‹ Richard de Middleton, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 30 sur 228 · DATE DU « COMMENTAIRE · texte numérisé non relu

DATE DU « COMMENTAIRE

pour prouver que dans la Décrétale du Concile de Latran, l'expression « proprio sacerdoti » doit s'entendre des curés. Au reste, la teneur des deux privilèges étant exactement la même, on comprendra que Richard les rapproche si intimement. Tout s’éclaire donc parfaitement; ce privilège ayant été accordé « noviter », et au milieu du calme qui avait suivi la légation de Gaëtani.

D'autre part le Commentaire de Richard ne peut pas avoir été écrit longtemps après cette date; le mot wnovuiter» s’y oppose; ensuite, Richard si abondant en citations canoniques, et qui en appelle si souvent aux Décrétales de Grégoire IX, ne parle pas une fois du Liber sextus Decretalium de Boniface VIII, paru en l’année 1298.

Nous pouvons donc conclure avec certitude :

1. — Les Sentences ne furent pas écrites avant 1277, puisque la condamnation de l’évêque Étienne est souvent citée; elles furent écrites après les Quaestiones disputatae, auxquelles elles renvoient, donc après 1284.

2. — D'autre part, le quatrième livre ne fut pas terminé avant la fin de 1294, mais il était achevé avant 1298. 3. — Par conséquent le quatrième livre, au moins, vient

après les trois Quodlibeta; peut-être le premier a-t-il été composé plus tôt, avant 1287, mais ceci reste douteux.

On dira peut-être que commenter le livre des Sentences était le propre du bachelier et non du maître. Assurément, mais autre chose est la leçon orale et autre chose la rédaction définitive et l’édition du cours. Nous savons, par exemple, que le second livre sur les Sentences de Gilles de Rome parut longtemps après son baccalauréat !. Cette objection ne suffit donc pas à mettre en doute les conclusions certaines que nous avons établies.

1 MANDONNET, Gilles de Rome, p. 498.

La Bibliothèque nationale de Paris possède deux manuscrits du x111e siècle (fonds latin, n. 14947 et n. 15005) !, provenant de l’Abbaye de Saint-Victor, qui contiennent une collection de sermons prononcés à Paris par des membres notables de l’Université : la collection la plus complète, celle du ms. 14947, en compte 166, qui forment deux séries, suivant l’ordre du calendrier ecclésiastique. Parmi ces sermons, trois sont attribués à un certain Richard de l’Ordre des Frères Mineurs, que nous identifions, à la suite de Quétif-Échard, avec Richard de Middleton; le premier fut prêché en la fête de sainte Catherine (ms. 15005 fol. 94Y; ms. 14947 fol. 190"); le second, le jour de la Purification (ms. 15005, fol. 179", ms. 14947 fol. 73"); le troisième, le samedi avant le dimanche de la Passion (ms. 14947, fol. 122V). Il nous faut ici justifier cette identification.

La date de ces sermons est facile à fixer. S'appuyant sur les données chronologiques du manuscrit, Quétif-Échard a démontré ? que ces discours furent prêchés pendant les années 1281, 1282, 1283. Nous établirons plus loin le bien fondé de ces conclusions, et, dès lors, le premier sermon du «frère Richard » a pour date le 25 novembre 1281, le second, le 2 février 1283, et le troisième, le 4 avril 1283.

Au même érudit revient également le mérite d’avoir identifié tous les personnages dont le nom figure dans le manuscrit. Tous ces maîtres et bacheliers, nous le savons par d’autres documents, se trouvaient à Paris en ces années-là. Pour nous, nous nous contenterons de quelques remarques qui rentrent dans notre sujet.

Parmi les orateurs, nous retrouvons presque tous les noms

1 L. DELISLE, Inventaire des manuscrits de l'Abbaye de Saint-Victor, Paris, 1869, p. 61,65 (extrait dela Bibliothèque de l'École des Chartes, 6° série, t. V). — HAURÉAU, p. 8, 190. — LEcOY DE LA MARCHE, La chaire française au moyen âge, Paris, 1886, p. 527. — Sur un sermon publié par le P. Lampen, voir plus loin, p. 489.

2? ÉCHARD, t. I, p. 386. Voir plus loin l’appendice x, p. 484.

que nous avons rencontrés jusqu'ici dans notre étude. Naturellement Gilles de Rome n’y figure pas, puisqu'il ne rentra à Paris qu'en 1285; mais cette collection renferme des sermons de Henri de Gand, de Godefroid de Fontaines, et de Ranulfe,évêque de Paris.

Nous avons parlé plus haut d’une réunion de maîtres en théologie, tenue en novembre 1282, au sujet de la bulle « Ad fructus uberes.» La plupart des maîtres qui signèrent la consultation favorable aux Mendiants figurent parmi nos prédicateurs : Grégoire de Bourgogne, prieur du Val des Écoliers, le dominicain Jean des Alleux ou d’Orléans, Guillaume de Moussy, chanoine de Paris, Albert de Cluny, prieur de Montdidier, Adenulphe d’Agnani, prévôt de Saint-Omer, le provincial des Mineurs, Dreux de Provins, Jean du Tour (de Turno), prieur des Dominicains, Hugues Aiïcelin de Billiom et le fougueux dominicain Jean de Saint-Benoît. Il n’y manque que les chanoines Eudes de Saint-Denys et Pierre de Joigny. Dans cette collection est mentionné un Nicolas le Normand (Nicolaus Normanus). Quétif se demande si ce ne serait pas Nicolas de Gorram; mais celui-ci est né dans le Maine. Hauréau avait proposé d’abord Nicolas de Fréauville, mais il a abandonné cette conjecture !. Ne serait-ce pas Nicolas du Pressoir? Dans le cartulaire ?, il paraît, en 1272, comme simple maître; dans la réunion de novembre 1282, il porte le titre d’archidiacre de Bayeux; mais dans la lettre de l’évêque d'Amiens, de 1287, on ne lui donne que le simple titre de magister %. Il est mort chanoine de Paris 4, On ne sait le lieu de sa naissance. Hauréau conjecture qu’il est né dans le département de Seine-et-Oise, parce qu’il y possédait la petite propriété qu’il légua au chapitre de Notre-Dame. On pourrait aussi bien le croire normand, vu qu'il fut nommé archidiacre de Bayeux.

Adam de la Vacherie, nommé dans notre manuscrit « Magister Adam Picardus», pourrait être Adam de Gouly qui figure

1 HAURÉAU, p. 224.

* Denrrie, Chartularium, t. 1, p. 566.

* DENrFLE, Chartularium, t. Il, p, 13.

* GuéraRD, Cartulaire de Notre-Dame de Paris, Paris, 1850, t. IV, p. 14.

dans le conseil de 1282 avec le titre d’archidiacre de Laon; on sait que le département de l’Aisne faisait partie de la Picardie.

Une quarantaine de sermons sont attribués à des Franciscains ; la plupart sont anonymes !. Sont nommés : Gilles Bonclerc, «a quodam fratre minore dicto fratre Egidio Bonoclero » (sermon pour la fête des morts); Dreux de Provins, qualifié, une première fois, de régent en théologie; une seconde fois, on ajoute son titre de « Minister Ordinis» (sermons pour la fête de saint Jude, 1282, et pour la fête de Noël, 1282); un certain frère Guibert (mars 1283), dont il est dit: «qui fecit Summam ?.» Le frère Jean, régent en théologie, a pour son compte trois discours ; aucun surnom ne lui est donné : Quétif- Échard le nomme Jean de Galles. Eudes de Bruyères a prêché deux fois, le manuscrit ne lui donne aucun titre; Terric de Saules, une fois; le frère Richard, sans titre, trois fois.

Or en 1283, le couvent des Frères Mineurs comptait à Paris, d’après la Chronique des XXIV Généraux, les personnalités suivantes, auxquelles fut confié l’examen des œuvres de Jean Pierre Olivi :

« Drochoni, ministro Franciae, Joanni Garau, Simoni de Lensio, Arlotto de Prato, sacrae paginae doctoribus, nec non fratribus Ricardo de Media Villa, Egidio de Bensa, et Ioanni de Murro ?. »

La défense d’Olivi, envoyée en 1285, est adressée aux Frères :

« Arlotto de Prato, Richardo de Media Villa, f. Drochoni, f. Ioanni Valensi, f. Symoni, Sacrae theologiae doctoribus, Egidio de Baysis f. Ioanni de Murro, bachalariis domus Parisiensis 4. »

Nous pouvons donc identifier le prédicateur Jean, régent en théologie, que cite le manuscrit, avec Jean de Galles ou Wallensis, qui fut juge dans l'affaire d’Olivi 5. Dreux de Provins

1 Tantôt le manuscrit donne le titre de régent à leur auteur, tantôt il ne mentionne aucun titre.

8 SBARALEA, P. 315.

# Analecta, t. III, p. 374.

* Dupzessis D'ARGENTRÉ, Collectio iudiciorum de novis erroribus, Paris, 1728 t. I, p. 226.

5 Contre HAURÉAU, p. 217. — Voir FRET, t. Il, p. 371; LITTLE, p. 413; Analecta, t. III, p. 375 et t. IV, p. 340; Lecoy DE LA MARCHE, La chaire française au moyen âge, Paris, 1886, p. 150.

est déjà connu par le document émané de la réunion des maîtres et par les deux documents qui viennent d’être cités. Le frère Gilles Bonclerc est peut-être cet Aegidius Bensa ou de Baysis, désigné comme bachelier dans l'affaire d’Olivi. Du frère Guibert ou Gilbert nous ne connaissons rien sinon qu’il composa une Somme 1,

Dès lors, il est tout naturel de conclure que le frère Richard qui prononça les trois sermons conservés dans nos manuscrits, n’est autre que Richard de Middleton. Cette identification, proposée par Quétif-Échard, a rallié tous les suffrages, et à juste titre. D’une part, nous ne connaissons pas d’autre frère mineur du nom de Richard, qui soit alors en résidence à Paris. D'autre part, les deux documents relatifs à l’affaire d’Olivi nous assurent que Richard, en 1283, était à Paris comme bachelier, et bachelier formé, puisqu’en 1285 il est déjà passé maître. | Or, les bacheliers formés avaient dans leur attributions la prédication.

Remarquons encore que nos manuscrits ont soin de donner à chaque personnage le titre qui lui convient : tantôt magister, tantôt regens. Parmi les anonymes nous lisons aussi la qualité du personnage. Ainsi tous les anonymes séculiers, sauf un, sont des régents en théologie. Parmi les anonymes réguliers plusieurs sont désignés par leur titre; ainsi le ms. 15005, fol. 128 : « a fratre minore, regente in theologia »; au fol. 139, c’est le gardien des Frères Mineurs dont on rapporte le sermon. Nous pouvons conjecturer donc que ceux qui sont nommés sans titre, n’étaient que bacheliers. À tout le moins notre induction vaut, sinon peut-être pour les anonymes, au moins pour les prédicateurs dont le nom nous a été conservé. Or, Richard figure pour ses trois sermons, sans aucun titre.

Une autre remarque : quand il y a deux sermons indiqués pour le même jour, le premier est donné généralement par un maître et, à moins qu’il n’y ait deux régents, le second par un frère non qualifié, un bachelier, pensons-nous. Le règlement

1 SBARALEA, P. 315. — Analecta, t. IV, p. 341.

de 1335 indique d’ailleurs nettement l’ordre des préséances !. En outre, il semble même qu’il y ait une autre règle observée : le séculier passe avant le régulier, le moine avant le mendiant. Or, le 2 février, Richard tient la seconde place après « Magister Arnulphus »; le jour de sainte Catherine, il tient la première, mais le second sermon est prêché par un frère non qualifié.

De ces constatations nous pouvons conclure que ce frère du nom de Richard était encore un bachelier. Or Middleton, en 1283, n’avait pas encore obtenu la maîtrise, et par conséquent ces constatations confirment l'identification de Quétif-Échard.

Le sermon sur sainte Catherine attira, semble-t-il, l’attention : en tout cas, il fut du goût du copiste, puisque nous lisons en marge : «totum quod dicitur hic est summe notabile.» Hauréau en fait aussi l'éloge : « Ce sermon est en effet remarquable, comme bien pensé et suffisamment bien écrit. Nous y trouvons en outre la preuve qu’il est d’un théologien qui ne craignait pas le commerce avec les philosophes; il s’y rencontre, en effet, une citation d’Avicenne. C’est pourquoi nous croyons volontiers que ce théologien est Richard de Middleton 3. »

En fait nous retrouvons dans ces sermons, les mêmes qualités de style que nous relèverons dans les autres œuvres de Richard : en particulier l’aisance et la clarté. Ces discours, comme il convient à un frère mineur, visent, avant tout, la réforme des mœurs; ce sont des sermons moraux. À ce point de vue, la comparaison des deux sermons pour la fête de sainte Catherine, l’un de Richard, l’autre de Henri de Gand, est très instructive. Richard ne manque pas d’onction et dans son sermon sur la Passion, on devine et l’on sent une véritable émotion.

TaN. 17: Item nota quod quando unus praelatus vel unus magister in theologia facit sermonem de mane in Universitate, in aliquo festo, in aliqua domo mendicantium vel alibi, tunc ille qui facit collationem post prandium debet accipere illud thema in collatione quod assumptum fuit per praelatum vel per magistrum qui fecit sermonem illa die » (DENIFLE, Chartularium, t. II, p. 692).

% HAURÉAU, p. 226.

# Sur la technique des sermons, bonne étude de GiLsoN, Michel Menot et la technique du sermon médiéval, dans Revue d'histoire franciscaine, t. II, 1925, p. 303-360.

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