‹ Richard de Middleton, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 28 sur 228 · DATE DU « COMMENTAIRE » SI · texte numérisé non relu

DATE DU « COMMENTAIRE » SI

4. — Nous pouvons être plus ferme pour le quatrième livre sur les Sentences : la simple comparaison des textes tranche en faveur de l’antériorité des Quodlibets. Dans le second Quodhbet, à la question douzième, Richard se plaint des conséquences que ses disciples ont tirées de sa théorie sur le principium pure possibile ; il s'efforce de se désolidariser d’avec eux !, et finalement se refuse à condamner ou à approuver leur manière d’expliquer la génération des vers dans les espèces sacramentelles. Or leurs vues sont pleinement approuvées et adoptées dans le Commentaire?. De même, dans la question neuvième du troisième Quodlibet il revient à la théorie du principium pure possibile. Ici encore son application à la transsubstantiation est attribuée à d’autres : mais cette fois, nous ne trouvons plus la formule « nec approbo nec reprobo», au contraire, il termine son exposition des différentes explications par ces mots : « Ex praedictis potest videri quid sine praeiudicio et pertinaci assertione dici possit 5. » Et encore : « Haec de praedicta opinione sic volo esse dicta, ut si quid sit 1bi quod non sit de communi opinione magistrorum, non accipiatur ut assertive dictum...#» Ce n’est pas une adhésion très franche assurément; mais il semble que Richard se trouve dans un stade intermédiaire entre la pure abstention du second Quodlibet et l'affirmation décidée du Commentaire 5. Nous saisissons donc l’évolution progressive de sa pensée.

En résumé : r. — La seule comparaison entre les trois œuvres nous donne, comme terminus a quo, la fin de 1284, date de la composition des Quaestiones disputatae.

2. — Elle invite à placer la composition du premier livre avant 1285-1286 : mais cette conclusion n’est que probable.

3. — Elle établit qu’à tout le moins le quatrième livre est postérieur aux Quodlibeta et, par conséquent, à l’année 1287. Cette inférence, qui étonnera plus d’un lecteur habitué à situer

1 Quodl. II, q. 12; p. 48, c.1. Sien ce moment le Contmentaire avait existé, Richard n’aurait pu attribuer à d’autres des solutions qu’il admettait lui-même.

SIV Sent., d. XII,a.2,q.2; p.153,c.1.

3 Quodl. III, q. 9; p. 99, c. 1.

“ Ibid., p. 99, c. 2.

SIV Sent., d. xl, a. 2, q. 2: p.153, cC. 1.

plus tôt la composition de ce livre, est définitivement établie par un passage dont nous allons maintenant parler i.

Sbaralea À, et à sa suite, Daunou, Prosper de Martigné, et tous les auteurs, ont cru devoir fixer la composition du livre des Sentences entre 1279 et 1284.

« Les commentaires sur les Sentences, écrit de Martigné, révèlent la date de leur composition. Une expression relative à la bulle de Martin IV, prouve que le célèbre docteur commentait le quatrième livre du Lombard peu après l’année 1281. En effet, à la dix-septième distinction du IV® livre, Richard veut démontrer que tout pénitent absous par un prêtre, légitimement autorisé à entendre les confessions, n’est pas tenu de se confesser de nouveau à son propre pasteur. À l’appui de son opinion, il cite le privilège accordé par Martin IV aux Frères Prêcheurs et aux Frères Mineurs. Or, la bulle « Ad fructus uberes », qui concède ce privilège, est de décembre 1281 ou janvier 1282. Cette distinction dix-septième n’a donc pas été commentée par Richard avant la fin de l’année 1281. Elle n’a pas dû l’être longtemps après, et cela pour deux raisons. La première parce que Richard dit que ce privilège a été concédé tout récemment : «ex privilegio speciali noviter emanato.» La seconde, parce qu’il ne fait pas la plus petite allusion aux discussions et aux oppositions que ne tarda pas à soulever en France la concession de ce nouveau privilège à. »

Ces raisons de Sbaralea, que résume ici de Martigné, ont été acceptées par tous les historiens; mais je fus amené à les suspecter par les résultats de la comparaison entre les Commentaires et les Quodlibets. Le quatrième livre est certainement postérieur aux Quodlibets : or, ceux-ci ont leur date solidement établie. Nous voilà devant une énigme.

À y regarder de près, on constatera vite que les arguments de Sbaralea ne sont pas convaincants. Sbaralea a mal interprété l’expression « ex privilegio speciali noviter emanato », en la rap-

1]V Sent., d. xvI1, a. 3, q. 2; p.256, c. 3.

? SBARALEA, P. 633.

* DE MARTIGKÉ, P. 155-156.

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