NOTORIÉTÉ
donne pas l’impression que Middleton jouît de la même célébrité que ces illustres maîtres. Les autres documents également vont à nous faire croire que, de son vivant, il n’eut pas la notoriété du Docteur Solennel : celui-ci, comme le montrent les documents, tient un des premiers rôles, il est une des têtes de l’Université. De même, le nom de Godefroid de Fontaines figure souvent dans les documents; Gilles de Rome fut certainement plus célèbre : il devint même chef d’école et son enseignement et sa doctrine, dès 1287, furent obligatoires dans son Ordre : «Quia venerabilis magistri nostri Egidis doctrina mundum universum tllustrat À. » En 1286, il passait pour le meilleur théologien de Paris, s’il faut en croire Godefroid de Fontaines 4.
Cette différence peut tenir au rang social ,aux charges occupées, au caractère plus entreprenant des personnes, à la durée de leur professorat, au tour plus original de leur pensée. Un docteur modéré, dont le principal souci est d’enseigner les opinions les plus sûres et les plus traditionnelles, attirera toujours moins l'attention publique que les maîtres plus aventureux et plus brillants. Et d’ailleurs le professorat de Richard ne se prolongea pas au delà de trois ans. Mais quelle qu’en soit la cause, il est manifeste que pendant ces courtes années de son enseignement, Richard ne fut pas un homme de premier plan. Dans la lettre de Peckham, écrite, il est vrai, pendant la première année du magistère de Richard (1285), celui-ci est encore confondu dans la foule anonyme des docteurs franciscains :
« Quae sit ergo solidior et sanior doctrina vel filiorum S. Francisci, sanctae scilicet memoriae fratris Alexandri ac fratris Bonaventurae et consimilum, qui in suis tractatibus ab omni calumnia alienis, sanctis ac philosophis innituntur ?.»
Si Richard ne s’imposa pas à l'attention des maîtres parisiens comme Gilles de Rome, il serait exagéré de dire que ses leçons
1 DENFLE, Chartularium, t. I], p. 12.
3 Jbid., p. 10 : « Melior de tota villa in omnibus reputatur. »
3 SPETTMAN, Johannis Pechami quaestiones, dans Beiträge zur Geschichte der Philosophie der Mittelalters, XIX, v-vi, 1918, p. xvli. — EHRLE, Ÿohn Peckham über den Kampf des Augustinismus and Aristotelismus im XIII Fahrhundert, dans Zeitschrift für katholische Theologie, t. XIII, 1889, p. 186.
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passèrent entièrement inaperçues. Nous en avons la preuve, dans une déclaration qu'il fit dans son second Quodlibet; on y voit que sa théorie sur le principium pure possibile fut remarquée :
« Aliis tamen non videtur hoc oportere dicere, fundantes se super unum quod ego dixi et declaravi in quadam Quaestione, quam disputavi !.»
La renommée de Richard s'établit solidement plus tard. Nous avons tout lieu de croire que la publication, vers 1294, de ses Commentaires, surtout sur le quatrième livre des Sentences le fit sortir du rang. Ce qui me suggère cette conjecture, c’est le nombre des manuscrits qui nous ont conservé ce commentaire et ses nombreuses éditions ?; c’est la haute estime dans laquelle la postérité l’a tenu, à commencer par saint Antonin, le Firmamentum et la Chronique du « Bergomensis ?. »
C'est aussi à l’an 1290 que Trithème, Willot, Du Boulay attachent sa célébrité t, Bale à l’année 1300. Tout s’explique donc clairement, du moment qu’on admet la date que nous avons assignée pour l'édition du Commentaire.
1 Quodl. II, q. 12; p. 47, c. 2 : seul texte indiquant son influence en ces années.
3 Les éditions du Commentaire complet sont au nombre de deux: celle de Venise, publiée de 1507 à 1509: celle de Brescia, 1591, dont nous nous sommes seivi. — Le quatrième livre a été publié plusieurs fois séparément à la fin du xv° siècle. On n’en connaît que quatre éditions :
1) Venise, Christophe Arnold, sans date, vers 1476-1478. — HAIN-COPINGER- REICHLING, 10985, PROCTOR, 4219.
2) Venise, Christophe Arnold, vers 1476-1478. — HAIN-CoPINGER, 10984, PROCTOR, 4219.
3) Venise, Dionysius Bertochus, 10 novembre, 1489. — HAIN-COPINGER, 10986, PROCTOR, 5274.
4) Venise, Bonetus Locatellus, xv1 Kal. Januarii [17 décembre], 1499. — HAIN-CoPINGER, 10987, PROCTOR, 5099.
Il est à remarquer que d’autres auteurs célèbres, comme Ockam, n’ont pas eu l’honneur d’avoir plusieurs éditions de leurs œuvres. — Nous devons le contrôle des indications bibliographiques de HAIN, par l'intermédiaire du P. de Ghellinck, à l’aimable entremise de M. von Rath, Bibliothécaire de l'Université de Bonn, qui a bien voulu faire vérifier pour nous la documentation du Gesamtkatalog der Wiegendrucke, dont il dirige la publication.
2 Voir plus haut, p. 5,n. 2.
* Voir plus haut, p. 6, n. 1 et 4, et p. 8, n. 12.
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