LES CONTROVERSES UNIVERSITAIRES
de saint Thomas. Elles sont particulièrement relatives à six théories : l'unité du monde, l'impossibilité de démontrer que le monde n’a pas été créé ab aeterno, l’individuation dans les spèces spirituelles et les espèces matérielles, la localisation des substances séparées et leurs rapports avec le monde physique, en Particulier avec le mouvement des astres, l’excellence de lime et de son opération intellectuelle en dépendance des conditaons du corps, enfin le déterminisme sous lequel la volonté &conmplit son opération. La plupart de ces thèses qui avaient contiraué à alimenter les disputes, sont touchées par Richard, qui s”appuie expressément sur l’autorité de Tempier et des maîtres parisiens : c’est ainsi qu’il maintient avec grande vigueur l'impossibilité de la création ab aeterno, et tandis que plus tard il S’efforcera d'interpréter les textes d’Aristote, favorables à l'éternité du monde, il est intéressant de noter qu'ici il nie l'auto rité même du philosophe !; avec la même énergie, il défend la CO mmposition hylémorphique des anges ? et soutient par consSéquent que dans une même espèce angélique il peut y avoir divers individus, différents entre eux par leurs attributs naturels” ; il montre que les anges ne sont pas seulement dans l’espace par leur opération, partant qu'ils se meuvent d’un mouvement local *; que les anges meuvent les corps célestes par le moyen d’une vertu tirée de la puissance de la matière et qu’à la fin des temps le mouvement du ciel cessera 5; que non seulement la Volonté est libre , mais qu’elle peut se mouvoir contrairement Ee Jugement de l'intelligence ?.
Æ\joutons que, contre les Averroistes, il soutient la liberté de ‘1eu dans la création; et à cette occasion, il rappelle la propo-
S ù Pour les Quaestiones disputatae, voir mon article dans les Recherches de < e religieuse, t. VI, 1916, p. 501-513.
= Quaest. disp., q. 4, a. 3.
Zbid., q. 6.
sition proscrite : « Deus non potest facere plures mundos ; quodsi faceret plus esset de bonitate extensive ?.»
La thèse de saint Thomas sur l'unité des formes avait échappé à la proscription d’Étienne Tempier : : on sait cependant que la controverse avait été acharnée et avait mis aux prises les principaux docteurs parisiens. Henri de Gand fut entraîné dans le mouvement malgré lui, et, semble-t-il, un peu par surprise , lors de son premier Quodlibet en 1276 : aussi resta-t-il un peu hésitant dans sa réponse. Mais, dès Noël 1277, dans son second Quodhbet, il prit fermement position en faveur de la dualité des formes dans l’homme. Ce qui le détermina, ce fut une raison théologique : sauver l'identité du corps du Christ vivant et mort®. Avait-il été influencé par la condamnation de Kilwardby (mars 1277)? C’est possible.
: Un peu après Noël 1277, mais avant Pâques 1278, écœuré des manœuvres dirigées contre son ancien maître, saint Thomas, Gilles de Rome, qui depuis longtemps évoluait de plus en plus dans cette direction, se déclara avec éclat en faveur de la doctrine thomiste et lança son fameux pamphlet « De gradibus formarum * ». Henri de Gand répliqua dans son troisième Quodlibet, tenu vers Pâques de la même année 5. En juillet, Gilles de Lessines faisait paraître son remarquable traité De Unitate formae, dirigé principalement contre Kilwardby, où il . démontrait, d’une façon magistrale, l’unité des formes dans tous les composés, mais principalement dans l’homme. Dans son quatrième Quodlibet, Henri reprit encore une fois la question ; donnant au débat une ampleur extraordinaire, il réfutait longuement et dans le détail d’abord l’œuvre du dominicain belge ®, ensuite celle de Gilles de Rome ?. La querelle se poursuivit les années suivantes dans la littérature des Correptoria dont
| Quaest. disp., q. 5,a.1.
? Voir l’appendice vit, p. 469.
3 Jbid., p. 470.
“ Ibid., p. 465. On verre dans cet appendice que Gilles n’arriva que progressivement à sa position.
* Ibid, p. 470-473.
* Jbid., p. 455-459.
* Jbid., p. 459-470.