CHAPITRE I
SOMMAIRE. — 1. Origine de Richard : ses études philosophiques, théologiques et canoniques. Son intérêt pour les sciences expérimentales. Son séjour à
Oxford et ses maîtres. — II. Séjour à Paris. Les données chronologiques, les maîtres de Richard à Paris, ses compagnons d’études et les influences parisiennes. — III. La condamnation d’Olivi : les documents relatifs au
procès, la part personnelle de Richard dans la condamnation.
Sur la naissance de Richard, sa jeunesse, la date de son entrée en religion, nous manquons complètement de renseignements.
On s’accorde aujourd’hui à le déclarer anglais !. Aussi bien cette tradition remonte jusqu’à Trithème. Il est vrai que Dempster le revendique pour l'Écosse; il prétend même que la famille de Richard n’était pas éteinte à la fin du xvi® siècle. Mais on sait assez combien le nationalisme de cet auteur le porte à chercher partout des gloires pour sa patrie, et combien il a peu le scrupule de supposer ou de falsifier les documents 1. Il n’y aurait donc pas même lieu de s’arrêter à cette affirmation, si elle ne pouvait se réclamer de Sixte de Sienne. Mais un doute plane sur le texte de ce dernier.
2 Lrrrie, p. 214. Voir KiINGsFroR», p. 356.
3 Harpy, Descriptive Catalogue, p. xL1. Voir aussi HARRISSON, Dempster George, dans le Dictionnary of National Biography, t. V, p. 785.
3 « Richardus Midletonus seu de Media Villa, Mediovillanum vocat Sixtus Senensis, sed non recte, scotum fuisse scribit » (P1Ts, p. 385). — Daunou, p. 128, copiant Sbaralea, ne semble pas remarquer que Pits se contente de citer Sixte, sans prendre formellement l’assertion à son compte.
Dans l'édition de 1742, l’éditeur Pius Thomas de Milan, imprime « Richardus Mediovillanus Anglicus ex ordine minorum », et en marge il note: « Richardus de Middleton, anglus, non scotus ut in aliquibus editiontbus legitur.» Pius Thomas a raison : l'édition de Cologne, de 1586, porte : « Richardus Mediovillanus Anglicus.» Il est manifeste que Pits eut entre les mains l’édition jugée fautive par Pius Thomas. En 1521, Jean Mair, dont nous donnons le texte plus loin, revendiquait, comme anglais, Richard qu’il nomme Middliton. Aucun écrivain ancien, à ma connaissance, ne lui assigne d’autre patrie. Jusqu’à preuve du contraire, nous nous en tiendrons donc à l’ancienne tradition, d’autant que la confusion faite, de bonne heure, dans l’attribution de l’Ordo iudiciarius, entre notre Richard et Richard Anglicus !, confirmerait l'affirmation de Trithème.
Le surnom de Media Villa ou de Mediavillanus, Midletonus, Middleton, Middletown, indique, à n’en pas douter, son lieu d’origine. Malheureusement ce nom est commun à plusieurs endroits des Iles Britanniques. Fuller, dans sa Church History, propose soit Middleton-Stoney, dans l’Oxfordshire, soit Middleton Chenney, dans le Northamptonshire à.
Nous pouvons présumer % que Richard naquit vers l’année
Sur ses études { nous sommes mal renseignés. Leland nous apprend qu’il s’appliqua d’abord à la philosophie aristotélicienne, y fit de remarquables progrès; qu'’ensuite il étudia le droit canonique, enfin s’appliqua tout entier à la théologie. Voici son texte : |
« Primis studiorum annis, saltem maturis, philosophiae aristotelicae
1 Voir plus haut, l’Introduction, p. 5, 17. — A la rigueur on pourrait aussi proposer l’hypothèse que cette fausse attribution soit l’origine de l'affirmation de Trithème.
3 KINGSFORD, P. 356.
3 D'après les statuts de l’Université de Paris, on ne pouvait recevoir la maîtrise avant l’âge de 35 ans (DENIFLE, Chartularium, t. 1, p. 79). Or Richard devient docteur en 1284.
* Sur les études dans l'Ordre franciscain voir FELDER, Geschichte der vwissenschaftlichen Studien im Franziskaner Orden, Fribourg, 1904, et encore LÉONARD DE CARVALHO Y CASTRO, Saint Bonaventure, Paris, 1923.
ORIGINE, ÉTUDES 65 diligentissime operam dedit, multumque in ea profecit (et ici perce le mépris des humanistes pour le moyen âge) at multo magis profecisset, nisi quaestiones de rebus philosophicis argutiores quam utiliores, totas scolas tunc temporis late occupässent. Mediis autem annis canonibus pontificiis studium, ut tum videbantur non inutile, impedebat cui labori nec sua messis defuit. Postremo, iacta sacra anchore, oculos, mentes, sensus denique ad theologiam convertit. Haec vera esse candidus lector facile videbit ubi evolverit libros ab illo editos !. »
Il est à craindre que ces belles phrases ne soient que le développement littéraire des brèves lignes de Trithème : « Vir in divinis scripturis eruditissimus et tam in philosophia quam in ture canonico egregie doctus ?», confirmées par Sixte : « /n divinis Scripturis, in iure pontificio et in doctrinis saecularibus apprime eruditus, scripsit sermone scolastico.….%» Les ouvrages authentiques de Richard témoignent suffisamment de la solidité de sa science philosophique #, théologique et même canonique. Mais que l’ordre de ses études fut celui décrit par Leland, il nous est impossible de le vérifier.
Les Quodhbeta et surtout les Quaestiones disputatae mettent en belle lumière, non seulement la solidité de son esprit, la vigueur de sa logique, mais encore l’étendue de ses connaissances dans la philosophie aristotélicienne. Il en cite presque tous les livres, et semble les avoir lus 5; il en discute le sens avec une subtilité et une sobriété remarquables, comparant même à l’occasion les diverses traductions du Stagyrite. Il connaît également les grands commentateurs juifs et arabes, alors répandus dans le monde des écoles.
Un des plus anciens témoignages que je connaisse, exaltant la science canonique de Richard, se lit dans une lettre de Jacques de la Marche, reproduite dans la Chronique de Glassberger à
M: LeLAND, p. 310.