ORIGINE, ÉTUDES
que Richard fit effectivement une partie de ses études à Oxford. Nous pouvons croire que ce goût pour la science positive 1l le dut à l'influence, au moins indirecte, de Roger Bacon.
Cette tendance scientifique se manifeste d’abord par l’importance accordée par Richard à l’induction et par le grand nombre d'arguments tirés de l’expérience. Par exemple ? : « Per hunc modum possunt adduci experientiae… » et, plus bas : « Adhuc etiam alia experientia. » I] observe la phosphorescence des moisissures comme celle des insectes nocturnes, comme on le voit dans ses sermons. Ailleurs il rapporte une observation personnelle :
« Videmus enim hominem patientem in oculis quandoque et aspectu suo laedere oculos illius qui ipsum aspicit; quod contingit ex hoc quod oculi mala qualitate infecti, aerem medii inficiunt et aer infectus oculos directos ad oculos infixos inficit.. multum ad hoc cooperante: imaginatione illius qui aspiciens oculos infirmos imaginatur se laedi. Et ego expertus sum in me ipso, me quandoque non potuisse tenere aciem visus, nisi cum difficultate, directe contra oculos illius qui infirmitatem patentem in oculos patiebatur ?. »
C’est une des rares fois que Richard parle de lui-même. Il serait téméraire d’en conclure qu’il souffrît de la vue, mais on peut, sans crainte, déduire de ce récit qu'il avait l’imagination vive; ce que confirme encore son amour des exemples. Assurément saint Thomas aussi recourt à des comparaisons; mais, chez le saint Docteur, elles sont beaucoup moins développées,
et il ne semble pas y rpendre le plaisir que manifestement éprouve Richard.
Bale est le premier, parmi les biographes, à affirmer que
1 Felder a montré l'influence de Roger Bacon sur les études franciscaines. Richard peut l’avoir connu personnellement à Oxford. Roger enseigna dans cette université entre 1230 et 1250; à Paris, il fut tenu en étroite surveillance, étant suspect, mais il retourna en Angleterre pour y reprendre son enseignement de 1267 à 1277. Après cette date, il fut emprisonné et ne fut délivré qu'en 1292. Voir LiTTLE, p. 193; J. H. BriDces, The Opus Maius of Roger Bacon, Londres, 1900, p. xx1 et suiv., et LITTLE, Roger Bacon Essays, contributed by various writers, on the occasion of the commemoration of the Seventh Centenary of his birth, Oxford, 1914.
3 Quodl. III, q. 12; p. 106, c. 1.
* Quodl. IIL, q. 12; p. 106, c. t.
Richard fit ses études à Oxford !. Wood reprend la même affirmation :
« Quique, prout aetas illa ferebat, vir fuit doctrina excellenti, utriusque Academiae ornamentum evasit ?, »
Est-ce une conjecture de leur part ? où s’appuient-ils sur des documents ? Dépendent-ils de Jean Mair ou Major? Nous ne le savons pas. Ce dernier, énumérant les illustrations de l’université d'Oxford, nomme les suivantes : « Hales, Richard de Middilton, Jean Duns, le Docteur Subtil, Ockam, Adam Hibernicus, Ro. Holkot, Bokinkam, Eliphat, Climiton Langley, Jean Roditon, Suiset, Hentisbère, Strodus, Bravardin », et, ajoute-t-il, il en est une foule d’autres 5. Ce témoignage, le plus ancien que je connaisse, a ung certaine valeur. Mais sur quelles preuves a pu s’appuyer Jean Major, régent du Collège Montaigu ? D'autre part, il est manifeste que si Alexandre de Hales naquit en Angleterre, il fit la plus grande partie de ses études à Paris, où il enseigna; on ne trouve pas de traces d’un enseignement à Oxford. Plus loin, Jean Mayor ne peut certifier si Richard étudia à Cambridge ou à Oxford, mais, ajoute-t-il, « Britannus Anplus erat *.» |
Pits renchérit et le déclare docteur d'Oxford.
« Annos adulescentiae in capescendis artibus liberalibus, florem iuventutis in perdiscendis omnibus philosophicis scientiis optime collocavit et ingenium quod ipsa natura dederat peracutum, harum disciplinarum exercitiis et quotidiano cultu mirifice instruxit et longe
acutius reddidit. Oxoniae postea ita operam dedit theologiae ut supremam ibi doctoratus lauream acceperit 5. »
Bien qu’endossée par Wadding, qui la copie avec le reste
1 Bace, Scriptorum illustrium... catalogus, Bale, 1557, p. 359.
3 Woop, Historia et Antiquitates Universitatis Oxoniensis, Oxford, 1674, t. I, p. 128.
3 JEAN Major, Historia Maioris Brittaniae, tam Angliae quam Scotiae Paris, 1521, fol. vin. On signale un certain Richard Middieton, * fellow » de Merton, sous le règne d'Édouard III. Il est évident qu’on ne peut le confondre avec notre franciscain (LITTLE, p. 214). Peut-être est-ce là l’origine des affirmations de nos biographes ?
# Jean Major, op. cit., livre IV, chapitre XVI, fol. LxXIIHI.
5 Prrs, p. 385.