CHAPITRE II
SOMMAIRE. — I. Richard et les controverses universitaires : la réaction antithomiste et les autres problèmes discutés. — II. Son enseignement théologique : sa conception bonaventurienne de la théologie. Ses qualités de logicien. Sa méthode positive et son tutiorisme. Son amour de la vérité. La clarté de son enseignement. — III. Son enseignement biblique, — IV. La notoriété de son enseignement : date relativement tardive (vers. 1294) de sa célébrité.
Au début de l’année scolaire 1284-1285, un peu après la rentrée des cours, et selon l’ordre de préséance établi par les statuts de l’Université, Richard prononça, avec les solennités d'usage, sa leçon inaugurale comme maître.
Les docteurs étaient obligés de commenter la Bible; c’est donc à cette époque que l’on doit rapporter la composition d’une partie, au moins, de ses œuvres exégétiques !. En même temps, aux époques fixées, il tint ses trois disputes quodlibétiques.
Richard trouva, dans ces exercices scolaires, l’occasion de se prononcer sur la plupart des grandes questions qui agitaient en ce moment le monde universitaire. Dans ses Quaestiones . disputatae, que nous plaçons à la fin de 1284 ou au commencement de 1285, on se sent en pleine réaction antithomiste.
Le lecteur connaît l’histoire des controverses, des menées et des intrigues qui aboutirent à la condamnation du 7 mars 1277.
1 Voir l’Introduction, p. 17.
Étienne Tempier d’accord avec les maîtres de l’université proscrivait 219 propositions averroïstes. Mais dans la pensée de ses auteurs, le coup portait plus loin: la condamnation visait également certains points de l’enseignement de saint Thomas. Quelques jours plus tard, l’archevêque de Canterbury Robert Kilwardby, condamnait à son tour un certain nombre de propositions thomistes. Ces coups d’autorité n’avaient pas mis fin aux luttes : elles n’en devinrent que plus vives. L'ordre dominicain prit officiellement la défense de saint Thomas : mais les ennemis des nouveautés thomistes ne désarmèrent pas. Ainsi, vers 1280, le franciscain Guillaume de la Mare, publia son Correctorium, où il portait l’attaque contre toutes les principales positions de saint Thomas : le chapitre franciscain de 1282 rendit cette œuvre obligatoire pour tous ceux à qui il serait permis de lire les livres de Frère Thomas.
Les Dominicains d'Oxford répliquèrent à ce pamphlet par leur Defensorium ou Correptorium corruptorti, en même temps qu’ils tenaient vigoureusement tête à l’archevêque Peckham qui poursuivait les doctrines thomistes, principalement celles déjà condamnées par Kilwardby, touchant l’unité des formes dans les composés. La campagne se terminera en 1286 par la condamnation de ces thèses antipluralistes.
Les Dominicains de Paris de leur côté soutinrent vaillamment la lutte. Hugues de Billom publia, lui aussi, un Correptoire contre Guillaume de la Mare.
Richard ne crut pas devoir se taire, et la plus grande partie de ses Quaestiones disputatae touchent à ces questions brülantes. Parmi les 219 propositions censurées en 1277 par Étienne, une vingtaine atteignent plus ou moins directement l’enseignement
? EHRLE, Der Kampf um die Lehre des hl. Thomas von Aquino in den ersten Jfänfxig Jahren nach seinem Tod, dans Zeitschrift für katholische Theologie, t. XXXVII, 1913, p. 278-318. — GRABMANN, Le « Correctorium Corruptorts » du dominicain Johannes Quidort, dans la Revue néoscolastique, t. XIX, Louvain, 1912, p. 404-418. Studien zu Johannes Quidort, dans Sitzungsberichte der Bayerischen Akhademie, 1922, dritte Abh., p. 29-31. — MANDONKNET, Siger de Brabant, Louvain, 1911, p. 214-251; — MANDONNET, Les premiers travaux de polémique thomiste, dans la Revue des Sciences philosophiques et théologiques, t. VII, 1913, p. 54-70. — De Wuzr, Gilles de Lessines, p. 59-82.