‹ Richard de Middleton, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 58 sur 228 · CONCEPTION DE LA PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

CONCEPTION DE LA PHILOSOPHIE

Aussi bien, quand la métaphysique traite de Dieu, elle le considère en fonction de l’être créé, et sous l’aspect d’être, de cause première, de vérité première, de bonté première :

«a Tantum modo quantum ad ea quae de ipso possunt investigari lumine naturali et in quantum ipse Deus se habet secundum aliquam habitudinem rationis ad ens, quod analogice dicitur de creatore et de creaturis. Sic enim metaphysica tractat de Deo, quia est de ente secundum quod ens, secundum quod videtur velle Philosophus, IV. met... Et Deus est quoddam ens t.»

Métaphysique et théologie diffèrent encore par leurs méthodes propres. La seconde argue de la foi et s’éclaire à la révélation. La première n’a que les ressources de la lumière naturelle, et elle prend son départ dans le donné expérimental. C’est ce que Richard explique clairement, lorsqu'il distingue la triple lumière, la lumière de la raison, celle de la foi, et celle de la gloire ?.

La philosophie ne suffit pas à la vie, car elle ne peut pas conduire au vrai bonheur qui consiste dans la vie éternelle; seule la révélation nous la dévoile et nous en indique le chemin. Les joies de la contemplation philosophique et la félicité dans l’ordre de la cité terrestre qu’elle tend à produire sont des biens mêlés encore de beaucoup de maux #.

Même dans son propre domaine la raison naturelle est courte et soumise à bien des défaillances, et sans les lumières de la foi, la philosophie ne peut éviter toute erreur. Et c’est presque la formule du concile du Vatican qu’emploie Richard pour montrer la nécessité de la révélation :

« Per humanam investigationem pauci ad cognitionem eorum per-

veniunt et per multum tempus, et cum multo labore et, ut in multis, cum admixtione errorum #. »

L'étude cependant de la philosophie est utile, et à ceux qui en usent bien, elle peut être d’un grand secours même en vue du bonheur éternel 5.

1 I Sent., prol., q. 5: p. 9, cc. 1.

8 Jbid., prol., p. 2.

# 1 Sent., prol., q. 1; p. 4. — Cfr DENZINGER. n 1784 # I Sent., prol., q. 1; p. 4, c. 1.

5 Ibid.

Page 1