CONTROVERSE SUR LES PRIVILÈGES
Cette décision des prélats doit se placer dans l’année 1286- 1287, « anno praeterito » nous dit Godefroid. Au reste, celui-ci, dans son troisième Quodhbet, tout comme Henri de Gand dans son dixième, avait pris la précaution de montrer, avec plus ou moins de bonne foi, car la passion aveugle, que cette question n’était pas litigieuse ! Bien plus, Henri avait déclaré que cacher la vérité est péché mortel. Répondant à l’objection : « Il n’y a pas de péché à se taire lorsque la défense de la vérité peut causer du scandale », il réplique avec âpreté :
« Dicendum quod dilucidatio veritatis opportunae, quae, si non fieret, periculum posset imminere publicum, non est dimittenda propter scandalum; quia propter talem veritatem non scandalizantur nisi mali 1.»
Les maîtres religieux en esquivant ces questions firent donc preuve de modération et de loyale soumission envers l’autorité épiscopale.
Les faits que nous venons de rapporter nous aideront à fixer la date des Quodlibets de Richard.
Les paroles de l’évêque d'Amiens : « Praedicatores et Minores qui hoc anno (1286-1287) istam quaestionem, licet eis facta fuerit, recipere noluerunt », comme la décision des prélats, que nous connaissons par Godefroid, expliquent que cette question brûlante ne figure pas dans le troisième Quodlibet de Richard. D'autre part, lorsque celui-ci tenait sa seconde dispute, la tempête de 1286 n’était pas encore soulevée.
De plus, si on relit, en ayant devant les yeux toutes les circonstances, la question vingt-deuxième du troisième Quodlibet: « Utrum magistri teneantur recipere quaestionem pro qua incurrent malevolentiam, quam quaestionem utile est scire», on ne pourra douter que cette question fut posée à l’occasion du célèbre litige. La présence de la même question chez les autres docteurs, comme Henri de Gand (1286-1287) et Godefroid (1287-1288), est un premier indice. De plus, pesons les paroles de Richard :
« In illo casu in quo, si quaestionem non reciperet, aestimaret probabiliter non fieri praeiudicium fidei vel moribus, sed hoc faceret pro
? GANDAVENSIS, Quodl. X, q. 16: fol. ccccxxxvr1", H.
conservanda caritate et pro vitanda turbatione et scandalo et malis iudiciis, quae ex receptione et determinatione illius quaestionis oriri possent, sic dico quod mereretur :. »
La riposte de Henri de Gand que nous avons rappelée plus haut comme les attaques de Godefroid semble une réponse à ces paroles.
La question vingt-septième du second Quodlibet : « Utrum religiosi debeant suis detractoribus resistere 3 », fut-elle posée à l’occasion des litiges universitaires? C’est possible, mais non certain.
Nous devons conclure de ces faits que le troisième Quodlibet de Richard fut célébré, soit pendant l’année 1286-1287, soit l’année suivante; mais, en tout cas, pas avant décembre 1286. Mais comme d’autre part, le second Quodhbet, ainsi que nous l’avons vu plus haut, précède, ou, à tout le moins, ne peut pas suivre le neuvième OQuodlibet de Henri de Gand (1286-1287), ce second Quodlibet de Richard ne peut être retardé au delà de 1285-1286, ce qui entraîne pour le troisième, comme date extrême, 1286-1287. Dès lors notre conclusion est ferme : le terminus a quo pour le troisième Quodlhibet est décembre 1286; le terminus ad quem, 1286-1287. Une seule année convient donc aux données du problème : 1286-1287.
Ainsi se trouvent confirmées les conclusions que nous avions tirées de la comparaison des œuvres des trois maîtres et nous rejoignons, en les précisant, les résultats obtenus par le R. P. Mandonnet #,
Nous aidant donc des travaux entrepris par divers historiens pour fixer la chronologie des œuvres de Henri de Gand, de Gilles de Rome et de Godefroid de Fontaines , nous pouvons dresser le tableau suivant :
1 Quodl. LIL, q. 225°p. 119, c. 2.
3 Quodl. II, q. 27; p. 74, C. 2.
3 MANDONNET, Les premières disputes, p. 747. — Pour la suite de cette dispute, consulter l’histoire du R. P. MORTIER, déjà citée et GRABMANN, Studien su Johannes Quidort, dans Sitvungsberichte der bayerischen Akademie der Wissenschaften, 1922, dritte Abh., p. 19-21.
* Voir plus haut, les notes de la page 38.
DATE DU « COMMENTAIRE » 49 Années scolaires
1282-1283 (Noël 1282) ... 7° Quodlibet de Henri de Gand 1283-1284 ou 1284-1285 .. 8e Quodlibet de Henri
1284-1285 .............. 1€ QUODLIBET DE RICHARD 1285-1286 (Noël) ......... 17 Quodlibet de G. de Fontaines (avent ou carême) 127 Quodlibet de Gilles de Rome (Pâques) 2€ Quodlibet de Godefroid 22 QUODLIBET DE RICHARD 92 Quodlibet de Henri 1280-1287 sis sut 3° Quodlibet de Godefroid 10€ Quodlibet de Henri
2° Quodlibet de Gilles
3° QUODLIBET DE RICHARD 1287-1288 ...........:.. 4° Quodlibet de Godefroid.
3° Quodlibet de Gilles
Le lecteur trouvera à l’appendice vi un tableau chronologique général des principales œuvres citées dans cet ouvrage.