CLARTÉ DE SON ENSEIGNEMENT
Assurément ceux qui se livrent à l’étude de la philosophie, peuvent, s'ils en usent bien, y trouver des raisons d’aimer; mais ils partent de loin et leur élan est faible. Nous constatons d’ailleurs que ceux qui s’appliquent aux sciences philosophiques sans le secours de la théologie, ont, toutes choses égales d’ailleurs, un amour plus faible pour Dieu que ceux qui s’adonnent à cette dernière. La raison en est que la théologie nous donne une connaissance de Dieu et de ses œuvres qui excite plus efficacement et plus prochainement notre cœur à aimer Dieu; et d’autre part comme l’amour rend plus clairs les yeux de l'intelligence, il s’en suit que sous ce rapport encore la théologie l'emporte, car elle rend plus efficace même notre connaissance intellectuelle de Dieu. L'Écriture sainte nous enseigne à fuir les passions qui nous enflamment d’un feu pervers, et les craintes qui nous humilient d’une façon désordonnée : or, passions et craintes désordonnées sont un obstacle qui nous empêche d'arriver à la vraie félicité, à la claire vision de Dieu, sa fruition parfaite et la perfection dans la sécurité !. »
L'exposition de Richard est toujours limpide, rigoureusement ordonnée et bien divisée ? : point de subtilités inutiles, ni de discussions abstruses. Au point de vue pédagogique notre auteur est un modèle. Son style est simple, sans recherche, rigoureusement didactique et parfaitement clair : et sous ce rapport il l’emporte de loin sur ses contemporains, principalement sur Henri de Gand, Godefroid de Fontaines et même Gilles de Rome. Mais il n’a plus l’onction de saint Bonaventure, ni la nerveuse concision de saint Thomas.
Richard s’est dépeint tout entier et a caractérisé lui-même son enseignement dans les déclarations qu’il a faites à la fin de son Commentaire sur le IVe livre et à la fin de ses Quodlibeta : et ces déclarations résumeront tout ce que nous avons dit:
« Si quid autem dixi novum in hoc quarto vel in aliquo aliorum
librorum, quod non sit confirmatum awctoritate solida vel ratione necessaria, vel certa experientia, intendo quod accipiatur ut dictum
11 Sent., prolog., q. 1; p. 4.
3 Voir l’appendice 1v, p. 428.
sine pertinaci ‘assertione et sine praeiudicio sententiae melioris. Et quamvis non recolam nec credam me alicubi scripsisse aliquid quod retractatione indigeat, tamen si aliquid tale inveniretur in libris meis, quod non credo, paratus essem humiliter retractare !. »
« Haec quae de praedicta quaestione dicta sunt et quae dicta sunt in omnibus aliis meis quaestionibus, si qua invenientur ibi dicta quae non sint de communs opinione doctorum, intelligo et volo esse dicta sine assertione... Et si in aliqua quaestionum mearum inveniretur aliquid corrigendum vel obscurum, postquam mihi esset ostensum, paratus essem corrigenda corrigere, et obscura explanare.. ? »
Cet ensemble de qualités : amour de la tradition et des opinions les plus sûres, souci de préciser et d’analyser les concepts, loyauté dans l’exposition des différentes opinions et modération dans leur appréciation, absence de toute subtilité, bonne ordonnance et clarté de l’expression, comme netteté de pensée, toutes ces qualités devaient faire de Richard un excellent professeur : elles expliquent également que la postérité l’ait proclamé Doctor Solidus.
Quant à son enseignement biblique, nous en sommes réduits à faire des conjectures. Tout ce que nous savons par la tradition se borne à ces mots de Trithème : « prompt et subtil à dénouer les difficultés scripturaires ? », et à la note de Leland, si souvent copiée : « Il s’exerça avec tant de succès à exposer les passages les plus difficiles de l’Écriture, que peu de ses contemporains l'ont égalé pour la pénétration des sens cachés, pour la subtilité à les discuter et la clarté à les exposer.» Si le biographe anglais ne se contentait pas de gloser Trithème, ces expressions laisseraient entendre que Richard se plaisait aux sens allégoriques et anagogiques, si chers aux scolastiques du moyen âge.
Nous pouvons nous en faire quelque idée par les sermons que nous publions plus loin et par les prologues de son Com-
1IV Sent., d. L, a. 5, q. 3; p. 710.
* Ouodl. III, q. 27; p. 126, c. 2.
3 TRITHÈME, p. 210. Voir plus haut, p. 6.
* L&LAND, p. 316.