‹ Richard de Middleton, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 46 sur 228 · ENSEIGNEMENT BIBLIQUE · texte numérisé non relu

ENSEIGNEMENT BIBLIQUE

Aussi, conclut-il, à cause de l’ampleur de son objet, le mode de procédé de l’Écriture est multiple: tantôt elle menace, tantôt elle attire par des promesses, parfois elle propose des exemples, parfois elle se contente d’exposer simplement la vérité sur Dieu et sur ses œuvres.

Dans une magnifique synthèse, résumant ? tout le contenu de l’Écriture sainte, il déclare :

« L'objet principal de l’Écriture, c’est Dieu, ses propriétés essentielles et ses œuvres. Considerat per se Dei proprietates et Dei operationes. Car elle nous parle de Dieu considéré en lui-même selon les perfections admirables de sa nature, ou elle nous montre le reflet de cette souveraine beauté resplendissant dans ses œuvres: dans la création, le gouvernement du monde, la restauration, la sanctification, la rétribution. À ces six considérations se ramène tout le reste. Car la perfection divine comprend et les attributs de son Essence et les processions des Personnes et les propriétés de chacune d’elles. Dans les œuvres de la création sont compris l’acte créateur, la distinction des créatures et l’ordre de l'univers. La restauration comprend également beaucoup d’œuvres divines : car figurée dans l’Ancien Testament, soit par la Loi, soit par les sacrements antiques, elle fut commencée par l’Incarnation du Fils de Dieu, continuée par la promulgation de la Loi nouvelle, consommée par la passion du Christ, manifestée d’abord à quelques témoins choisis, au jour de la Résurrection, et ensuite aux anges, par l’Ascension triomphale, enfin à l’univers entier par la prédication de l’Évangile, faite par les disciples.

« Parmi les œuvres de sanctification, je compte l’infusion des vertus et la réception des sacrements de la Loi nouvelle, et parmi les œuvres de la rétribution, comme prélude, le jugement dernier, ensuite la damnation des réprouvés, mais surtout la glorification des élus. Et ainsi il est démontré que tout dans l'Écriture se rapporte ou à la perfection intrinsèque de Dieu

LU

LI Sent., Prolog., q. 7: p. 12.

* Richard ne propose aucune théorie de l'inspiration, il n’a même pas approfondi la notion du prophétisme.

ou à l’éclatante manifestation de cette perfection par ses multiples opérations, car, en vertu de l'appropriation, la Puissance brille surtout dans la création, la Sagesse dans le gouvernement, la Miséricorde dans la restauration et la sanctification, la Justice dans la réprobation des méchants, et l’abondance de la Bonté dans la glorification des élus 1. »

Par ces textes nous pouvons, si je ne m'’abuse, nous faire quelque idée de l’enseignement biblique de Richard.

Comment Richard fut-il apprécié par ses contemporains ? A en juger par la place qu’il occupa dans l’enseignement théologique postérieur, on serait porté à croire que les leçons de Richard furent très remarquées. Il est certain que, dès 1304, son Commentaire sur les Sentences était classique. Le P. Denifle a publié un document très intéressant, que nous avons déjà signalé ?. Une commission de maîtres de l’Université avait été nommée pour fixer aux libraires à quel taux ils pouvaient prêter aux étudiants les livres classiques dont ceux-ci voulaient faire exécuter-une copie. Dans cette liste figurent saint Thomas, saint Bonaventure, Nicolas de Gorrham, Gilles de Rome, Jacques de Viterbe, Pierre d'Auvergne, Henri de Gand, Godefroid de Fontaines, Albert le Grand, et d’autres moins connus. Les œuvres de Richard y sont mentionnées : |

Opera Fratris Richardi

In primo Sententiarum, XXXIX pecias. . . . . . XXXII den. Item in secundo Sententiarum, LXI pecias . . . . +. Ill sol. Item in tertio, LXVII pecias . . . . . . . Ii sol. et x den. Item in quarto, LXXx et V pecias . . . . .V sol. et III£ den.

D'autre part cependant dans les œuvres contemporaines, rien ne montre le prestige de Richard. La comparaison que nous avons faite entre les Quodlibeta de Richard et ceux de Henri de Gand, de Gilles de Rome, de Godefroid de Fontaines 8, ne

1I Sent., Prolog., q. 6; p. 10.

3 DENIFLE, Chartularium, t. II, p. 109.

? Voir l’appendice 1, p. 395.

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