CONTROVERSE SUR LES PRIVILÈGES
effectum plus quam semel 1 », est poussée à fond dans les questions suivantes :
Question 23° : « Utrum dicere quod vere paenitens et confessus rite absolutus ab eo qui potest, teneatur eadem peccata iam confessa, iterum confiteri, sit erroneum ? ? »
Question 24€ : « Utrum confessi fratribus, virtute privilegii ipsorum, teneantur confiteri iterato, suo proprio sacerdoti, peccata quae fratribus fuerunt confessi ? 3 »
Depuis ce moment, le Docteur Solennel fut un des plus ardents adversaires du privilège des Mendiants; sa passion lui vaudra même, en 1290, de voir ses cours interdits par les légats pontificaux f.
Mais ce n'étaient là que les préludes de la tempête. Celle-ci fit rage surtout en l’année 1286. Quatre archevêques et vingt évêques se réunirent le 7 décembre, dans la grande salle du palais épiscopal; ils avaient pris soin de convoquer tous les maîtres, bacheliers et étudiants en théologie. L’archevêque de Bourges dans un sermon véhément s'éleva contre les prétentions des Mendiants ; après lui, s’il faut en croire le rapport de Godefroid de Fontaines 5, l’évêque d'Amiens, dans une dissertation canonique, les condamna également.
Le jour suivant, 8 décembre, un frère mineur prêcha dans l’église des Dominicains, mais le sermon tourna bientôt en défense du privilège. Le lundi 9, ce fut le tour d’un dominicain de le revendiquer à l’occasion d’une prédication faite dans l'église des Franciscains. Et, ajoute méchamment le rapport, « Et credo ibi impleta est scriptura quae dicit : facti sunt amici Herodes et Pilatus in ipsa die 5.»
Il est probable qu'il y eut encore d’autres réunions dans ce mois de décembre, outre l’assemblée du 22 décembre dont nous parlerons tout à l’heure. En effet, il me semble, sauf meilleur
1 GANDAVENSIS, Quodl. VII, q. 22; fol. cCLxxIII".
3 GANDAVENSIS, Quodl. VII, q. 23; fol. CCLxxV".
? GANDAVENSIS, Quodi. VII, q. 24: fol. CCLxxvII".
* MorTiER, Histoire des Maîtres Généraux de l'Ordre des Frères en Paris, 1905, t. II, p. 211,
$ DENrFLE, Chartularium, t. II, p. 8.
“ID., tbid.
44 INTRODUCTION ERITIQUE
avis, que la réunion que raconte l’évêque d’Amiens dans sa lettre à l’archevêque de Reims, ne peut être identifiée avec aucune des précédentes. 1 rapporte, en effet, qu’une assemblée de maîtres fut tenue #7 capella, dans la chapelle de l’évêque de Paris; or la réunion du 8 décembre avait eu lieu dans la grande salle du palais : «in sala episcopi. » |
Le but cette fois était d’obtenir une détermination des régents en théologie. Voici le texte : |
«In primis congregati fuerunt Parisius magistri in theologia inter quos fuerunt Fratres magistri, in capella episcopi Parisiensis, a quibus quaesitum fuit quod illam generalem propositionem quam quidam sigillaverant, videlicet quod omnis contritus et confessus et absolutus ab eo qui potest eum absolvere, non tenetur eadem peccata numero iterato confiteri, nobis exponerent et utrum veritatem haberent in omni casu : qui unanimiter responderunt quod de se veritatem haberet, fallit tamen in casibus et specialiter in isto casu de quo agitur virtute privilegii quod incipit ad fructus uberes 1. »
C’est à cette occasion que fut exercée, sur les signataires séculiers du document dit «des XV Maïtres », la pression dont nous avons parlé, pour les amener à se dédire.
Si notre conjecture est exacte ce serait à cette réunion-là que fait allusion Henri de Gand, dans son dixième Quodlibet :
« Ut a pluribus illorum (les signataires) intellexi, qui propriis vocibus testificati sunt coram quattuor episcopis cum pluribus aliis magistris tunc actu regentibus, tam religiosis quam saecularibus, inter quos unus eram, qui praedictam litteram non sigillaverunt; qui omnes unanimiter professi sunt quod illa universalis nullo modo applicari habet ad istam particularem 2. »
Enfin le 22 décembre, toute l’université fut convoquée à l’église de Saint-Bernard pour entendre un sermon d’un maître
3 DENIFLE, Chartularium, t. 11, p. 13. — Godefroid de Fontaines, dans son rapport sur l'assemblée du 8 décembre, ne dit rien de semblable : nouvelle raison de ne pas identifier les deux réunions.
? GANDAVENSIS, Quodl. K, q. 1; fol. cccxcvur1", E. Les dires de Henri de Gand concordent assez avec le récit de l’évêque d'Amiens pour qu’on puisse croire qu’ils relatent les mêmes faits. D'autre part Henri nous dit qu’il y avait quatre évêques présents, ce qui ne convient ni à la réunion de 1282, ni à celle du 7 décembre 1286. Nous croyons donc qu’il y eut une seconde réunion au mois de décembre.
CONTROVERSE SUR LES PRIVILÈGES 45 séculier; puis l’évêque d'Amiens qui assistait à la cérémonie avec l’archevêque de Reims, se leva pour prononcer un nouveau réquisitoire contre les Frères. Les étudiants réclamèrent des copies du privilège et, ajoutent Godefroid et l’évêque d'Amiens, avec une évidente satisfaction, la majorité-se prononçà actuellement pour nous à la grande confusion des Frères !.
La relation de Godefroid de Fontaines ajoute que Gilles de Rome se déclara, dans une dispute solennelle, en faveur des évêques : |
« Super his postea disputatum fuerat a magistro Aegidio de Ordine S. Augustini, qui modo melior de tota villa in omnibus reputatur, et
determinatum fuit ab eodem quod episcopi erant in parte longius saniori ?. »
De son côté l’évêque d’Amiens ajoute :
« Omnes doctores qui hoc anno disputaverunt de Quohbet, quibus facta est quaestio, videlicet magister Henricus de Gandavo, magister Godefridus de Leodio (de Fontaines), magister Gervasius, canonicus Montis S. Eligii et magister Nicholaus de Pressorio pro nobis determinaverunt... Fratres Praedicatores et Minores hoc anno (1286-1287) istam quaestionem, licet eis facta fuerit, recipere noluerunt 5. »
Ce texte de l’évêque d'Amiens permet de fixer la date du troisième Quodlibet de Godefroid. La septième question en effet traite du privilège des Mendiants. La question huitième se rapporte également à ce débat passionné t. Il est même probable que la question dixième 5 n’y est pas étrangère : « Utrum doctor in theologia possit determinare ea quae ad solum papam pertinent. » Il était en effet délicat d'interpréter une bulle pontificale ; et, comme on le voit par la longue dissertation de Henri de Gand prenant ses précautions contre les foudres de Rome, les maitres séculiers n'étaient pas sans quelque inquiétude : n’empiétaient-ils pas sur l’autorité du Pontife romain ?
1 Les deux récits de Godefroid (DENIFLE, Chartularium, t. 1, p. 10) et de l'évêque d'Amiens (ihid., p. 13) s'accordent parfaitement sur les événements de la journée du 22.
* De WuLr-PELZER, p. 214, 216.
5 Jbid., p. 218.
Cette même lettre détermine également la date du dixième Quodkhbet de Henri de Gand. Les deux maîtres tinrent donc leurs disputes dans l’année scolaire 1286-1287 !.
L'année suivante Godefroid revint sur le débat dans la treizième question de son quatrième Quodlibet.
« Utrum magister theologiae quaestionem cuius veritatemscire est necessarium ad salutem, debeat reputare esse litigiosam, et ob hoc eam repellere et nolle determinare ? ;
D'abord Godefroid remarque que la question a été posée à cause du refus de certains maîtres de répondre aux questions touchant les privilèges des Mineurs 1 :
« Descendendo ergo ad propositum casum pro quo quaeritur, dico quod quaestio talis non est litigiosa primo modo, ut alias declaravi; est tamen aliquomodo litigiosa secundo modo ut patet. Et ideo absolute non est omittenda, nisi forte esset intermittenda dicto modo ad tempus, sicut videbantur voluisse praelati anno praeterito, et sicut forte intendebant nuper magistri dicentes quod quaestio litigiosa non reciperetur. Et vere puto quod communiter ad hanc quaestionem de confessionibus Fratrum intellectum suum referebant.… Et ideo quidam sane reputantes eam non esse litigiosam... sic quod esset omittenda, eam receperunt et bene puto. Si autem quidam non receperunt eam propter dictam collocutionem eorum exteriorem, credentes quod communis intentio fuerit omnium talis et quod ob hoc eam nullus recepturus esset hac disputatione, aliquomodo excusari possunt 5. »
On sait que les disputes quodlibétiques de Godefroid nous sont parvenues sous une double forme, une forme longue ou développée et une forme abrégée. Celle-ci, dans le cas présent, s'exprime de façon à laisser croire qu’il y eut un accord entre les prélats pour exclure des débats publics les questions litigieuses : «Quando fuit concordatum 704 non reciperentur quaestiones litigiosae *. »
! MANDONKNET,.en partant d’une autre donnée, arrive à la même conclusion : cfr Les premières disputes, p. 745.
3? Cela confirme les dernières phrases de l'évêque d'Amiens citées plus haut + Fratres praedicatores et Minores istam quaestionem, licet eis facta fuerit, recipere noluerunt » (DENIFLE, Chartularium, €. Il, p. 13). 3 De WuLF-PELZER, p. 276.
* Ibid., p. 341.