RAPPORTS AVEC LA THÉOLOGIE
ni même de contester son autorité 1; cependant, il n’a pas suivi son maître dans sa critique de l’aristotélisme ? : il ne déclare pas, comme celui-ci, que cette philosophie est essentiellement païenne, tournant le dos au christianisme, parce qu’elle prétend expliquer l’Univers par lui-même; il ne réduit pas la valeur de cette philosophie à l'interprétation des choses naturelles. Manifestement il tient Aristote en haute estime. De plus, sous l’influence, sans doute, de saint Thomas, il accepte certaines thèses que repoussait le Docteur Séraphique.
Mais, dans un autre sens, son opposition à l’aristotélisme est plus marquée que celle de saint Bonaventure lui-même. Enseignant au moment de la grande réaction antithomiste, et immédiatement après les condamnations de Paris, qu’il considère comme définitives, il a combattu davantage et plus directement les thèses fondamentales d’Aristote, et a soumis ses arguments à une critique plus sévère; et c’est à juste titre qu’on le considère sous ce rapport comme un précurseur de Duns Scot et de l'occamisme à,
La philosophie, selon notre docteur, est une science distincte de la théologie, tant par son objet que par ses méthodes. L'objet principal de celle-ci est Dieu lui-même, en tant que connu au delà de ce que la raison peut nous enseigner #. L'objet propre de la philosophie, c’est l’être, en tant que tel :
« Metaphysica. tractat de omni ente universaliter. Unde dicit Philosophus IV met., secundum antiquam translationem, quod unius scientiae consideratio est de ente universaliter. Et Avicenna, ÎÏ meta-
physicae suae, c. I, dicit quod subiectum metaphysicae est ens in quantum ens 5.»
1 Quaest. disp., q. 4. — Il est intéressant de noter que dans I Sent., d. I, a. 3, q. 4; P. 18, c. 2, il se contente d’expliquer l'autorité du Philosophe : ici au contraire, il la rejette.
3 GiLSON, Bonaventure, p. 98-104.
* DUHEM, Léonard de Vinci, II, p. 368-369. — SBEBERG, Scotus, p. 16-31. — EHRLE ne range pas Richard parmi les préscotistes, mais plutôt parmi les derniers disciples de Bonaventure. Ce jugement ne contredit pas notre appréciation, mais la nuance. — Ip., Studien der Handschriften, p. 47. — Minces, Shotistiches, P. 60-79; 209-304.
* 1 Sent, prol., q. 6; p. 10, c. 2.
#1 Sent., prol., q. 3; p. 6, c. 2.