1. — Les deux manuscrits, malgré leurs différences, ne sont pas indé-
pendants l’un de l’autre.
1 Le bibliothécaire a une autre façon de compter les folios que celle adoptée de nos jours. Les folios étaient numérotés d’après le numéro des sermons.
Une preuve évidente en est la note infra marginale qui accompagne, dans les deux manuscrits, le sermon de Richard sur sainte Catherine : « Id totum quod dicitur hic est summe notabile :».
Encore, l'erreur commune que nous avons signalée au sujet du dimanche avant la fête de sainte Catherine.
Les fautes, dans les attributions des citations, se retrouvent dans les deux manuscrits; mais B les a toutes corrigées au-dessus de la ligne.
Dans les deux manuscrits, nous retrouvons la même glose, ajoutée de part et d’autre, au-dessus de la ligne : «nullo modo auderent ill sptritus, » et au-dessus on lit : sc. demones ?.
2. — La différence la plus notable entre les manuscrits, c’est que non seulement B a la série complète des sermons, mais en outre, son texte est plus long que celui de C: |
Or, il est évident que ce n’est pas B qui arbitrairement a développé et glosé C : mais au contraire, c’est C qui, de propos délibéré, a écourté le texte qu’il avait sous les yeux. — En effet : laissant de côté les indices secondaires, remarquons :
a) Les suppressions ne sont pas faites au hasard, mais selon une loi constante : elles ont toujours lieu, soit quand il semble au copiste qu’il y a des redites, soit quand il juge l’idée principale suffisamment énoncée; jamais une idée n’a été omise. De même lorsque, dans B, plusieurs citations se suivent pour prouver une même conclusion, C en supprime volontiers l’une ou l’autre.
b) Le ms. C abrège parfois la phrase même et, selon les mêmes principes : il supprimera volontiers les synonymes; il substituera une expression plus courte à une expression plus longue; un participe remplacera une phrase incidente *,
À plusieurs reprises, il remplace par un efc. une citation qu'il croit assez connue et qui se trouve plus au long dans B.
c) Ce qui prouve bien que ces omissions sont intentionnelles, c’est que dans le sermon de Henri, arrivé à la fin du discours, C constate qu’il lui reste un espace libre au bas de la dernière colonne; c’est précisement à la dernière page d’une pecia. Il en profite pour le remplir par une citation de saint Grégoire, qui se trouvait au cours du sermon, dans B, mais qu’il avait omise avec d’autres à cet endroit. Notons qu’il n’a pas mis de signe de renvoi.
d) Les omissions de C ne sont même pas toujours heureuses. Ainsi avant supprimé ce passage que nous lisons dans B. «primo habuit scientiam secularum et philosophicam,» comme répétition fastidieuse, il se trouve que le secundo qu’on lit plus loin dans C (fol. 144Y 2* col.), n’a plus de primo correspondant. Au contraire, le texte de B (fol. 20° 2€ col.) se développe harmonieusement ‘. Et il est manifeste, pour qui compare les deux passages, que cette omission n’est pas une simple distraction, mais que C intentionnellement a voulu abréger.
? Ms. C, fol. 94"; ms. B, fol. 190.
3 Sermon de RICHARD sur sainte Catherine, voir plus loin, p. 492.
3 Comparer, par exemple, le ms. B, fol. 21°, col. 1 et le ms. C, fol. 145!, col. 2.
# Sermon de HENRI DE GAND pour la fête de sainte Catherine, . 508-51 6.